Mardi 7 juillet 2009

 

                                             Au sein du pommier

 

Larges gestes incurvés de ce pommier dont les branches croulent sous les grappes de fleurs

 

Il irradie de lui-même comme si le soleil pour lui n'était qu'un accessoire et en son coeur illuminé règne une fraicheur sans ombre

 

Enfant je montais m'asseoir dans sa fourche principale et je restais dans la lumière à écouter les abeilles qui bourdonnent

 

Elles s'affairaient comme toujours à recueillir cet or destiné au futur poème (strophes de cire hexagonales et miel subtil)

 

Plus haut criaient des vols fulgurants d'hirondelles dont l'une ou l'autre quelquefois rasait le faîte du toit dans le style kamikasé

 

Mais remontait en chandelle et basculait en trois coups d'ailes vers d'autres nuées

 

Mes songes comme elles planaient au sein du grand pommier fleuri et l'expression « être sur son petit nuage » reflétait pour moi exactement la clarté de ma joie

 

Depuis j'ai passé l'âge de monter dans les pommiers et d'y rester des heures à écouter les murmures de la nature

 

Pourtant les fleurs et les montagnes blanches m'émeuvent toujours à la manière des chansons où vibre l'âme nostalgique d'époques passées

 

Et lorsqu'arrive le printemps sous forme de Celle-que-j'aime avec ses cheveux blonds, son visage pur et son air de sortir d'un tableau de Botticelli

 

J'échange un instant mon âge contre un zénithal sentiment d'éternité !

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Lundi 6 juillet 2009

 

                          Même les mots

 

Arrivés dans ce monde comme par inadvertance l'instant d'en sortir même conjecturé risque bien d'être une surprise Le plus contrariant est de n'avoir jamais véritablement su la vérité sur ce qui a eu lieu

 

Même les mots si merveilleux et si dociles dans ma langue à bien y réfléchir j'ignore encore ce qu'ils sont exactement Leur manière d'absenter les choses qu'ils évoquent de fonder les émotions qu'ils savent parfois provoquer à coups de souvenirs d'images et de nostalgie est mystérieuse

 

Il y a des liens troubles entre ce qui s'est passé et ce qui s'en dit et moi-même témoin acéré des événements que j'ai pu connaître je finis par ne plus bien savoir si ma vision est vierge d'illusion ou si entre moi et moi un impalpable s'est glissé ainsi qu'un mince verre déformant Plus j'approfondis

 

Plus ce que je reconsidère obstinément me paraît incertain Cet oiseau qui s'est posé fugacement sur une branche du bouleau d'en face était-il une mésange à présent j'en doute Ai-je mésestimé un ange ou un simple moineau L'étoile filante qui vient de disparaître était-ce une météorite un avion dans la nuit ou le passage silencieux d'un satellite

 

A la fin on ne sait plus par quel nom convoquer ce qui pénètre dans la sphère de nos sens Je dis : Aïlenn C'est le nom de la femme qui depuis tant d'années accompagne ma vie Pourtant chaque matin si je sais que c'est elle jamais je ne la reconnais Je cherche à la comprendre et sans cesse en elle une sorte de pollen doré m'échappe emportant l'essence de ce qu'elle est Son visage me saisit à chaque instant d'un émoi inconnu Ses gestes me fascinent Pris d'un vertige auquel les mots ne sauraient apporter aucun remède je plonge dans d'infinie réflexions sur ce qu'est cette femme puis sur ce qu'est une femme

 

Et sur ce que je suis moi-même Mais le miroir de ma pensée ne me renvoie jamais aucune image et je reste noyé dans un étang au bord duquel s'agitent les questions d'un grand hêtre mélancolique...

 

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Samedi 4 juillet 2009

                                       Naja rose


Mets tes lunettes, Naja rose           pour ne pas te tromper de cible !          Le vent coulis qui siffle sous les tuiles          et danse dans les herbes me rappelle à tout instant        ta présence invisible et terrible        Et pourtant la journée affiche la lumière nette de l'été           Une mouette cherche sa route entre les vagues de la mer        une autre plane au soleil du matin        encore vert       qui miroite entre les blancs triangles des voiliers



Il me semble aujourd'hui que l'horizon a reculé        au point qu'on devine au loin le profil d'une île couleur de fumée        qui dérive au bord du monde       sans se déplacer         comme si le paradis en nous accompagnant consentait parfois à se laisser entrevoir       mais toujours hors de portée



Une odeur d'iode et de citron        mêlée au parfum pur des lavandes et de la menthe       lorsque les pins frissonnent        entre par la fenêtre        et caresse le nid de mèches blondes où repose le profil de ma Belle Endormie      Elle fronce le bout du nez       me fixe de ce beau regard étrange dont les songes de la nuit commencent à s'effacer          tandis que ses premiers mots sont pour dire qu'elle a faim et voudrait son petit-déjeuner !



Le lumière alors se double d'une joie irrésistible       enfantine        alors que le sifflement clair de la machine à café     couvre celui du Naja rose           qui s'esquive vers le coin le plus obscur de mes pensées...


 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poèmes d'aujourd'hui
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Vendredi 3 juillet 2009

     Sons de cloches



Les clarines dans la prairie

fusionnent avec la lumière

Une mélodie est cachée dans l'herbe

et les vache, broutant,

la révèlent et la varient

de toutes les manières

tandis que les sapins

au ciel bleu cherchent à saisir

la brise et les limites de l'espace



Ô vaches dans vos yeux profonds

l'énigme de la création !

Sur la pente verte des choses

les veaux inventent leur chemin



Moi j'invente ce qui me hante

dans la musique du troupeau

J'en rêve encore quand la nuit tombe

et dans mon sommeil je rumine

une sonate cristalline

que m'occultera le réveil...




Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Vendredi 3 juillet 2009


      Retour d'alpage



Ô vaches qui rentrez le soir

à l'heure où le soleil décline

derrière les monts bleu-marine,

enfant, déjà, j'aimais vous voir

descendre du flanc des collines,

vers le village presque noir.

Un bref arrêt à l'abreuvoir

brisait le rythme des clarines.

Je vous regardais du balcon,

je vous connaissais par vos noms :

Diamant, Rameau, Bouquet, Divonne...

L'odeur des bouses me plaisait ;

on me surnommait «marmouset».

 Ô vaches d'or que j'affectionne...

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poèmes d'aujourd'hui
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Vendredi 3 juillet 2009



     Portrait de vache



Calme vache, dans la montagne,

Toujours occupée à brouter,

Tu règnes parmi tes compagnes,

Comme une reine de beauté !


L'oeil pensif, par curiosité,

Tandis que le troupeau s'éloigne,

Tu restes là, à m'écouter...

 Va : il faut que tu les rejoignes !

Sous le bât de l'azur sans bornes,

Un grand soleil entre les cornes,

Suis donc les courbes de niveau


Que tu traces au long des crêtes.

Mais il faudra que tu t'arrêtes

Pour allaiter ton petit veau !

 



Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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Jeudi 2 juillet 2009



Amusement de juillet



Voici donc l'été.

Soleil et gaîté !

Vois : les jupes raccourcissent.

De l'autre côté

Les décolletés

Des dames s'approfondissent !


Que viennent, viennent les vacances !

Les jours de rêve et d'insouciance !


Au bord de la mer,

Nus comme des vers

Les corps allongés rougissent.

Et dans les flots verts,

Des nageurs divers

Tels des dauphins s'ébaudissent !


Que viennent, viennent les vacances !

Les jours de rêve et d'insouciance !


Partout des enfants

Courent en hurlant

Et leurs cris nous assourdissent !

Quelques bateaux blancs

D'un train nonchalant

Entre bleu et bleu se glissent.


Que viennent, viennent les vacances !

Les jours de rêve et d'insouciance !


En tendant le col

Prennent leur envol

Sept goélands qui glapissent.

Les ombres au sol

des pins parasols

A midi nous rafraîchissent.


Que viennent, viennent les vacances !

Les jours de rêve et d'insouciance !


Dans l'air odorant

Flottent les relents

D'urine des chiens qui pissent,

De crèmes, d'onguents,

De produits bronzants,

Et de cuisine aux épices.


Que viennent, viennent les vacances !

Les jours de rêve et d'insouciance !


Il fait le lézard,

Assis à l'écart,

Le poète, qu'envahissent

Cent détails épars :

Il nourrit son art

D'impressions qu'il entretisse.


Que viennent, viennent les vacances !

Les jours de rêve et d'insouciance !


Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Mercredi 1 juillet 2009




Propos d'un vieillard désabusé


« En vieillissant, je me demande

Si l'on a raison d'éduquer

Ces greluches, ces freluquets

Pareils à ceux dont ils descendent !


Leurs cerveaux sont trop étriqués,

Leurs pulsions trop brutes, trop grandes

Pour les destins qui les attendent :

Qu'on les laisse donc s'en moquer !


Qu'ils « profitent » pour satisfaire

Au plaisir de mille bêtises...

N'en faisons pas toute une affaire :


Vaut-il mieux aller à l'église ?

Se dire Ingénieur ou Notaire,

ou même « héritier des Lumières » ? »


 

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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Mercredi 1 juillet 2009


                   Opération


Lundi, boulevard Port-Royal, j'ai vu

tandis que je flânais en attendant

ma belle, un bourdon noir agonisant

sur le trottoir ; un bout de linge sale

pendu à un carreau cassé de l'Abbaye ; un camion

énorme qui entrait à reculons par une porte

étroite ; un magasin de pompes funèbres

appelé « l'Autre rive » ; une poussette où somnolait

un nouveau-né visiblement pakistanais, avec

auprès de lui dans des vêtements bariolés

sa mère dont la chevelure noire étincelait

de bijoux dorés ; j'ai vu aussi la blanche

coupole de l'Observatoire sur laquelle flottait

le souvenir de Cassini ; non loin de là l'Hôtel

de Massa dont la belle façade abrite la SGDL ;

m'est revenue en mémoire l'époque lointaine

du Prix Mallarmé qu'Alain Bosquet, à contre-coeur,

décernait à l'ami Deguy ! Boulevard Saint-Jacques,

je suis revenu au fameux hôpital Cochin; en plein

travaux ; et au coin de la rue Méchin, une affiche

rouge annonçait « Grand Destockage Matelas / Sommiers » ;

guêpes rayées de jaune, des employés de la ville

repeignaient mollement, entre deux cigarettes,

les gardes-corps métalliques, au long des caniveaux.

Une ambulance à toute allure a déboulé, comme toujours

en klaxonnant ; une femme en vélo, assez jolie, en passant

m'a regardé avec une étrange insistance,

un peu comme on regarde un fantôme qu'on a connu

dans une autre existence et j'ai vu ses yeux sombres

fugacement s'emplir d'une inexplicable mélancolie ;

pour ma part, je ne me souviens nullement de l'avoir

croisée dans aucune de mes vies ! De tout cela,

il m'est resté une troublante impression d'irréalité :

premier lundi de juin, boulevard Port-Royal,

non loin de l'hôpital Cochin, tandis que, désoeuvré

pendant qu'on opérait ma belle, je flânais pour distraire

mon anxiété à l'angle de St-Jacques et de la rue Méchin,

et que se rapprochait le grondement rageur d'un vieux

camion poubelle, vert et lent, mais plus rapide que le temps !








 

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Dimanche 28 juin 2009



                    Sonnet à l'ancienne


J'ai toujours eu le goût, avec les vers anciens,

De jouer, comme enfants, quand nous faisions des rimes.

C'est facile, dit-on, et ma foi j'en conviens,

Faire un alexandrin n'est pourtant pas un crime !


Il est vrai qu'aujourd'hui, l'on tient pour légitime

Que les « vers libérés » ne ressemblent à rien !

Qu'à l'autre, un vers plaisant par la règle s'arrime

Ne séduit plus personne en l'époque qui vient !


Je préfère pourtant ce jeu aux mots-croisés.

(Ceux-ci, certes, ne sont ni plus, ni moins aisés !)

Le poème a comme un impromptu qui m'étonne...


On ne sait où l'on va, on se laisse emporter,

On se berce des mots que la rime nous donne.

Et quand tout est fini, on est bien épaté !!





 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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