Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 18:36

               Secret de fabrication

 

     

Sur le trottoir, je flânais, d’un pas en ce cas

Lent, et comme assez souvent je regardais par terre.

J’ai l’habitude ainsi de recompter mes pieds !

C’est alors que j’ai failli marcher sur un bout

De simplicité perdue, qu’un passant avait dû laisser

Tomber. Les gens sont souvent négligents

Et préfèrent de loin offrir pour nid à leur pensée

Un embrouillamini où la plume se mêle

À l’inextricable : leurs erreurs ainsi ne sont -

Comme on dit - «ni vues ni connues»...

Il s’agissait d’un morceau de simplicité pure,

Du genre originel, probablement un fragment

D’un mystère bien plus vaste et si clair et net,

Comme la vie, que fort présomptueux aurait été

Celui qui aurait eut l’insigne effronterie

D’entreprendre de l’expliquer... Pour ma part,

Je ne m’y suis pas risqué en dépit des tentations :

Depuis lors, je me contente de ramasser tous

Ceux que je trouve et d’en distiller la transparence

Dans le vernis de mes poèmes, à l’instar de

Stradivarius l’ambre à froid dont il enduisait

Ses violons merveilleux, parfaits, - inimitables.

 

 

 

 

http://xavierbordes.wordpress.com/

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Exigence
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Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 10:50

         Langue maternelle

 


Langue, ma mère, c’est donc toi

Qui appris à parler au singe que j’étais...

Soeur de l’abeille grecque appelant chaque fleur

Par son nom, toi-aussi tu me désignais

Les choses. Et le vent sur elles dispersait

Du sens tel un pollen révélateur

De ce que j’étais encore incapable de voir

Alors. C’était comme cette farine d’or

Qui se dépose sur la machinerie compliquée

Des moulins ou la poussière nacrée,

Sur le bric-à-brac occupant l’espace obscur

D’un grenier. Et de luisants reflets font soudain

Deviner des formes évanescentes mi-promesses,

Mi souvenirs, sitôt qu’un rayon lunaire ou une aube timide

Par la lucarne minuscule entre les tuiles

Se risque. Insensiblement aux yeux habitués

Apparaît alors la charpente aux belles poutres

Auxquelles dans leurs petits sacs de peau

Sont supendus, oreilles velues, nez froncés

Les vespertilions tête à l’envers qui détestent

Être tirés par un enfant curieux de leurs rêves diurnes !


Langue, ma mère, c’est donc toi

Qui par tes inflexions prenais soin d’orienter

Ma pensée et me guidas jusqu’au recoin où la pénombre

Trahissait la basse porte de bois argenté

Qui donne entre les toits. Qu’on la pousse : elle grince

Un peu - le gonflement dû à l’humidité sans doute -

Puis cède brusquement : nous voici face

Au ciel immense et neuf ainsi qu’un chapiteau d’azur

Tendu sur les quatre horizons du paysage...

Il n’a pas vraiment commencé. Les arbres transparents,

Les monts de cristal gris, les concrétions rougeâtres

Des villages frileux où circulent des fourmis

Qui sont les humains. En un instant ce qui

N’était que saison décharnée et vide verdit en un

Printemps, le premier printemps de ma langue,

Dans les sentiers duquel par sa main à l’index doré

Elle m’a entraîné... Et malgré leurs épines

J’aimais voir le mots fleurir en buissons flamboyants

De tous côtés, tel un cordon bickford qui déclenche

Une avalanche d’explosions jusqu’à soulever en bas,

Entre les rochers, des blancheurs rejaillissantes et soudain

C’est la Mer ! La Nôtre, la turquoise incommensurable

Avec ses départs gréés de liens multiples et de mâts,

Étraves et sillons toujours à retracer, et ses retours

Alourdis de carènes en gésine qui vont déverser

Sur les débarcadères, ainsi que des enfants en rang

Au cours d’une sortie scolaire, les jarres d’huile,

Les amphores aux belles hanches, pleines de vin sombre,

Les vaisseaux de céramique décorés de caractères

Mystérieux et de fables que se racontent des peuples

Si lointains qu’ils habitent l’autre bord de l’univers...


Langue, ma mère, c’est donc toi

Qui appris à écrire au gamin idiot que j’étais.

Si difficiles mais si belles les lettres sur le papier

Balbutiant, la tête de taureau du A, les seins gonflés

Du B, la couronne du C qui se brise, la poterne

Du H, le point sur le I comme lune sur un clocher,

Le hameçon du J, les montagnes jumelles du M,

La margelle du O sans fond, le Q assis sur sa queue,

Le S du serpent, la potence du T, l’envol du V,

La trajectoire du bourdon d’où naissait le Z...

En ce temps-là, je ne consentais à manger

Que des pâtes minuscules aux formes de l’alphabet !

Enfin il s’en engendra une sorte d’ordre étrange

Que les gens autour de moi nommaient «monde»,

Et je me suis mis, sans le savoir, à écrire des poèmes.

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
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Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 12:56

            Croissance humble et triste

        

Pas de quoi pavoiser, quand je songe à la maigreur

de mon vocabulaire, à la faiblesse de ma pensée,

à l’exténuation quotidienne dont souffre ma syntaxe !

Me voici, pareil aux canotiers des tableaux de Monet,

sur un esquif assiégé de reflets aux dents claires ou sombres,

quand je me rêvais trois-mâts gréé en goélette, du genre

de la Boudeuse naguère amarrée sur la Seine, illustrant

le fleuve des reflets compliqués de son bordage blanc…

.

Je tends au vent mes voiles carrées – elles ne sont

que de papier ! – pour que s’y piègent ses complaintes,

psaumes, chansons, multiples et contradictoires…

Que sur les vergues fassent halte quelques grands oiseaux,

ce serait bien. Et que parfois des tortues-luths vernissées

m’accompagnent, elles qui savent ne jamais perdre le nord.

Songes creux ! Tu balances sur la houle selon la cadence

de ta coque de noix, le front mouillé d’embruns fiévreux.

.

Tu n’obéis qu’au tropisme que génère au fond de toi

la musique des étoiles, le silence des fleurs au printemps

sur les arbres aux branches tendues ainsi que promesses.

Incapable de résister aux suggestions du jasmin ou, le nez

dans les giroflées, au parfum passé d’heureuses années…

Le monde qui s’est lentement échafaudé dans ton esprit

ressemble à ces sculptures qu’on disait modernes – jadis -

choses compressées, empilées, soudées, pans hétéroclites

d’un désordre amoureux que rien, jamais, ne vient résoudre.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 14:25

 

 

     Merle perpétuel

 

 

Merle fier vivante fiole

D’encre de Chine

Comme j’admire ton liquide

Gazouillis - le soir lorsque monte la lune

Le matin lorsque s’obstine la dernière

Étoile qui fut la première

 

Moi c’est mon silence noir

Que je dévide

A travers veilles et sommeils

Ne pouvant me quitter ni m’éloigner

De moi - j’appareille en poèmes

Babillage à la proue en forme de beauté

Allongée en simple appareil

Sur le mât de beaupré que soulève la houle

 

Au cours de ma croisière je recueille 

Comme épaves flottantes des mots sur la langue

Les gens sérieux froncent les sourcils

(Beauté, mon beau sourcil !)

Ils font des statistiques Couvrent les écrans de nuages

De chiffres Leurs dents sont longues

Comme canines de vampires

                               

À leurs fracs sombres je préfère

Celui de mon merle

Élégant léger gracieux

Ce serait merveilleux de sentir

Ses petites pattes serrer mon doigt

Et d’entendre flûter son bec

En face de mon visage

Tandis que guettant si je comprends

Ses vocalises son petit oeil rond 

M’observe comme un point final.

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : L'univers Magique..
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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 11:23

  LES AMIS SONT VENUS

 


Les amis sont venus, que nous n’avions pas

Revus depuis des décennies. Nous avons passé

Quelques longues soirées émues - ensemble

Comme au temps de notre jeunesse, quand nous étions

Jeunes mariés, trente ans plus tôt. Nous avons parlé

D’autres amis disparus, de nos souvenirs communs,

De la façon dont je jouais à faire grincer le portail

Du jardin de leur ancienne maison, façon musique

Concrète - «Variations pour une porte et un soupir»... -

Et nous avons ouvert un certain nombre de bouteilles

D’un vin convenable ou d’un autre, en évoquant

Leurs enfants si grands aujourd’hui, l’été indien,

Les longs hivers enneigés de leur pays sauvage,

Magnifique et lointain ; puis les maisons qu’ils y avaient

- Quasiment de leurs seules mains ! - bâties sur la rive

Du Fleuve Sans Fin, les jardins qu’il y avaient aménagés,

Les pièces qu’ils meublaient d’une certaine façon.

Comme nous nous souvenions bien les uns des autres,

De la musique de Mahler, de la lecture de poèmes,

Des métiers à tisser que nous avions construits

Dans du pesant bois d’iroko pour occuper nos loisirs.

À nouveau le sujet de nos enfants, si grands aujourd’hui,

Revint accompagné des photographie des petits-enfants,

Du cadre de vie de leur existence actuelle. Ils ont raconté

Leur beau voyage, alors qu’on dégustait des fromages

Rares ou des glaces, les balades infinies qu’ils ont faites

Au long des canaux où calme, une voûte de grands arbres

Se reflétait dans le miroir vert qu’ils longeaient en pédalant...

Quel plaisir ils avaient à se retrouver dans les rues de Paris

À déambuler au hasard plusieurs jours de suite ! Après

La dernière soirée, ils sont repartis, et tous nous avons

Senti les larmes piquer sous nos paupières et troubler

La vision de leur départ : nous nous sommes embrassés

En jurant de nous «retrouver l’an prochain pour d’autres

Beaux instants pleins d’affection et d’amitié fraternelle».

Nous savions les uns et les autres, ça se lisait dans

La tristesse des regards, à cause de l’espace et du temps,

Du temps surtout, qu’il n’y avait presque aucune chance

Que nous ayons jamais l’occasion de nous revoir.

 

 


Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : vos poèmes
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Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 10:14

 

 

                         Auprès de l'étoile

 

 

Elle ne sait plus quoi demander           avec ses cheveux bleus et l'ombre au fond de ses prunelles        qui fomente des oisillons en duvet d'éclairs

 

Moi j'erre parmi les champs d'oliviers    caducs et tordus ainsi que des vieillards     avant que l'invisible rumeur jacasseuse des pies      ne m'annonce qu'il va être l'heure des tourterelles rousses et des avions roses

 

Au grand air qui courbe et redresse les cimes des frondaisons entre-tressées de nuages       la Radieuse emprunte cette voix de nonne      qui réveille les échos d'une chapelle avec ses psaumes

 

Ces inflexions envoûtantes      qu'on retrouve avec un sentiment de sacré lorsqu'on les retranscrit      Voix flexible voix de roseau       Voix qui donne existence à notre âme inaccessible

 

À ses accents rauques ou veloutés     pluriels      entre l'espérance et l'apocalypse      un être amoureux dans l'espace intime de l'esprit     telle une chandelle de cire en s'allumant vacille

 

Pensif      de retour dans ma cellule       auprès de la croisée        solitaire    j'admire l'aube et ses moirures        dans la toile d'araignée suspendue à l'angle droit de la fenêtre

 

Je me refuse à la détruire      par superstition      comme s'il restait une mince chance que mon univers      régi par ses invisibles fils       survive selon les thèses de l'Hermès Trismégiste

 

Convaincu néanmoins     que désormais de la façon dont tourne la planète       et le char de Jagganâtha      pour l'humanité qui s'enfonce dans son propre déluge      il n'est plus vraiment d'aube à espérer.

 

 

 

 

 

 

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Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 10:27

                             L’amère défaite

 


Les meubles sont insensibles. L’armoire me regarde de tous ses miroirs, et me renvoie un jugement indifférent comme lorsqu’on répond à quelqu’un en pensant à autre chose.


Un merle noir court sur la rambarde du balcon, fier comme s’il avait inventé l’encre de Chine de son frac, pattes fines et légères comme dans un poème machinal.


Le peuplier blanc face à ma fenêtre discute avec lui-même, les feuilles s’entre-regardent, certaine brillent, vernies par la clarté des cieux où quelques nuages font naufrage.


Que faire de ces choses de la nature, alors que le Grand Collisionneur de Hadrons nous prépare de foudroyantes révolutions de la foi, chromodynamique quantique et autres joyeusetés ?


Qu’on ne ne me parle plus, je veux être seul au jardin, avec le jeune merle qui, maître des arpèges cristallins d’une gorge à musique, décline indéfiniment ce qu’il pense des transparences du jour.


De tout ce qu’il nous reste à apprendre, notre désagrégation définitive est l’essentiel, et pour cela le Grand Collisionneur d’Invisible me prépare une fin, peut-être souterraine, en tout cas flamboyante.


Quelle douceur, avant ce moment qui n’élucidera aucun mystère, d’avoir été aimé une dernière fois.

                                                          (À l’occasion de la Fête des Mères.)

 

 

 

 


Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poèmes d'aujourd'hui
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 17:36

                  ...Avoir été.

 


De ce triste coeur, vieil et poussiéreux

    Comme on le dit de mes poèmes,

Puis-je encor tirer un son amoureux,

    Je n’ai que de l’eau dans les veines !

 


Carrousel du monde, ô chevaux tournez

     Ainsi que la roue aux fortunes !

La belle, je vois, vous tournez le nez,

    En murmurant : «Tu m’importunes !»

 


Pourtant, mon amour, nous sommes bien seuls

     Sur cette terre de mirages

Les ans chaque jour tissent nos linceuls.

      Eussions-nous dû être moins sages ?

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 15:45

          Amer constat


Depuis la pointe du tremble

Le cri du merle ouvre les rideaux bleu-sombre

Et l’aurore surgit sur la scène des eaux

Vers la ville tournant sa tête de soleil

À moustaches de nuées

Elle approche à pas de lumière


Tout s’illumine Les façades

Semblent à neuf repeintes en peinture noble

L’air gagne en profondeur et laisse le regard

Pénétrer jusque aux détails de la montagne

Les mimosas secouent

Leurs grappes de minuscules poussins


L’univers entier au réveil semble dire

Sois heureux Aime-moi Je ne suis que jeunesse

Et fraîcheur Aventure et chance

D’une journée nouvelle

Mais moi sombre sous mes sourcils froncés

Le coeur écrasé par la splendeur des choses

Je ne m’aime pas.

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 14:07

                          L’irréel de mes présents

 

 


L’âme lourde et violente, d’un bistre d’ecchymose ainsi qu’un cumulus qui fomente un orage, l’errant cherche un lieu sans pièges, une bauge cachée, un nid de pierre telle une «marmite de géant».


Il rêve d’y girer en élargissant sa caverne, grâce au tournoiement de la transparence qui emporte son coeur d’émeri, brillant du souvenir d’Ariane, et qui l’usant, use les parois qui le cernent.


Je n’apporterai pas mon concours à cette ombre, ce profil noir qui consume, comme un brûle-parfum, le reste de santal que j’avais conservé dans un recoin de mes années d’enfance.


Qu’il ne me reste à contempler que l’amenuisement de l’avenir, cette évidence, laisse sur ma langue un goût de teinture d’iode qui la colore du bleu-de-prusse des meilleurs poisons...


J’aurais voulu être un champignon hallucinogène, tordre en tous sens la géométrie rigide avec laquelle on a construit les sanctuaires des prêtres et les édifices des édiles, que mes phrases


Chargées d’une haute teneur en psilocybine bouleversent les toiles d’araignées des pouvoirs, les retissent en pectoraux de rosée pareils à ceux des sentiers inconnus, dans la forêt primitive.

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : LIBERTE - Communauté créée par mamavisylvain-attiglah.over-blog.com –
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