Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 17:41



Fatum

.

Entre les branches des arbres réduites par l'hiver, de traits noirs

se compose le visage illusoire de l'ange aux ailes de brume

.

L'amant marche sur le tapis de feuilles pourries par la pluie

Ce qui le tourmente est inexplicable – inaccessible

.

Tant de lumière a déserté ses paumes ligneuses

tendues à travers le vent ainsi que comètes captives

.

Qui peut savoir – pas même lui – ce qu'il adviendra

de son coeur et de ses sentiments au bout du chemin

.

Des violons mortels grincent derrière la colline

et moquent avec des odeurs de champignon putride

.

l'amant esseulé qui marche en bredouillant

des syllabes aussi insignifiantes que les vers d'un poème







 



Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 13:35

 

 

Terre-Titanic

.

C'est difficile – ô combien – de maintenir à flots ce qu'un poète

appelait «le paquebot Terre » ! J'entends : à flots sur l'innocente limpidité

de notre vision... Nous avions vécu en des lieux où le soleil

comptait à longueur de journées les aiguilles des pins

pour en faire un brun tapis et sa lumière partout rimait avec

Vérité sans qu'aucun autre indice ne soit nécessaire

.

Depuis les jours d'aube en aube ont déroulé nos vies

dont se détachent des pages ainsi que pellicules de papier

du tronc des bouleaux blancs caressés par le vent d'été

Et l'aubier peu à peu apparaît empourpré, assombri...

Comment n'y point repenser en pleurant lorsque

sur la table de cuisine on épluche l'emballage sec et translucide

d'un oignon rouge pour atteindre à sa réalité goûteuse

et joufflue comme un coeur que l'on s'étonnerait

de ne pas sentir palpiter sous nos doigts !

.

De ce que nous avons connu de pur, que reste-t-il ?

Faudra-t-il nous élever par un effort redoutable

jusqu'à hauteur de la fange et de l'impur

pour nous égaler à la règle affreuse de ce monde ?

Que devient la grandeur ? La noblesse ? La droiture ?

Que deviennent l'amour, la beauté que l'on dévêt

du superflu jusqu'aux courbes de sa splendeur nue,

le regard de ces oiseaux de cristal que sont les enfants ?

.

Le paquebot Terre aujourd'hui navigue dans la boue

racle déjà les fonds et s'enlise dans l'Obscur.

 

 

 

 

 

.

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 11:52

Skogsrået

.

Le vent me parlait de la nymphe des bois

dont les petites dents mordaient dans les grappes sauvages

De temps à autres son manteau d'écorce s'écartait

sur la blancheur de son corps nu d'adolescente

Car elle était sans doute un jeune tremble dans son autre vie

.

Invisible et fraîche elle traversait les ramifications de mes pensées

du pas léger avec lequel la rosée enjambe les fleurs d'aurore

Dans ma tête une fièvre jouait d'une trompe de cuivre

et les mots s'enfuyaient comme chevreuils avant l'hallali

ou ces frissons luisants qui zigzaguent parmi les herbes

et changent la prairie en toison pleine d'odeurs intimes

.

Ces heures-là brillaient du saphir profond de l'été

Les roches de la garrigue n'avaient pas cet air d'ossuaire

que je leur vois aujourd'hui Les orties évitaient mes jambes

Les ronces à profusion m'offraient des grains remplis d'encre sucrée

Les sources filtrées par la mousse de leur filet pur désaltéraient

aussi bien la laie et ses cinq marcassins

turbulents et rayés comme des zèbres miniatures

que le galopin vadrouillant par monts et par vaux que je fus

.

Tout me parlait alors - désormais tout s'est tu.

 

 

 

 


Dualisme

.

L'arbre au chuintement de source

L'arbre à voix de vent l'arbre à voix d'oiseaux

L'arbre à branches couleur de chocolat

L'arbre aux feuilles de jour sous lesquelles

se cachent les reliquats des nuits

L'arbre dont le printemps grave l'écorce

avec des coeurs fléchés

cerclant les initiales des amants

L'arbre dont les griffes tentent de lacérer

le lourd voile gris des ciels d'hiver

L'arbre à l'aubier clair qui se souvient

d'avoir jadis été une jeune déesse

L'arbre divers sous terre et divers dans l'azur

L'arbre auquel frappe le pivert qui n'entre jamais

L'arbre au tronc simple pour y appuyer

le front de la mélancolie

L'arbre qui fait le pied de grue en attendant

l'éclosion des abeilles dans les fleurs bourdonnantes

L'arbre qui guette patiemment l'avenir caché

au-delà de l'horizon circulaire

L'arbre que transperce le soleil couchant

L'arbre où le soir vient poser ses étoiles

L'arbre dont le tronc est envié des nuages sans racines

L'arbre au pied duquel sommeille un trésor enfoui

L'arbre qui sait quelle vertu tirer de la lumière

L'arbre qui transmute la glaise en baume d'or

L'arbre alchimiste de la lenteur

L'arbre exemplaire l'arbre ami des poètes

L'arbre qui suscite les poèmes en traduisant

le soleil en pénombre fraîche

et balaie de son feuillage la transparence de l'étang

dont la profondeur comme celle de la langue

duplique exactement le silence harmonieux des cieux.

 

 

 

.

 

 

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 20:08

 

Je pense à vous poètes

  .  
  Ce soir je pense à vous poètes qui veillez à droite de la lampe  
  jusqu'à l'heure où la nuit elle-même s'éteint solitaire  
  dans la vitre embuée d'une froide émotion  
  tandis qu'un prurit de lumière irrite l'entre mer et ciel  
  Je vous vois, jeunes, vieux, écrivant-récrivant sur vos tables  
  en un obstiné ressac griffant le littoral du papier blanc  
  Vous écoutez cette sorte d'invisible floconnade  
  que la chaleur des sentiments sur la feuille  
  à votre insu noircit parfois jusqu'à la pensée  
  à l'instar d'un message écrit au jus de citron  
  qui pour nous enfants valait toutes les encres sympathiques  
  Je pense à vous poètes ignorés détestés solitaires  
  qui trafiquez les mots comme contrebandiers leur sel  
  affamés d'une fin'amour qui ne viendra jamais  
  Aux prises avec l'inconnu qui brûle ses vaisseaux  
  pour vous ôter tout espoir de retour,  
  vous avez abordé, qui à l'Éden, qui à l'enfer, qui  
  au pays des mirages et des subterfuges, qui  
  à la simple réalité qu'argente quelquefois l'éclat  
  d'un clair de lune plein de rêves migrateurs…  
  Je pense à la douleur qui vous poursuit secrète  
  et vous ourdit les mille écueils et pièges de la joie  
  dont vous brillez intermittents comme phares abandonnés.  
 

 

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 16:01

 

.

LES TUEURS SONT PASSÉS

.

La lumière tombe du vent Sonnent les cloches

là-haut rythmant des éclats d'aurore à travers

le clocher de fer Pigeons arpentant les tuiles romaines

L'éternité enfouie au fond de mes souvenirs

dégage une odeur de phénol et d'ammonium quaternaire

mêlée au citron du jour il en résulte comme un

parfum d'urgence qui me rappelle l'hôpital

.

Toutes sortes d'anonymes vont et viennent

vivement comme s'ils étaient appelés quelque part

Tocsin du cœur est-ce le temps disparu qui étend

un voile de vieux mauve et de nostalgie sur toutes choses

Mes yeux tombent sur mon propre corps J'imagine

mes jambes décharnées mes cheveux hirsutes à texture

morte comme de la filasse Et pourtant de ce gisant

.

se lève une étincelle de soleil et qui dure et survit

tandis que le matin griffonne des arbres sur la brume d'hiver

tandis qu'au fond de moi remue un obscur amour du monde

tandis que s'ébranlent les humains indignes leurs moteurs

pétaradants claquements de portes brouhaha de voix

Je songe à mes enfants aimés À mon petit fils rieur

À ma petite-fille jolie comme un cœur Et je pleure bêtement.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 15:47
    

 

 

Ubiquité songeuse

.

Est-ce bonheur, ces longues files de nuage bleu-pastel qui fuient tels de célestes rails vers la promesse horizontale du soleil au bord du crépuscule

.

À l'heure de l'apéritif dans la cour du Moulin ombrée de pins parasols face à la table en fer du grand-oncle le garde-champêtre en visite jetait dans son verre

.

de pastis dépoli une pièce de cuivre toute terne et quand il l'avait repêchée elle brillait comme un sou neuf et nous voyions dans ce tour intervenir la même magie

.

que ce disque d'or qui tout au bout des cirrus là-bas rutile faiblement dans une atmosphère laiteuse tandis que le ciel devient une immense ocelle de paon

.

promis à ce que la nuit ouvreuse d'étoiles le démasque bientôt afin que l'on reconnaisse Argos Panoptis aux dernière lueurs du soir venu surveiller ici-bas

.

les perspectives des vignes de septembre et peut-être la danse improvisée des feux-follets au bord des allées silencieuses du cimetière où sont mes aïeux

.

Aussi bien que la forêt qui a offert au faon et à sa mère un buisson noir propice à s'assoupir sans crainte en respirant paisiblement l'un contre l'autre

.

Et bien sûr le village au creux de la plaine qui s'allume peu à peu comme par goût de rivaliser avec le firmament, la vache qui meugle dans l'étable sans raison

.

autre qu'une nostalgie de l'air pur de l'alpage avec ses milliers de boutons d'or et de marguerites émaillant les prairies au fort goût de pèbre d'aï et d'anis vert

.

Ce qui prouve à la fin que le parfum du bonheur existe, qu'on peut le trouver facilement en mâchonnant un brin de fenouil ou simplement en froissant dans nos paumes

.

une houppe de thym afin d'offrir une caresse odorante à la chevelure lâchée de celle qu'on aime - avant de sceller d'un long baiser la perfection de l'Instant.

 

.

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 19:22
 
 Souffle inexpliqué 
 . 
 Quand les rêves migrateurs passent et repassent 
 au-dessus des éteules de nos vagues insomnies 
 hirsutes ainsi que des joues aux blondeurs mal rasées 
 un vieil homme en toi passe et repasse ses douleurs 
 . 
 Il ne ressent pourtant rien de plus neuf qu'une obstinée 
 peine ancienne qui macère comme au fond d'un vase 
 un souvenir de fleurs coupées Corolles spectrales 
 de visages défunts Lèvres aimées qui parlaient jadis 
 . 
 Voix et regards indissociables Absences éprouvantes 
 Et immarcescibles que la mémoire transforme en un 
 champ lilial ponctué de neigeux postillons d'étoiles 
 Tourbillonnant vertige du carrousel de nos amours 
 . 
 Et dans le noir épais sous nos paupières nous tentons 
 de condenser le peu de visions de printemps encore 
 vertes Le peu de tissu de nos vies qui n'ait pas passé 
  au feu régulier des soleils, expert à transir les corps.  
     

 

 

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 12:40
 Trois petits tours 
 . 
 J'écris à force d'envier 
 Ce soleil de janvier 
 qui jette sur la Terre 
 son improbable lumière. 
 . 
 Pas un flocon de neige 
 Tournez flonflons et manèges 
 Manèges et flonflons 
 Place de la Nation 
 . 
 Je regarde les enfants 
 Siéger les yeux brillants 
 Sur les chevaux qui dansent 
 Raides dans leur nonchalance 
 . 
 Pas un flocon de neige 
 Tournez flonflons et manèges 
 Manèges et flonflons 
 Place de la Nation 
 . 
 Ô musiques d'autrefois 
 Grâce à vous je revois 
 Sur les mines ravies 
 L'écho d'une ancienne vie 
 . 
 Pas un flocon de neige 
 Tournez flonflons et manèges 
 Manèges et flonflons 
 Place de la Nation 
 . 
 Chevaux blancs et chevaux noirs 
 Comme alternent l'espoir 
 Fugace et la tristesse 
 Vous rythmez notre détresse 
 . 
  Pas un flocon de neige 
 Tournez flonflons et manèges 
 Manèges et flonflons 
 Place de la Nation 
  . 
 Trois petits tours C'est fini 
 Le temps déjà ternit 
 Nos souvenirs On pleure 
 L'éclat des plus belles heures 
 . 
  Pas un flocon de neige 
 Tournez flonflons et manèges 
 Manèges et flonflons 
 Place de la Nation... 
     
 . 
   
Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 11:21

 

Au jardin de Tolain

.

Il fait bleu dans le vent qui ce matin, au bout de l'allée, rebrousse les poils du chat qui surveille à dix pas une pie qu'il n'attrapera jamais. Tous deux sont blancs et noirs, la pie aux ailes, et le matou aux pattes.

.

L'oiseau, lassé de jouer à narguer le félin, déploie des ailes dignes d'une coiffe de Sioux et s'élève jusqu'à la moitié d'un tremble, se pose sur une branche afin d'y toiletter ses plumes d'un bec vif et minutieux.

.

Il me vient à l'esprit le constat qu'il est insolite, ce coin de nature avec ses pins, ses érables, ses bouleaux, son herbe grasse et ses rosiers, en pleine ville ! Les bambous exubèrent, entrelacés de chèvrefeuille. Un arbuste dont j'ignore le nom a des rougeurs de novembre splendides…

.

Ce sont trois corneilles maintenant qui d'un vol impérieux s'abattent à diverses hauteurs du tremble, alors qu'une seconde pie en jacassant se hâte d'apporter renfort à la première, qui ne se laissait nullement intimider.

.

En bas, placide, le chat écoute la querelle croassante, assis sur une dalle, clignant par moment sur ses prunelles d'or pur, se lèche la patte gauche consciencieusement puis, blasé de ces disputes aviaires, va se coucher en rond dans un bac à géranium vide.

.

 

Sans raison me traverse l'idée que le colibri de la parole poétique, vrombissant si rapidement dans la jungle du langage qu'il en devient invisible, est la pensée de ma pensée. Ce que je note sans conviction sur mon carnet, tandis que le vent facétieux tente d'en tourner les pages.

 

 

.

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 10:36

 

L’enfant ivre

.

Qui d’autre peut voir ce que toi, tu vois ?

Et toi-même, que peux-tu voir de ce que d’autres voient ?

Il te semble que dans leurs bouches les choses

changent de noms, les apparences mutent avec

cette instantanéité magique des acteurs transformistes

dont la vivacité fait passer leur personne

de pile à face comme on retourne une carte à jouer !

Et tu restes-là, sans comprendre, ébahi,

face de lune arborant le masque du soleil

dans la mascarade illimitée du tournoiement cosmique.

Tu te sens pareil à ce gamin convié à la noce

pour tenir la traîne de la mariée : après le trop long repas,

l’ennui le gagne à voir les grands danser. Alors il finit

ivre à force d’avoir en secret bu les fonds de bouteilles

et ne le lâche plus le malaise d’un vertige exténuant…

Cette giration troublante des lumières et des astres

dans l’abîme qui s’obscurcit à mesure que l’on s’enfonce,

par une sorte d’apnée, sous la surface miroitante du langage

comme elle est éprouvante ! Et comme en dernier

recours le poème est insuffisant à la décrire,

à la dénoncer, à la trahir, à la transmettre !





 



Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article