Mardi 24 novembre 2009

                            Nous voici donc encore un soir         

 

Nous voici donc encore un soir           tous deux à côté de la lampe           Un ami est venu puis reparti         laissant dans l’air obscur une triste nouvelle          une de plus         avec le souvenir de ses traits acharnés          à ne pas concéder la moindre larme à sa douleur

 

Dans l’air obscur une triste nouvelle         Le feu de tes cheveux lutte de toute sa lumière         contre cette force sans nom opaque et noire        et qui cherche à se refermer comme une porte de prison         sur le peu de joie qui nous reste

 

Echappons-nous ! Echappons-nous ! Pensons aux troupeaux de chevaux         galop rythmé         crinières blanches           aux bleus troupeaux des petits chevaux de la mer        quand passe d’une croupe à l’autre étincelant       un  soleil acrobate         et rayonnant comme un enfant qui s’imagine être le centre        du grand Cirque Univers

 

Echappons sur le langage ailé comme Pégase        à cet Insoutenable qui fait irruption sans cesse du Dehors       où le crime hurle au coin des rues sous la clarté liquoreuse des réverbères       dans la Cité livrée à ses folies ses danses et ses transes       alors que le volcan s’éveille et que       sourd volontaire      un peuple épicurien refuse de prêter l’oreille à ses premiers ébranlements


Tous deux ainsi      encore un soir       blottis dans la clarté fragile du poème      Notre amour est pareil à cette frêle lampe     Il nous protège dans le cercle illuminé du « J’aime »      et dans la coupe sombre où tremble un vin herbé de noir      en même temps buvons à même le reflet qui confond nos visages    l’éclat doré d’un invincible espoir !                

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Lundi 23 novembre 2009
                         Animalisme

Il me semble que je fus animal avant d'être homme.
Quelque chose comme un crabe aux yeux pédonculés.
J'en ai gardé l'habitude - à certains déplaisante, à d'autres
exemplaire - de marcher de travers et de regarder trop loin
vers l'horizon depuis mon trou, que je ne quitte guère...
De vieux réflexes me reviennent : en particulier celui de frémir
à la pensée que je pourrais m'interroger
sur le "sens de l'univers" et autres billevesées,   
alors que l'aptitude à ce genre de questions
(et ce qu'on appelle généralement la "Conscience")
n'est qu'une sorte de défaut, une tare de l'intellect, une erreur
de laquelle les animaux, eux, ont su se garder : un piège
dans le genre du langage qui nous fut transmis en sifflant
par le Tentateur lors de quelque lamentable épisode, tel
celui de la Pomme et du Jardin, au cours duquel
nous est advenue cette faculté révoltante, aux conséquences
incalculables, qui est que : non seulement nous voici capables
de prédire que nous mourrons un jour, mais de surcroît,
nous passons notre vie à inventer des fables ou à nous
interroger sans repos, comme des fous :
dans le premier cas pour nous consoler d'être inconsolables,
dans le second pour nous dissimuler à nous-mêmes
qu'il n'existe pas de réponse à ce défaut ridicule de la pensée
que la philosophie, avec fierté, appelle une "question" -
c'est-à-dire une formule qui, pareille au sas des astronefs
interstellaires, donne sur la noirceur du vide illimité.



Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : vos poèmes
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Jeudi 19 novembre 2009

 

 

Le tombeau n’avait pas encore été ouvert.

Qu’allait-on découvrir ? Bien peu, à l’évidence.

Rien de commun avec les sépulcres immenses

Des Touthmosis ou des Ramsès, songeait Carter.

 

Car l’escalier discret qu’on avait découvert

Affleurant sous le sol, par un pur coup de chance,

N’augurait pas qu’un personnage d’importance

Ait été enterré dans ce coin du désert.

 

Penché sur ses carnets truffés de hiéroglyphes,

De notes, de schémas, il apposait sa griffe

Au bas des pages d’un épais livre de comptes.

 

« …Et sir Herbert qui est bien loin d’être guéri ! »

Murmura-t-il, sans voir la table basse où monte

Un cobra noir qui va gober son canari !

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : vos poèmes
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Mercredi 18 novembre 2009
                      Aïlenn lisible

La seule chose plus émouvante qu'un violon
en crise élégiaque, livré tout entier à l'aigu du rêve
que pointe son archet,
                                 c'est ta présence
le matin, quand le soleil translucidifie tes fleurs
suspendues, inonde la chambre du vert des touffes
de bambous qui se penchent pour te regarder
par la baie vitrée avec des langueurs de plumes
d'autruche,
                 ta présence dans l'écrin du lit, à demi
endormie au milieu des miroirs qui multiplient
la flamme de ta chevelure et la végétation
redondante du jardin, lierres, peupliers blancs,
chèvrefeuilles. Une épaule nue, un genou hâlé
dépassent du drap. En face, dans le hêtre, deux pies
matinales font des commentaires pleins d'acrimonie.
Mais il te suffit d'en sourire et d'ouvrir les yeux
pour que, tout le ciel sur eux d'un coup réglant
sa couleur, les deux jacassières, sifflet coupé,
s'enfuient !
                 Alors surviennent les moineaux, ces
députés de l'Autre Règne, toujours en bande
et jamais d'accord sur rien. L'un t'observe, pendu
à l'envers et tordant le cou. L'autre vole dans les
plumes d'un troisième, ce qui n'élucide rien. Puis,
le groupe brusquement s'envole pour chercher fortune
ailleurs. Toi, flamme sur l'écrin d'un oreiller, tu restes
à contempler avec un brin de mélancolie les branches
désertées, comme en face d'un poème terminé,
                                                                      celui-ci,
par exemple, que tu viens de lire, attestant que la gemme
unique de ta présence ne se sent vraiment briller
que lorsqu'elle intéresse un regard étranger.
 

 
Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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Mardi 17 novembre 2009

 

Poème   3

 

Au balcon tandis que tu dors

Je regarde un vaisseau d’étoiles

En train de s’éloigner du port

Lune au beaupré et vent pour voiles

Je regarde un vaisseau d’étoiles

Au balcon tandis que tu dors

Surimprimé en filigrane

Ton doux visage transparent

Au milieu de mes songes plane

Comme l’espoir sur un mourant

Ton doux visage transparent

Surimprimé en filigrane

Là-bas la mer aux blancs souliers,

Arpente la plage invisible

Ici ton souffle régulier

M’arrive presque imperceptible

Là-bas sur la plage invisible

Marche la mer aux blancs souliers

Tes yeux sont clos mais moi je veille

Nuit et jour amours emmêlés     

Au fond de ton cœur qui sommeille

Mon cœur est comme un gros galet

Nuit et jour amours emmêlés     

Tes yeux sont clos mais moi je veille

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Mardi 17 novembre 2009

 

Poème   3

 

Au balcon tandis que tu dors

Je regarde un vaisseau d’étoiles

En train de s’éloigner du port

Lune au beaupré et vent pour voiles

Je regarde un vaisseau d’étoiles

Au balcon tandis que tu dors

Surimprimé en filigrane

Ton doux visage transparent

Au milieu de mes songes plane

Comme l’espoir sur un mourant

Ton doux visage transparent

Surimprimé en filigrane

Là-bas la mer aux blancs souliers,

Arpente la plage invisible

Ici ton souffle régulier

M’arrive presque imperceptible

J’entends sur la plage invisible

Marcher la mer aux blancs souliers

Au fond de ton cœur qui sommeille

Mon cœur est comme un gros galet

Tes yeux sont clos mais moi je veille

Nuit et jour amours emmêlés     

Mon cœur est comme un gros galet

Au fond de ton cœur qui sommeille !

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poèmes d'aujourd'hui
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Mardi 17 novembre 2009
                         Soirée

L'Argens charrie vers la mer les mues dorées
du jour, ses rives empanachées de sureau en fleur
embaument si fort qu'on voit rappliquer
du fond du ciel mauve un essaim de perséides.

Noire, la maison masque le soleil couchant.
Désorienté, j'interroge des ombres.
Aucune n'a consenti à m'indiquer le chemin.
Elles se rassemblent en silence, élevant
à bout de bras le disque du clair de lune
que traverse et retraverse sans scrupule
le vol fantasque des noctules.

Timidement quelques oiseaux de nuit
commencent à se répondre - Où, où, où ?...
Chui là, chui là !... Coucou, oui, moi !... Où, où ? -
comme on joue à cache-cache au coeur du noir.
 
Mais dans la nuit où s'est éteint le crépuscule
eux font semblant, et seulement semblant
                de ne rien voir.

 
Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
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Mardi 17 novembre 2009
               Au passage de l'heure

                                    A Robert Davreu

Tandis que tu médites sur "le monde"
sans pouvoir affirmer d'ailleurs que tes songes
te mèneraient beaucoup plus loin qu'autrefois,
quelques poètes restaurent le droit de citer
d'anciens paradoxes tels que "la nuit
de la nuit est la seule lumière qui nous reste..."

Et gravent sur le sable d'étranges poèmes
aux formules cryptées, non moins déroutantes
qu'évocatrices : il se peut que leur sorcellerie
ne touche que le peu de lecteurs, dont je suis.

Même si leur espoir semble désespéré
au point de s'être réfugié, disons, dans une goutte
de noire lumière - à quoi se résume en somme
l'écriture -, je ne crois pas absurde au cours
des années comptées qui me restent
d'appliquer mon esprit à les accompagner.


Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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Dimanche 15 novembre 2009
                   A un acteur célèbre

Toi, l'acteur de cinéma sur qui la gloire
s'est abattue comme un faucon pour t'emporter
en son firmament ébloui, je t'ai connu, au lycée,
quand tu étais timide et boutonneux, le teint
semé de taches de rousseur, - promesse qu'un autre
soleil un jour te cracherait sur la figure ? Nous
n'en soupçonnions rien ! - et tu ne montrais pas
cet air épanoui, cette aisance nouvelle qu'à présent
tu affiches sur les écrans de télévision, toi, l'Invité :
non, pas du tout cet air épanoui, satisfait de la vie,
assorti d'un brin d'insolence aussitôt pardonnée
parce qu'on sait que cela plaît, que l'on fera, grâce
à tes réparties à l'emporte-pièce, à ta façon
de te permettre - "parfois grossier, jamais vulgaire" -
ces mufleries qui sont, pour le public, la marque
de la réussite, davantage d'audience que telle chaîne
concurrente. Personne, ma foi, ne se doute de la
honte secrète qui te tord l'estomac lorsque, sur la
banquette arrière de ta luxueuse limousine, tu rentres
chez toi - un fastueux cinq cents mètres carrés
avenue Foch - en regardant Paris illuminé : ces pierres,
penses-tu, ont vu passer un bon nombre de tes pareils,
qui avaient également vendu leur âme pour un peu
ou beaucoup de célébrité. Pour l'illusion d'avoir
vaincu le sort. Et qui sont morts. Et oubliés.




Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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Dimanche 15 novembre 2009
 
                   Inadéquation sans remède   

Avec ces rossignols qui chantaient à tue-tête à la pointe
des peupliers, la coulée de laque argentée de l'eau lointaines,
avec la grande terrasse où nous faisions des huit en bicyclette,
le banc vert à l'ombre du laurier, les allées frangées de rosiers
et le potager plein de fraises où chaque printemps trois cerisiers
mêlaient leurs blancheurs aux nuages, avec le pommier greffé
de quatre sortes de pommes, la barrière à la porte blanche
qui ceignait le parc et tenait éloignées les rumeurs du monde,
enfants nous vivions dans la ferme croyance que partout
régnait la même paix joyeuse, que notre tâche la plus
préoccupante était d'aller cueillir les feuilles d'épinard
et d'aller laver leurs belles verdeurs dans l'eau courante,
en nous interrogeant sur la raison pour laquelle les gens
les avaient affublés d'un nom qui eût mieux convenu
par exemple aux rosiers, puisque les "épinards"
ne portaient pas d'épines : un temps nous décidâmes
donc d'appeler "épinards" les rosiers, "rosiers" les épinards,
afin de rendre un peu de logique aux mots du jardin, puis
l'usage a repris ses droits et nous nous sommes résignés
à ne plus jamais
                           chercher de logique au jardin des mots.


Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
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