Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 09:25

 

Musique

.

Le coeur prêt pour la longue nuit

où lumineuses vaguent des sphères

imaginaires.

 

.

 

 

.

Fin du Narcisse

 

.

L'âme abrégée

par les risées du bleu sous les roseaux

tu refuses de reconnaître

ce qui en toi est devenu

méconnaissable

 

 

 

.

Escapade

.

Simples c'étaient plusieurs chansons

de plume aux épis balancées

Campé au bord de la moisson

le V d'ombre

inversé que le soleil t'attribue

Et la fumée bleue de la montagne

outre le rideau des peupliers

aussi lointaine que le nom de Miribel !

 

 

 

.

Résumons-nous

.

Comment dire ? À mon être

.

la personne que je suis arrache

en écrivant, des radicelles d'univers

.

comme le photographe

gentleman-cambrioleur des apparences

.

par ses clichés en rafales

meurtrit la lumière !

 

 

 

.

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 09:14

 

 

.

Hors d'atteinte

.

Vers l'azur le regard du marcheur s'envole

comme on jette son bonnet par-dessus les moulins

.

Roches sèches Touffes de mousses rares

Impossible ici d'imaginer un torrent

.

Si haut déjà l'on halète par excès d'air pur

La buse qu'on avait pour guide s'impatiente

.

Elle tourne en rond avec des cris de reproche

s'indigne que pour les humains le sommet soit la borne.

 

 

 

.

Annonciation d'avril

.

Par la fenêtre de la chambre

ce gros bloc d'anthracite perché sur le bouleau blanc

c'est le merle familier qui s'égosille

à proclamer qu'il n'existe pas que la nuit

.

même si son plumage en reste teint

.

Sur leurs tiges les premières fleurs tendent leur petits

micros jaunes pour mieux l'enregistrer

afin de transmettre aux taupes demi-sourdes

et autres habitants des labyrinthes souterrains

.

la nouvelle invraisemblable du retour de la lumière !

 

 

 

.

La nature rencontre Antoine

.

Rien de savant L'ondulation mauve des collines

d'oliviers tachetées comme échines de léopards

La terre entre les doigts friable ainsi que cendre

d'incendie compacte et sèche après l'averse

.

On y surprend à fureter un hérisson coiffé en brosse

qui cherche dans les touffes d'herbe vert tendre

une limace rousse ou laquée d'un beau noir

.

Le garçonnet se penche pour voir de plus près

et s'extasie en balbutiant des syllabes mal définies

.

La Nature pour lui est encore un sujet d'étonnement !

 

 

 

.

Caussòus

.

Arrivés sur le plateau crayeux qui domine tout – jusqu'au loin la tôle

d'étain galvanisé de la Méditerranée jetant de temps à autre

des éclats de soleil en dépit d'un léger voile de brume

nous n'avons rien dit

.

Le ciel nous observait

debout face à nous au bord de la falaise

.

Un jeune pin voisin était enguirlandé

par les loches blanches de chenilles processionnaires

qui lui donnaient un faux air

d'arbre de Noël

.

Une fraîche bourrasque a rebroussé les joubarbes hautes

qui n'ont en ce lieu besoin d'aucun toit

pour appeler la foudre

.

Facile ici la contemplation des choses

tandis qu'un rapace en minutant son cri vertigineux

décrit l'invisible huit couché qui est le secret chemin

de ronde des tours jumelles de l'Éternité...

(Août 2012)

 

 

.

Sur un tableau ancien

.

Cette océanide qui jaillit nue de la vague pour tenter

de saisir un poisson volant avec ce geste

d'enfant qui tente d'attraper un pigeon près de la

fontaine du jardin public

que désirable souvenir de l'Anadyomène !

.

Voici que le tableau soudain me ramène à Paphos

à cette plage où la déesse avait surgi de l'onde comme toi

cher amour - et j'ai conservé les galets sur lesquels

chacun de tes pas avait laissé une trace humide

.

Depuis ils sont rangés datés dans un tiroir

ici à Paris et parfois je les prends dans ma paume

car je sais que désormais hélas plus jamais

je ne retournerai près de la roche de Paphos

où l'on vit Aphrodite belle comme un marbre antique

de l'écume émerger ruisselante de soleil.

 

 

.

 

Avers et revers

.

Il me souvient qu'à douze ou treize ans

j'essayais malgré mes jambes nues de pénétrer de force

les ronciers denses de mûriers et de framboisiers qui

mêlés d'épilobes

. (certaines encore en fleur ou déjà

recroquevillées en spirales pelucheuses)

occupaient le cœur de clairières forestières

que mon grand'père et moi nous étions seuls à connaître

.

La récompense consistait en seaux de framboises

que nous ramenions pour que les dames de la maison

en fassent des pots d'une merveilleuse gelée

une sorte de cristal rose foncé transparent fascinant

parfumé de ce qui pour moi demeure un arôme de jouvence

.

En revanche longtemps me cuisaient mes jambes griffées

par la méchanceté du buisson jusqu'au centre duquel j'avais dû

entrer pour obtenir les précieux fruits en quantité suffisante

.

Ce fut la première vraie leçon que m'imposa la vie :

qu'il faut se heurter à chaque geste aux piques acérées de l'enfer

pour lorsqu'on est poète tirer de cette planète le moindre poème

et qu'autant la souffrance dure autant le délice est bref !

.

 

 

Père

.

Déjà l'étroit réveil noir indique 19 heures

et livide est la couleur de ces heures

alors que je pense à des êtres lointains

dont l'absence me déchire le cœur

.

Le petit hibou plaintif va jeter son cri dans le soir

.

Les enfants dont les images tapissent mon coeur

y brillent dorés comme en une iconostase

et ma pensée anxieuse rêve qu'ils soient heureux...

 

 

 

.

 

Cercle vicieux

.

Qui ne se sentirait pas chagrin d'avoir passé sa vie

à composer en secret des strophes que le temps

dénonce pour leur manque d'intérêt ?

.

Ce que l'on prenait pour de l'or en s'oxydant

d'un poison vert-de-gris s'est révélé cuivre ou laiton

.

Pourtant le vieux poète continue sur sa lancée

à l'instar d'une vieille locomotive à vapeur

dépourvue de freins et qui poursuit

un nuage blanc qu'il engendre lui-même !

 

 

 

 

.

Ne décourage pas...

.

Ne décourage pas la lumière

Prends exemple sur le soleil qui se lève

tous les matins même sur les méchants

au pouvoir comme de tous temps

.

Ils nous font voir quelle illimitée

capacité dans l'horreur et l'abjection

recèle l'âme des humains Les plus savants

guidant en cruauté les fanatiques les plus stupides

.

Cette primevère qui vient de s'ouvrir

dans la pelouse et te regarde innocemment

à côté d'un narcisse sauvage incliné vers elle

a les couleurs d'une aube minuscule

.

Son espèce fleurira longtemps encore après

qu'ait disparu le sanglant règne de l'humanité.

 

 

 

.

Figuration

.

Champs fleuris d'un tapis serré de rouges sombres
dont le reflet de rose imprègne même les nuages...

Une fillette y court pour y collecter de quoi faire

un bouquet mais extasiée ne sait où donner de la tête

.

Tant de splendeurs jusqu'au fond de la vallée

que ferme le mur bleu nacré de la colline éclairée

d'un voile pâle Un vol de vanneaux tourne au-dessus

des haies fraîches sans bien savoir ce qu'il cherche
.

Soudain le soleil du printemps débusqué par le vent

perce au coin d'un cumulus aux pétales arrondis

Il prend dans un pinceau clair l'enfant penchée

sur la tâche de choisir et de cueillir qui l'absorbe

.

Nul ne voit excepté moi que subitement au coeur

de cette pourpre vastité s'est incarnée la poésie.

 

 

 

.

Désespérante gloire

.

J'ai retrouvé par hasard en rangeant le désordre

phénoménal qui règne sur mes livres

le recueil traduit d'assez belle façon

d'un poète étranger célèbre en trente six langues

dont la gloire formidable a été couronnée des plus

prestigieux prix littéraires

.

Je me suis arrêté sur le livre

laissant tout en plan j'ai relu vingt ou trente pages

C'est vrai que malgré l'affadissement inévitable

qui résulte de toute traduction de poèmes

ce qu'il a écrit était assez beau Assez touchant

Assez chargé de la virtualité de vie qu'y restitue

l'esprit avide d'émotions du lecteur

.

Certes c'est une chose fabuleuse d'avoir été l'auteur

qui a su composer en sa langue des partitions

quasi-musicales capables n'importe quand

d'obtenir de nombreux lecteurs vivants un moment

de résurrection – mais lui est mort.

 

 

 

 

 

 

.

Quelques minutes heureuses

.

Ça doit exister l'âme - puisque je sens en moi

un invisible feu qui tour à tour brûle et glace

ma poitrine

. surtout lorsque les mésanges

se poursuivent d'un à l'autre arbre en fleur

avec ces cris de verre brisé mêlés du signal

électronique annonçant qu'on a reçu un SMS

sur notre super-téléphone multi-fonction...

.

Charmantes les idylles des divers passereaux

Un geai galonné de bleu et blanc aux ailes

se hasarde au plus touffu des pins du jardin

mais n'y dérange que deux tourterelles

ici nulle geai femelle

déçu il se r'envole à l'est vers le bois de Vincennes

.

Même les avions se cherchent et croisent

leurs traînées aux confins azurés du regard

là même où nous fige un froid vertige d'infini

surveillé par l'insoutenable flamboyant éblouissant

soleil inexplicable

.

Au bistrot du coin (quoique il fasse frisquet)

j'emmène par caprice

celle qui est mon amour pour un petit expresso

du matin et si elle a faim dans la corbeille d'osier tressé

elle prendra tiède encore un croissant du matin.

 

 

 

 

 

.

Béatitude

.

Qu'ils sont beaux les échos des pas qui s'amenuisent

en un brouillard d'ondes ambrées au coeur duquel on reconnaît

lente un peu voûtée l'ombre frêle de la solitude

.

Un bouillon d'efflorescences roses et blanches

comme sur des récifs écume au-dessus des massifs

Le pelage des pelouses ondoie au vent léger du jardin

que hante un chat obèse et nonchalant

.

Voici qu'il s'allonge au soleil redressant vaguement la tête

quand ses prunelles d'or jettent de temps en temps

un regard découragé vers les cris des oiseaux qui volètent

là-haut trop haut de branche en branche avec insolence

.

On a bien envie de l'imiter De s'allonger sur la fourrure

verte de la terre en se laissant tiédir comme une pierre

dans la lumière De tendre l'oreille vers les voix

à peine audibles et pourtant exquises des anges...

 

 

.

.

Cent fois sur le métier...

.

Jour après jour

comme disent les publicités de crèmes de beauté

avec le sabre de la poésie tu t'appliques à trancher

le fameux Noeud Bordien dont chaque nuit renoue

l'embrouillamini à force de songes

.

De cet univers un instant éclairé par les quelques

paroles bien senties que l'aube t'avait inspirées

la nuit replonge les composantes dans un bain

d'indétermination en lequel les liens logiques

même les mieux assurés par une syntaxe minutieuse

s'entremêlent ainsi que les tiges d'osier d'une panière

qui déborderait de linge sale attendant lessive

.

L'effet en est qu'au matin dans la lueur d'un café

bien noir tout est à réécrire une fois de plus

jusqu'à ce que la faux au sourire luisant

tranche la question pour de bon.

 

 

 

 

.

Petit monde hors du monde

.

Il y a de ces villages de l'arrière-pays qui brillent ainsi que

ces étages de bougies allumées en plein jour

sur le parvis de leur église pleine d'ombre

.

Une haie de peupliers longe l'unique voie qui va

devenir entre les maisons la seule chaussée bitumée

puis le hameau franchi s'en ira en lacets à travers les piémonts

jusqu'à ce col rongé par l'azur qui fait rêver à l'autre-versant

.

Ici ce sont des journées paisibles qui s'écoulent à peine

troublées par d'insignifiantes chamailleries entre gens

qui se connaissent tous Les secrets n'existent

que pour les « estrangers » que les frasques du boucher

avec la boulangère ou du commis charcutier avec la jeune

serveuse du bar restaurant ne concernent en rien

.

Au diable des guerre d'Afrique ou du Moyen-Orient

pays barbares on détourne les yeux en voyant à la télévision

quelles massacres et autres crimes sauvages ils perpètrent

avec une rage aveugle de zombies contre des innocents !

.

Plus importante ici est la pousse des roses trémières

pélargoniums jasmins bignones clématites devant les perrons

ouverts au soleil et derrière la maison au bout du gazon

où patientent des fauteuils blancs il faut voir aussi le joli

carré de salades tomates concombres courges radis poireaux

que les propriétaires vont caresser tôt matin à la fraiche

quitte à se retrouver les mains trempées par la rosée

.

Et voici que debout devant les alignements de touffes vertes
On s'essuie les mains d'un chiffon en s'étonnant qu'au ciel
persiste la lune alors qu'entre les chênes on voit déjà

porté par l'enthousiasme frénétique de tous les oiseaux
l'éblouissant plumage du soleil qui point en faisant la roue...

 



 

.

Micro-périple

.

Imprudent petit poème à bord duquel tu t'embarques

Coque creuse de pirogue taillée d'un seul tenant

qui se souvient d'avoir été naguère un arbre vertical

Avance au rythme de ma chanson même sans vent

.

La pagaie en cadence agrafe au temps l'étendue vacante

Un exercice délicat au cours duquel le malhabile

chavire et boit la tasse comme on dit puis se juche

tant bien que mal sur son esquif qui dérive à l'envers

.
Qu'importe au bout du rêve il y a l'île aux frondaisons
d'oliviers L'île posée sur un miroitement de verdeurs 
auréolées de vapeurs qui se contemplent dans l'abîme bleu
d'où l'on attend qu'émerge - pistil d'un merveilleux jaillir

.

écumeux – la sirène beauté frissonnant en sa nudité pure...

 

.

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 14:09

 

Séparation

.

O terrible cette voix d'ange

morte qui dans la nuit baignée de larmes

murmure : « Pars vers ton amour… »

 

 

 

 

 

.

Corps fous

.

La part belle de vivre s'oxyde

Du vert-de-gris envahit le cuivre des crépuscules

Dans sa vase s'enfonce la Saoirse

 

Sur la terrasse des cafés le soir bruyant

n'enveloppe que la jeunesse

 

 

 

 

.

Qui sait ?

.

C'est l'amitié généreuse des hommes

autour d'une ambrée

au bistrot du village couleur d'ocre

.

La tendresse des amantes

fait crépiter sur les tuiles romaines

une pluie d'étoiles

.

Dans certains recoins ombreux

du monde la bonté s'obstine

 

 

.

Fatalité

.

Ceux qui ont égaré leur manteau

scrutent l'océan d'un regard de selkie

Je t'observe, je t'observe beauté blonde

.

La vague respire l'âcreté des profondeurs

Un oiseau vert s'interroge en chantant sur le mimosa

engrappé de soleils minuscules

.

Le vent bleu nous enlace malgré nous

.

Ce qui brille au fond de tes yeux

est un amour violent

comme de la haine...

 

 

 

.

 

 

.

 

Bar  Le Havane (ex-Favart) - Bayonne

.

Tu revois les soirs de rhum limpides

Les feux des barques de pêche retour

vers la rade nacrée d'une vaste écale sous les eaux

.

La sueur du soleil saignait sur les biceps

des matelots d'un cargo portugais

Au vent flottait le pavillon rouge et vert-de-gris.

.

Ce bar qui sentait la pizza et les épices orientales

était réputé pour la verve de sa serveuse

dont la beauté principale dans son dos

.

était une longue cascade ondoyante

de boucles noires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.

Indentité du promeneur

.

 

La brise apporte du talus des senteurs de fenouil

Qui je suis soudain sur ce sentier s'éprouve

sous le regard d'oiseaux qui miment le vol des feuilles

.

Les courants de l'air regardent la mer frissonner

.

Risées et voiliers louvoient ensemble entre les îles

quand les palmes de la nuit se croisent sur les étoiles

et que sur les rochers rouges du cap la lune point

.

Il est temps pour le crabe

de se réfugier dans son trou de sommeil

 

 

 

.

 

 

 

Quotidienneté

.

Étourdissement gris-bleu fausse fumée

Une journée harassée se lève sans soleil

.

Le merle au jardin cherche l'inspiration

sous le gazon et récompensé de ses efforts

tire un long vers élastique

.

Gardant un œil sur les airs mystérieux

du chat accroupi à bonne distance

.

Une rumeur au loin froisse la rue

Torrent d'automobiles hors de vue

.

Envolé l'oiseau que le matou manqua !

 

 















.

Imminent printemps

.

Vivement que les milliers d'yeux aux cils blancs

s'ouvrent sur le glauque firmament du pré

.

Ce sera gai toutes ces pâquerettes pimpantes

qui n'ont pas froid au vent du printemps

.

Dimanche on verra des familles

Les enfants crieront gaiement sur l'herbe rase

Certains pique-niqueront peut-être

au risque d'un asseoir humide

.

Les arbrisseaux bourgeonneront

au bois rose où les mésanges jouent

de branche en branche à poursuivre les anges

.

Au-delà saisi d'une espèce de gloire

notre esprit rejoindra les nuées

 



(1993)



 

.

Chantant pêcheur

.

Sur l'étang les gobages des truites arc-en-ciel

s'élargissent en clignant de soleil

.

Au bout de ta ligne ce que tu prendrais

t'importe peu Le plaisir de vivre près du torrent

bottes sur les galets roulés depuis la montagne

suffit.

.

En toi chante une âme - silencieusement

pour n'effaroucher point les poissons

.

Dans l'amour des hauts arbres de la rive



(1993)





 

.

L'essentiel

 

.

Singulier constat que la poésie soit moins

des instants que des lieux

.

Elle fait son nid bouclé en des recoins de la mémoire

- des triangles secrets comme des pubis !

.

Ombre mais lumineux désir là où règne la meurtrière

Avec le péril entrevu dont le vertige est protecteur

.

Je n'ai jamais espéré qu'on me comprenne

 



(2004)



 



Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 19:43

 

.

Au parc Sarah-Bernard

.

Ton buggy est trop bas Voici que tu me tends les mains

Ezra – que je soulève dans mes bras ton corps petit

mais déjà lourd et que tu puisse voir tous ces enfants

jouer courir se disputer sur le grand bac à sable du parc

.

Des pigeons regardent l'un creuser et tapoter la poudre

avec sa pelle rouge Un autre accroche ton regard car il

revient obstinément glisser le long d'un toboggan orange

Tu te remplis les yeux de ces visions puis à la fin

.

de ton jeune front dur tu cosses doucement contre le mien

pour me signifier que cela suffit Nez contre nez nous nous

faisons un « baiser esquimau » Puis d'un coup tu éclates

d'un rire clair qui fait briller tes deux premières dents.

 

.

Grandeur secrète

.

Le mystère qui surprend c'est le corps en son rapport

à la présence qu'on pourrait assimiler à une sorte d'aura

quasiment imperceptible et qui pourtant influence

immensément personne et choses alentour Ainsi

.

toi-même Ezra soixante douze centimètres des pieds

jusqu'au sommet du crâne – je t'ai mesuré contre le mur

avec un livre et un crayon – en somme à peine plus haut

qu'une douzaine de pommes empilées tu irradies

.

au loin une énergie digne du phare d'Alexandrie !

Où que tu sois ta petite personne dans nos pensées

rôde à la façon des anges de la Baie du même nom

lorsqu'ils ont senti qu'un pauvre cœur saigne quelque part...

 

 

 

.

Ici – là-bas

.

Aurais-je jamais imaginé que ce tapis de tribu diapré

acheté il y a quarante ans au moussem des fiancées

du côté d'Imilchil (vallée reculée des hauts-plateaux

de l'Atlas) te servirait - petit Ezra – de domaine de jeu !

.

Je songe qu'il avait déjà servi sous les grandes khaïmas

de poil de chèvre noir Qu'il a dû connaître avant toi

les rires et les cris de bambins berbères surveillés par

leurs jeunes mères aux joues rouges et costumes brodés

.

Mais toi tu ne connaîtras pas le froid éprouvant des mois

d'hiver ni le vent glacé ni le ciel outremer parmi la beauté

du relief splendide au cœur duquel sinue en miroitant ici

ou là le méandre d'un oued précieux Ô soudaine mélancolie !

 

 

 

.

Premier printemps

.

Juché sur mes épaules depuis le balcon tu regardes

les deux merles jouer à se poursuivre d'arbre en arbre

« ...Garde ! » dis-tu dans ton langage commençant

et tes yeux visent les oiseaux noirs qui se sont posés

.

aux branches roses du cercis qui est le premier à fleurir

en ce premier jour officiel du printemps... Ton premier

printemps et son premier arbre en fleur te laissent pensif

autant que moi qui en ai connu 70 depuis et je tente

.

un instant de trouver dans ma mémoire les reliques

d'émotions qui étoilaient de leurs fleurs merveilleuses

le verger intérieur qu'ont en moi jadis ouvert mes rêveries

d'enfant s'aventurant sur ses courtes jambes mal assurées...

 

 

 

.

Ezra s'endort dans mes bras

.

Une chose qui ferait fondre le granite du cœur d'un terroriste :

ce moment où tes paupières papillonnent et se ferment et voici

que tu t'es endormi la tête sur mon épaule et rien alors ne peut

te réveiller Je sens le poids ferme de ton corps d'enfant s'alourdir

.

contre mon torse et ta respiration confiante près de mon oreille

gauche C'est comme si je portais mon propre fils ou même

le bébé que je fus L'impression d'un fardeau tellement précieux !

D'une sorte de vase délicat qui contient merveilleusement la vie

.

lorsqu'elle vient de commencer et nous séduit par ses traits

innocents et charmants Ah quel luxe de précautions avec cette

fragile présence qui sur nous s'abandonne et quelque fois sourit

au cours de son sommeil de se savoir aimée par autant de géants !

 

 

 

.

 


Double-vitrage
.
«Vraiment étrange, cette matière invisible et solide, n’est-ce pas
mon bébé chéri ? » dis-je tout-bas à mon petit-fils qui de la main
tâte et s’obstine contre le froid vitrage de la baie en face du jardin
en y laissant les pentagrammes baveux de ses doigts miniatures
.
Il avait déjà manifesté le mois passé la même insistante curiosité
et laissé les mêmes traces de sa confrontation avec l’Inexplicable
Bêtement sentimental comme je suis – j’avais gardé telle quelle
le mois durant, sans nettoyer, la vitre constellée d’étoiles troubles
.
Désormais te voici grandi balbutiant des syllabes qui ressemblent
à de vrais mots et désignant les choses Tu te reconnais dans les
glaces et nos reflets – toi sur mon cou à califourchon – t’amusent
tandis que tu joues à m’ébouriffer les cheveux Bientôt les mystères
.
des parois transparentes qu’on ouvre et ferme ne t’intrigueront plus.



 

 

.

Fluide magique

.

Accablé de peines qui ne sont pas les miennes, j'attends de toi, parole évanescente du poème, que tu me sois un remède !

.

Voici paraître le soleil qui habille de gloire la façade du numéro 7, en face, pour me faire croire qu'une rue où passent les gens, où la voirie s'active à trouer les trottoirs, est heureuse !

.

Puits d'un visage aimé, regard dans les profondeurs duquel miroitent tant de bonheurs inscrits à l'actif de nos vies, de toi s'élève une brise d'innocence au-dessus de l'étant qui restitue à mon âme ses ailes de libellule !

.

J'ai longé la rivière, parcouru mon reflet sur son eau sage tel un Osage dans son canoë, ridant le front bleu du fluide magique : j'étais un indigène exilé d'une terre natale qui ne l'avait pas reconnu !

.

Une bonne excuse pour oublier le temps, mais laquelle ? Celle d'une langue aux accents pleins d'étoiles dont l'averse s'abat sur tes pages et cristallise en chapelets de diamants noirs.

.

Que soit vain le souci de la postérité, certes, car si même nous étions les nouveaux Pindare ou Baudelaire, à supposer que l'humanité dure, ce ne serait que cinq millions d'années. Après le soleil se changera en nova. Les dinosaures, combien de millions de siècles ?

 

 

 

.

Poétiquement vôtre

.

Le poète ? Moins un cueilleur d'oeillets que le drôle d'oiseau qui pique le duvet de pollen d'un souci, pour en faire, là-haut, un nuage d'aurore.

.

Tu n'es pas seule, alouette des blés ! Quant à l'or frissonnant que tu musiques en plein ciel, voici qu'après une fausse chute foudroyante, il se répand en ondes nourricières parmi les épis.

.

Que d'amis lointains… Entre eux et toi, une vaste banquise, page vierge, future, immense, que balaye un vent issu d'Ailleurs face auquel peu d'entêtés s'arc-boutent.

.

L'hymne au soleil que flûtait la voix prenante de la kéna, suppliait l'astre du jour de lui tortiller des cordes en fibre de lumière : que par une échelle de rayons l'âme du joueur puisse regagner le ciel.

.

L'haleine du printemps qui sent la sauge, le pèbre d'ase, la mente et le thym, fais qu'elle se condense sur la transparence de la page ainsi que givre arborescent émerveille une vitre : là est l'art !

.

Cachées, la violette ou la sariette des montagnes, pourtant on les devine au parfum, l'une apaisant la mélancolie nocturne, l'autre dénouant la parole dans notre gorge brûlante.

.

Le conciliabule silencieux des psalliotes au coin du champ passe inaperçu, rose sous la foule des hauts herbages, des ombelles et des graminées... Ainsi, confidentielles, les réunions de poètes.

 

 

 

 

.

Quatre pas hésitants dans le monde...

.

Le velours de ta joue de bambin abandonnée contre la mienne

tandis que par la baie tu observes les hauts bambous remuant

au-dessus du jardin, les merles qui volètent dans le tamaris

ou picorent sous les rosiers, les corneilles à la vaste aile

.

noire et majestueuse venues crier que demain en son temps

viendra – avec le jour de ton retour à Bristol – et que tu vas

me manquer petit lutin, tout cela aura endiamanté les minutes

que tu auras vécues parmi nous : un mois de métamorphoses

.

avec quelque mots clairs, les gestes de ta menotte en étoile :

les au-revoir et les prends-moi dans tes bras bienveillant géant...

Te voici debout marchant presque avec cet air triomphant de qui

est en train de réussir un prodige qui réclame notre admiration.

 

 

 

 

.

Salar d'Uyuni

.

Pauvre inépuisable magnificence de ma langue dont les formules en cascade s'écoulent jusqu'au point où commence la part de l'infini qui nous exile !

.

Comment expliquer cet inexplicable pareil à ces zones en blanc que l'on voyait encore, quand j'avais dix ans, sur les mappemondes ?

.

Le poème amène aux franges du chaos, à la façon les portulans où figurait le rio Xingu du Matto Grosso qui entraînait jadis des intrus dans les parages des terribles Chavantes.

.

Parmi le délire des lianes repoussant d'une longueur de bras par jour et des profusions végétales des forêts vierges aux mille échos de hurlements étranges, qui s'y reconnaîtrait...

.

...Sinon les hommes nus sous les buissons, en cachette échangeant en une langue quasi-disparue, et ajustant à l'orifice silencieux de leurs sarbacanes les tampons de fléchettes mortelles ?

.

Telle, la jungle des mégalopoles du trois fois septième siècle que s'apprête à dévaster un khamsin incendiaire, tandis que leurs habitants ne songent qu'à rejouer Sodome et Gomorrhe !

 

 

 

 

.

Diversités mythiques

.

De singuliers caravaniers qui avancent au péril des pluies d'étoiles, éviteront un sort funeste en se couvrant d'un col de cuir la nuque et l'occiput. Le roi les récompensera d'un hanap d'eau pure.

.

Embarrassante affaire, songeait le garçonnet, que cette mer étale qui soudain détale avec la marée, du quai où elle semblait amarrée ! Il se gratte l'oreille comme à cause d'une puce.

.

Chevaux blancs de Poséîdon, vous détalez, pense-t-il, immortels vous détalez donc, tout à fait comme l'étalon que j'avais dans l'estomac ! Quel amer soulagement quand la mer sur l'âge ment !

.

L'étendue d'eau calme le regard d'une averse turquoise. Étant dodue, c'est avec volupté qu'à la surface fluide flotte avec des airs de vestale cette mouette ivoire qui a perdu le Nord.

.

Une fillette, sandales crissant sur les galets, traverse la plage en jetant dans le vent mille fragments de papier déchiré qui s'élèvent, tournoient, retombent au creux des vagues en donnant de faux espoirs aux poissons.

.

Si l'on attend suffisamment, des brumes translucides comme pelure à cigarettes l'on verra surgir, gris pâle et crème, la voilure immense d'un trois mâts qui ressemble à celui du Fliegende Holländer.

.

Parmi le pelage chaotique et bouillonnant du verbe, l'amour tanguera de crête en crête sans sombrer, assuré de symboliser la Rédemption du Vieux de la Mer qui a menti sur son âge.

 

 

 

 

.

Que le vent corresponde à la fin d'un rêve...

.

Du seul mot frileux surgit un félin doré alors que, perdu dans mes songes, machinalement mes yeux suivaient un chat de gouttière en train de traverser le jardin à pas de velours. Il bondit à l'instar de l'un des tigres daliniens du tableau vol d'abeille autour d'une grenade, et la grenade ornait l'intimité d'un nu plus ou moins androgyne assoupi les bras sur le visage.

.

Impossible de reconnaître quelle personne somnolait ainsi, dans la lumière d'août, sur une plage déserte aussi blanche de sable que le marbre de ce corps d'Amphitrite offert pour un énigmatique sacrifice. Pressentiment mélodramatique confirmé par la prenante odeur d'abysses d'un troupeau de phoques qu'on voyait en se dandinant se hisser hors de l'eau.

.

Balancés sous l'effet d'une bouffée de brise, les pins ont effacé le tableau qui de couleurs d'icônes sous verre oblitérait la paroi de mon regard intérieur. Tout à fait comme après un coup de chiffon s'efface l'irréelle buée où commençaient à se figer en pleine course les cerfs du givre, je suis revenu dans la sphère de la transparence, le coeur mordu par les crocs du regret.

 

 

 

 

.

Fin de cycle
.
Ils sont loin déjà – tous partis sans m’attendre !
Et je ne sais pas même où ils sont allés… En tout cas
la maison est vide à présent et le village plein de visages
étrangers. L’on n’y verra plus ni ma mère ni mes tantes.
La seule encore vivante ne reviendra plus. Insensiblement
le temps nous a chassés et remplacés. Seule les cigales en grec
continuent de leurs petits violons à prétendre zi-zi-zi-zi-zi-zi-zi
avec un bel ensemble, que mon pays vit-vit-vit-vit-vit-vit-vit
comme autrefois. Mais c’est faux. Tous en sont partis sans
m’attendre ! Le boucher d’en face, le boulanger, le coiffeur,
tous partis – remplacés subrepticement. Les boutiques repeintes
sont occupées par des inconnus trop différents, trop jeunes, trop
obséquieux. Partout a disparu le vrai, les rues mentent, le lavoir
envolé avec les chansons et les rires des lavandières – en place
des dalles d’ardoise dignes d’un tableau noir dont tout aurait été
effacé ! On a disposé des fleurs anonymes, le mêmes qu’on voit
sur les tombes du cimetière. Au milieu de la place de la mairie
la tristesse de la rivière à foré un énorme trou, et sur la rive
où poussaient les cannes idéales pour faire le corps des flûtes,
plus rien qu’une berge rouge et ravagée. Quant à l’église où,
sitôt prononcé l’Ite missa est de la grand’messe de dix heures
sur l’orgue, dont l’absence marque à présent d’un vaste vide
la crasse de la tribune, je jouais Joie et Clarté des Corps glorieux,
sa façade se lézarde et l’horloge, au clocher qui tombe
en ruines, s’est arrêtée entraînant le carillon dans sa mort.
De toutes façons nul ne s’en plaint. Ni les agnostiques
qui veulent dormir dans le silence de la lune, ni les fidèles
du Croissant qui sont désormais le gros de la population.

 

 

Ezra observe

.
De petites soles feuillolent dans l’aquarium limpide du musée
Tu tends les mains contre la vitre impuissant à les saisir
Ton visage d’enfant éclairé par l’imitation de lumière abyssale
Ta petite bouche arrondie d’étonnement comme bouton de rose
.
Que j’aime ta curiosité qui dévore le monde et ta vivacité à vivre
La joie qui s’empare de toi face aux poissons exotiques couleur
de colibris et face aux tronches renfrognées à bec de perroquet
busqué des plus grands Mais il me plaît davantage encore – Ezra
.
que sérieux et concentré de ton petit doigt tu me désignes par ici
dans ce coin de l’aquarium vert d’algues et gris de rochers creux
un oursin aux piquants de châtaigne d’où bavent d’ondulantes
et troublantes lèvres garance que sans toi je n’aurais pas su voir !

 

 

.

 

 

 

Ezra parti !

.

Un grand vide, c'est ce que tu nous a laissé cher enfant ! Vide
plein d'une tendresse qui n'a plus d'affectation et qui t'attend
Tes jouets sont restés comme à l'heure de ton départ La vache
gonflable en caoutchouc rose fluo trône sur un fauteuil avec

.

ses quatre pis sur la tête Ton tricycle en bois l'air désoeuvré
occupe un coin du tapis sur lequel tu empilais tes cubes creux
Le chien jaune en peluche est assis à ta place devant la table
pour bébés en plastique blanc Il attend un petit pot qui jamais
.
ne viendra puisque en ton absence, Ezra, ce toutou ne vit pas
Bien sûr nous agissons en grands-parents gâteux Pensant
que pour n'avoir touché à rien – notre début de superstition

un peu stupide par magie hâtera l'instant joyeux de ton retour.

 

 

 

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 10:00

 

Ezra câlin

.

Blotti dans mes bras fripon de mon cœur

malicieusement tu te refuses au monde

enfouissant ta figure au creux de mon épaule

et cramponnant mon cou avec une force

.

insoupçonnée Alors je murmure une vague

comptine ou nursery-rime vu que tu es à demi

britannique et nous nous promenons doucement

d'un côté à l'autre de l'appartement Ici la rue

.

avec les autos hypnotisantes qui ronflent à la

queue-leu-leu Là-bas le jardin tranquille avec

les pies qui jacassent les chats endormis sous

les massifs et les bambous qui balancent au vent

.

Or le monde t'intéresse tout autant des deux côtés !

 

 

.

Avec Ezra au square

.

Bel enfant si communicatif et si volontiers tendre

parfois tu me rappelles ton père au même âge - parfois

non... Toi aussi tu vas devenir un grand gaillard

avec l'aventure d'une existence plus ou moins

.

secrète et difficile à concevoir pour tes parents

Déjà je t'imagine en beau jeune homme environné de filles

tel ce quidam que toi et moi retrouvons au square cerné

chaque jour d'un essaim de colombes qu'il s'attache à nourrir

.

Lui n'est plus très jeune Il n'a sans doute plus personne

Mélancolique veuf et désoeuvré il s'obsède d'oiseaux légers

faute de femme à aimer dont il serait préoccupé sans cesse

- ruse favorite de la vie pour éviter que l'on pense à la mort...

 

 

 

.

Senteurs d'avenir

.

Lorsque tu es absent – quand la distante Albion

te retient tout là-bas dans Bristol embrumée

Ezra lutin rieur diablotin gazouillant

je suscite en rêvant ta présence enchantée

.

Certes si vieux je suis que je n'ai pas besoin

comme toi pour penser de froncer un front lisse

Le mien est plus ridé qu'un brouillon défroissé

qu'un remords créateur nous aurait fait sauver

.

de la corbeille où d'abord on l'avait jeté

par rage ou désespoir Sous ce front ton image

Ezra cher petit-fils ravive un vent de vie

respirant les senteurs de la terre promise...

 

 

 

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 10:44

Ezra bébé-soleil

.

Ezra tendrement aimé ton visage radieux

lorsque ensemble nous déambulons au hasard

dans les rues de Paris et les jardins publics

attire déjà les faveurs de toutes les dames

.

Elles te parlent gentiment et s'efforcent de te

faire sourire afin de te séduire Moi j'observe

comme tu sais déjà répondre d'un regard profond

assorti d'un smile à faire fondre un cœur de pierre

.

Neuf mois d'expérience à peine et voici que tu

existes puissamment en société - si jeune encore

tandis que moi qui te porte dans mes bras je jouis

du secret plaisir amer que ta présence m'efface !

 

 

.

Ezra découvre le présent

.

Ce qui t'intrigue sur la place mon poussin

c'est un agent de la voirie qui debout tourne

la clef carrée dans le trottoir pour que l'eau

- regarde ! - s'écoule au long des caniveaux

.

Perplexe en voyant s'enfuir l'eau divine dont

la brillance laisse lire les images des immeubles

tu fronces les sourcils et ton petit front se plisse

pour la première fois comme sous un intense

.

effort de la pensée Je te montre alors notre reflet

et je devine dans tes yeux une question qui se cherche

Pourquoi voit-on se dérober la transparence et nos faces

dédoublées n'être pas emportées dans le flux Pourquoi ?

 

 

 

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 11:11

 

Couchant ordinaire

.

Il neige des roses sur l'île de la Cité

En aval de la Seine sur la barque d'or d'Isis

s'éloigne un vieux soleil embarbé de vapeurs

qui flèche avec ce qui lui reste de vigueur

le dôme étincelant du Panthéon

.

Des amoureux se pressent et s'embrassent

sans pudeur appuyés au parapet du Pont neuf

Peut-être se sentent-ils à la fois acteurs

et spectateurs du film de leur propre vie

qui les projette dans une émouvante éternité

.

Ce n'est pas le pire endroit que Paris pour s'aimer

Nombre de souvenirs auxquels je tiens m'en restent

Traverser le jardin des Tuileries en compagnie

de son amour par un printemps qui excite même

les nus de pierre de Maillol est un moment inoubliable !



.





 

Certains jours...

.

Certains jours à Paris sont faciles

On déambule au soleil de surprise en surprise

Des artistes sauvages ont décoré les murs

de chefs-d'oeuvre étranges qu'ils ne signent pas

Peu leur chaut de s'effacer devant leur création

Ils sont dans le même état d'esprit que Dieu

.

Les rameaux des arbres brillent sur l'intense

bleu du ciel A travers on aperçoit le Sacré-Coeur

en coupoles couleur de lin qu'un escalier

innombrable rejoint jusqu'où circulent lents

les anges à peine froissés en aubes de nuages

Ils viennent voir là-haut si les vignes renaissent

.

Donne-moi ta petite main ma chérie ma tendresse

Passons du même pas le seuil gai du printemps

Quoique le monde ailleurs soit horreur et détresse

je veux plonger au fond de tes yeux transparents

Y voir se raviver notre ancienne promesse

comme au soleil d'été s'ouvre un bleuet des champs.





.

Tu ne diras rien d'autre…

.

                                                À mon ami Louis Girault, in memoriam.

.

Tu ne diras rien d'autre qu'adieu

tandis qu'en sifflant la flûte s'atténue entre les pentes,

ses échos répercutés par les capuchons neigeux des sommets

Au bord des lacs des canots de roseau circulent

les rames se cassent sur leurs reflets

Tu ne diras rien d'autre qu'adieu

Le vent glacé de la puna coupe le souffle et soulève

sous leur ventre la toison des vigognes gracieuses

Des femmes aux joues rouges passent en riant sur le chemin

el camino que conduce al pozo

emballées d'épaisses jupes mantes de couleur aux épaules

Tu ne diras rien d'autre qu'adieu

Ce sera comme si sur le chemin marchaient des souvenirs

tellement anciens que ta respiration se déchire à seulement

vouloir les suivre tandis qu'au loin persiste faiblement

la voix nostalgique de la kena

qui parmi les échos se raconte à elle-même l'odeur froide

l'odeur d'une si froide solitude que rien n'y saurait remédier

Alors tu ne diras rien d'autre qu'adieu



.

La nature se vengera

.

Violet sommeil profil sombre plaine enténébrée

Long esclavage d'un amour sans joie compensatrice

Nulle âme ici qui vive - seulement des cendres moirées

d'argent par les vestiges d'un feu ancien ô laves rouges

.

Penchons notre oreille sur coquelicots et hibiscus :

Connectés au for intérieur de la planète ils làchent

dans l'air par leurs étamines de silence une nuée

de récriminations devant l'irrémédiable Dans les fleurs

.

on entend les sentiments de la terre exactement

comme ceux de la mer dans les coquillages pareils

à des écouteurs wifi Hélas en leur murmure indistinct

ne se détache clairement que le mot « vengeance ».

 

 

 

 

 

 

.

Au Cap-Martin

.

Frêle circonstance à quoi j'agrafe mon poème

dans le dos de l'univers tel un poisson d'avril

Chaque mot est une écaille et chaque écaille

une étoile que je suis peut-être seul à voir

.

Le soleil levant a sorti son trombone doré

du pavillon duquel s'essaiment mille mouettes

tandis que l'accompagne le vent sur le clavier

virtuose des écumes et le ressac avec ses maracas

.

Enfant du jour à l'extrême pointe d'une avancée

de pierre un cormoran noir lisse sa robe d'encre

déploie au soleil d'amples ailes et du ressort fléchi

de ses pattes s'élance au ras des flots jusqu'à

.

plonger soudain un long moment pour enfin reparaître

en surface en serrant dans son bec une chose argentée

qui se tend et se détend flexible comme lame de navaja

qu'à la fin l'oiseau déglutit d'un gosier d'avaleur de sabre.

 

.

.

Feu de camp d'un autre siècle

.

Ce feu qui brûle encore à peine au bord

du cercle de la nuit

ne va pas le piétiner,

retiens-toi de l'éteindre ! Les sarments

déjà consumés ont gardé la forme blanchie

des os de ces morts qui jonchent ta mémoire...

Ce sifflement de flûte mêlé de plain-chant

venu d'outre-horizon, c'est le bruit

de vitesse de la vie qui file comme le vent !

Par les hublots des jours en passant

juste un aperçu de l'éternité – puis adieu !

Restent sous ton front les cristaux chanteurs

des oiseaux, un son si pur qu'il donne la migraine !

Au bout d'un invisible lien

tel un ballon d'enfant grimé d'un sourire publicitaire

tu traînes avec toi la lune au long du labyrinthe.

Myrthes et térébinthes encombrent le chemin

qui serpente entre des hêtres enfeuillés de rêves.

Je t'en prie ne va pas piétiner le feu

le reste du pauvre feu de nos soirées d'adolescents

sur la plage où ronflaient les guitares

du ressac dont l'écume

flamboyait au bord du cercle de la nuit !





.

Aujourd'hui, hier et toujours.

.

À petits pas à petits pas comme en dansant

elle s'avance avec son inaudible tambourin :

Ce sont minutes qui te tiennent tant à cœur

que tu ne les laisses pas s'enfuir sans battre

avec elles du même tempo de noire à soixante !

.

Nous nous aimions Nous nous déchirions

dans la sphère translucide de notre unique

et même éternité On croyait le firmament

la terre les forêts les couleurs les étoiles

et jusqu'à cette mer qui nous enseignait l'infini

.

on croyait qu'il s'agissait d'un Éden à nous seuls

destiné - où serrer dans nos bras la Beauté nue

qu'on pouvait sur l'Autre embrasser à bouche-

que-veux-tu, la nuit, au nez et à la barbe du Temps !

Vie qui s'avançait à petits pas déjà – comme en dansant !

 

.

Lieu commun et mains vides

.

Qu'offrir ce matin à la pâleur du petit-jour

Peindre un bouquet de joues d'une aurore d'autrefois

(On aura compris que j'entends un bouquet de roses)

d'un pinceau japonais effilé comme une mouette

errant à travers l'immensité d'une feuille de papier de riz ?

.

Une barque attend parmi les feuilles de lotus

qui repoussent dans l'irréel la lumière du reflet

Tel est l'étang que je contemple assis sur un vieux tronc

De chable abattu par la tempête de janvier 99

en m'efforçant de méditer sur l'éternel et l'éphémère

.

Fort à propos à cet instant frisson d'ailes diaphanes

me frôle un insecte bifide qui file vers l'autre rive

et je me demande si dans sa tête minuscules chaque

seconde lui semble une heure et la journée entière

un digne temps de vie ou s'il a comme moi conscience

.

que chaque nouveau jour passe vitement à l'instar

des années dans l'existence flamboyante des étoiles...

 

 

 

(1992)

 

 

 

.

Lieu cythérien

.

Que ce soit un lieu paisible, analogue à l'île Ste Marguerite... Les pins aux larges pétases feutrés d'aiguilles vertes n'ont pas besoin d'yeux pour y être éblouis par la mer ; au large passent nos rêves gréés de trois étages de voiles blanches bombées par le vent des Dames ; un ponton en bois suffit pour rester des heures assis au soleil en balançant les jambes et de temps à autres, la fourrure fraîche d'une vague vient caresser nos pieds nus, tel un chaton bleu en mal de tendresse.

.

Là-bas, bien entendu, jaillissent du creux des roseaux quelques grands oiseaux inévitables, qui s'acharnent à dresser sous nos yeux un chapiteau d'azur dont ils font semblant, à certaines heures de l'après-midi, d'être les trapézistes en justaucorps blanc. Quelle expression songeuse on voit alors sur le visage enchanté de nos compagnes, et que soudain sont vertes leurs prunelles où courent les crinières claires des écumes ainsi que successifs désirs que rien ne pourrait arrêter !

.

Il y a l'épaisseur de la forêt qui protège quelques ruines dont le temps a fait d'élégantes œuvre d'art. Elle dérobe aussi nos amours aux rares regards indiscrets susceptibles de survenir au détour d'un buisson, si l'on veut bien ne pas compter l'irruption d'une chevrette sauvage à la pupille fendue ou d'une laie escortée des groins curieux de cinq mignons petits zèbres, à la recherche d'un refuge, et qui font aussitôt demi-tour par une pudeur légitime, vu que notre nudité les scandalise.

.

Ici l'odeur du thym et de la menthe attire les cigales et les tourterelles, les unes en compte de sonoriser les minutes, les autres les heures, jusqu'aux dernières lueurs entre les troncs assombris par le crépuscule. Pour la nuit, aux oliviers de garder chacun son troupeau d'étoiles, aux verges des ifs de punir les perséides constamment tentées de filer outre-monts. Notre astre à nous soit l'étoile du soir, de ses rayons enveloppant nos corps comme d'une cage de Faraday en fils de cuivre, apte à neutraliser foudres et orages.

.

 

 

 

 

 

.

Sic transit...

.

Heureux, les humains choisis comme des fleurs des champs par la main de la fortune, pour un bouquet de hasard. Cependant leur vie, coupée du foin commun, s'étiole face aux miroirs dans les vases précieux qui les divinisent.

.

Pour certains, dont le faiseur de poèmes, les refuges des quartiers obscurs, la simplicité solidaire des humbles, des méprisés dont la seule parenté avec les châteaux est leur dentition crénelée, sont préférables aux gloires mensongères.

.

Je ne crois pas à la bonne foi de ceux qui font profession de dévouement et de générosité avec des peuples exotiques sans s'occuper du SDF qui dort dans la rue au bas de leur immeuble. J'y crois encore moins s'ils sont encensés par les médias.

.

Je crois à la mauvaise conscience des élus parlant de social à tout bout de champ, dans le langage distingué, un rien maniéré, des sixième et septième arrondissements parisiens. Hélas ni la bonne ni la mauvaise conscience ne font la qualité d'une politique.

.

Si la célébrité ne rapportait aucun bénéfice à ceux qu'elle entoure de son halo murmurant et admiratif, à son égard l'on pourrait être neutre, voire indifférent. Mais elle donne le pouvoir, dont il est ascétique de ne pas abuser à l'occasion.

.

La science et la gloire sont des drogues qui insensibilisent. Je connais ainsi des gens qui furent dans leurs premiers temps de merveilleux écrivains, par la suite tellement universellement encensés que personne n'ose reconnaître à quel rapide niveau de médiocrité ils sont tombés.

.

Ne te laisse pas anesthésier, jeune homme qui rêves de t'exprimer à travers la poésie. Si grande que soit l'admiration de ton entourage pour ta réussite, si fameux que devienne ton nom, quoi que tu aies vaincu, cela ne te donne pas de fesse supplémentaire pour siéger sur le trône des WC.

.

Le plus agréable est de se retrouver, dans un transport en commun, en face de quelqu'un qui lit un de tes recueils. La seule véritable réussite en poésie se reconnaît au fait qu'en une circonstance ou une autre de sa vie, devant toi quelqu'un par cœur murmure un vers dont toi seul n'ignore pas l'auteur.

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.

Micro-Bouddha
.
Petit Ezra-Flynn Petit trésor joyeux
Nous commençons à bien nous connaître tous deux
En promenade tu souris assis dans ta poussette
en regardant les pigeons des trottoirs se faire la cour
.
Tu lèves les yeux pour vérifier que nous sommes complices
en face de cet univers plein de phénomènes bizarres
Comme nous franchissons le grand soleil pour traverser
la rue tu fermes tes yeux éblouis et te mets à chantonner
.
Au rythme d'un langage que ne comprennent vraiment
que les oiseaux Puis peu à peu ton gazouillis s'esquive
Endormi je te découvre offrant le visage serein et parfait
d'un bébé-Bouddha qui m'émerveille et me fascine...



 

. La joie d'Ezra
.
Les nuages encore affligés de couperose
attestent qu'il est tôt Déjà les mésanges volètent
d'une branche à l'autre des bouleaux blancs
Moi je me réjouis d'avance Ezra va venir ce matin
.
Un sourire éclairera sa mignonne bouille de bébé
Ses yeux scruteront les personnes présentes
avec une perspicacité surprenante de profondeur
Puis il nous tendra les bras À celui qui voudra
.
le cueillir de la poussette où il est engoncé
dans ses fouffes tissus et manteaux à cause de l'hiver
Son petit corps alangui de tendresse contre le nôtre
à nous vieillards insufflera comme un regain de vie...

 

 

 

 

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 12:37

Micro-mystères

.

Entre les tours des cités louvoient les vols de tourterelles.

Le bouleau du jardin n'a pas encore poussé de bourgeons.

.

Elles s'y posent, balancent aux ramilles et se font la cour,

tantôt roucoulant, tantôt en silence, immobiles à l'angle

faîtier des toits tels des ornements sculptés dans la pierre,

surveillant les environs où vont les ombres déformantes

des nuages, les unes limaçant à travers le gazon, les autres

se coulant de façade en façade, et d'un balcon au prochain

sautant avec l'agilité qu'on prête d'ordinaire aux monte-en-l'air.

.

Leur silence est couvert par le ronflement des automobiles ;

les cris des enfants réveillent les échos du préau de l'école.

.

Ce matin est au beau et le ciel éclairé d'un duvet de soleil.

On sort goûter l'air tiède du printemps qui semble purifié.

Les heures par les gosiers obstinément roucoulent, des pigeons

poursuivis par leur marotte à petits pas précipités d'arpenter

les trottoirs. Et les voyant hocher mécaniquement de la tête

pour approuver on ne sait quoi, le passant se dit que le quotidien

recèle de petits mystères qui n'intriguent pas moins que les grands.

.



 



.

Couchant ordinaire

.

Il neige des roses sur l'île de la Cité

En aval de la Seine sur la barque d'or d'Isis

s'éloigne un vieux soleil embarbé de vapeurs

qui flèche avec ce qui lui reste de vigueur

le dôme étincelant du Panthéon

.

Des amoureux se pressent et s'embrassent

sans pudeur appuyés au parapet du Pont neuf

Peut-être se sentent-ils à la fois acteurs

et spectateurs du film de leur propre vie

qui les projette dans une émouvante éternité

.

Ce n'est pas le pire endroit que Paris pour s'aimer

Nombre de souvenirs auxquels je tiens m'en restent

Traverser le jardin des Tuileries en compagnie

de son amour par un printemps qui excite même

les nus de pierre de Maillol est un moment inoubliable !



.





 

Certains jours...

.

Certains jours à Paris sont faciles

On déambule au soleil de surprise en surprise

Des artistes sauvages ont décoré les murs

de chefs-d'oeuvre étranges qu'ils ne signent pas

Peu leur chaut de s'effacer devant leur création

Ils sont dans le même état d'esprit que Dieu

.

Les rameaux des arbres brillent sur l'intense

bleu du ciel A travers on aperçoit le Sacré-Coeur

en coupoles couleur de lin qu'un escalier

innombrable rejoint jusqu'où circulent lents

les anges à peine froissés en aubes de nuages

Ils viennent voir là-haut si les vignes renaissent

.

Donne-moi ta petite main ma chérie ma tendresse

Passons du même pas le seuil gai du printemps

Quoique le monde ailleurs soit horreur et détresse

je veux plonger au fond de tes yeux transparents

Y voir se raviver notre ancienne promesse

comme au soleil d'été s'ouvre un bleuet des champs.





.

Tu ne diras rien d'autre…

.

À mon ami Louis Girault, in memoriam.

.

Tu ne diras rien d'autre qu'adieu

tandis qu'en sifflant la flûte s'atténue entre les pentes,

ses échos répercutés par les capuchons neigeux des sommets

Au bord des lacs des canots de roseau circulent

les rames se cassent sur leurs reflets

Tu ne diras rien d'autre qu'adieu

Le vent glacé de la puna coupe le souffle et soulève

sous leur ventre la toison des vigognes gracieuses

Des femmes aux joues rouges passent en riant sur le chemin

el camino que conduce al pozo

emballées d'épaisses jupes mantes de couleur aux épaules

Tu ne diras rien d'autre qu'adieu

Ce sera comme si sur le chemin marchaient des souvenirs

tellement anciens que ta respiration se déchire à seulement

vouloir les suivre tandis qu'au loin persiste faiblement

la voix nostalgique de la kena

qui parmi les échos se raconte à elle-même l'odeur froide

l'odeur d'une si froide solitude que rien n'y saurait remédier

Alors tu ne diras rien d'autre qu'adieu





.



La nature se vengera

.

Violet sommeil profil sombre plaine enténébrée

Long esclavage d'un amour sans joie compensatrice

Nulle âme ici qui vive - seulement des cendres moirées

d'argent par les vestiges d'un feu ancien ô laves rouges

.

Penchons notre oreille sur coquelicots et hibiscus :

Connectés au for intérieur de la planète ils làchent

dans l'air par leurs étamines de silence une nuée

de récriminations devant l'irrémédiable Dans les fleurs

.

on entend les sentiments de la terre exactement

comme ceux de la mer dans les coquillages pareils

à des écouteurs wifi Hélas en leur murmure indistinct

ne se détache clairement que le mot « vengeance ».

 

 

 

 

 

 

.

Au Cap-Martin

.

Frêle circonstance à quoi j'agrafe mon poème

dans le dos de l'univers tel un poisson d'avril

Chaque mot est une écaille et chaque écaille

une étoile que je suis peut-être seul à voir

.

Le soleil levant a sorti son trombone doré

du pavillon duquel s'essaiment mille mouettes

tandis que l'accompagne le vent sur le clavier

virtuose des écumes et le ressac avec ses maracas

.

Enfant du jour à l'extrême pointe d'une avancée

de pierre un cormoran noir lisse sa robe d'encre

déploie au soleil d'amples ailes et du ressort fléchi

de ses pattes s'élance au ras des flots jusqu'à

.

plonger soudain un long moment pour enfin reparaître

en surface en serrant dans son bec une chose argentée

qui se tend et se détend flexible comme lame de navaja

qu'à la fin l'oiseau déglutit d'un gosier d'avaleur de sabre.

 

.

.

Feu de camp d'un autre siècle

.

Ce feu qui brûle encore à peine au bord

du cercle de la nuit

ne va pas le piétiner,

retiens-toi de l'éteindre ! Les sarments

déjà consumés ont gardé la forme blanchie

des os de ces morts qui jonchent ta mémoire...

Ce sifflement de flûte mêlé de plain-chant

venu d'outre-horizon, c'est le bruit

de vitesse de la vie qui file comme le vent !

Par les hublots des jours en passant

juste un aperçu de l'éternité – puis adieu !

Restent sous ton front les cristaux chanteurs

des oiseaux, un son si pur qu'il donne la migraine !

Au bout d'un invisible lien

tel un ballon d'enfant grimé d'un sourire publicitaire

tu traînes avec toi la lune au long du labyrinthe.

Myrthes et térébinthes encombrent le chemin

qui serpente entre des hêtres enfeuillés de rêves.

Je t'en prie ne va pas piétiner le feu

le reste du pauvre feu de nos soirées d'adolescents

sur la plage où ronflaient les guitares

du ressac dont l'écume

flamboyait au bord du cercle de la nuit !





.

Aujourd'hui, hier et toujours.

.

À petits pas à petits pas comme en dansant

elle s'avance avec son inaudible tambourin :

Ce sont minutes qui te tiennent tant à cœur

que tu ne les laisses pas s'enfuir sans battre

avec elles du même tempo de noire à soixante !

.

Nous nous aimions Nous nous déchirions

dans la sphère translucide de notre unique

et même éternité On croyait le firmament

la terre les forêts les couleurs les étoiles

et jusqu'à cette mer qui nous enseignait l'infini

.

on croyait qu'il s'agissait d'un Éden à nous seuls

destiné - où serrer dans nos bras la Beauté nue

qu'on pouvait sur l'Autre embrasser à bouche-

que-veux-tu, la nuit, au nez et à la barbe du Temps !

Vie qui s'avançait à petits pas déjà – comme en dansant !

 

.

Lieu commun et mains vides

.

Qu'offrir ce matin à la pâleur du petit-jour

Peindre un bouquet de joues d'une aurore d'autrefois

(On aura compris que j'entends un bouquet de roses)

d'un pinceau japonais effilé comme une mouette

errant à travers l'immensité d'une feuille de papier de riz ?

.

Une barque attend parmi les feuilles de lotus

qui repoussent dans l'irréel la lumière du reflet

Tel est l'étang que je contemple assis sur un vieux tronc

De chable abattu par la tempête de janvier 99

en m'efforçant de méditer sur l'éternel et l'éphémère

.

Fort à propos à cet instant frisson d'ailes diaphanes

me frôle un insecte bifide qui file vers l'autre rive

et je me demande si dans sa tête minuscules chaque

seconde lui semble une heure et la journée entière

un digne temps de vie ou s'il a comme moi conscience

.

que chaque nouveau jour passe vitement à l'instar

des années dans l'existence flamboyante des étoiles...

 

 

 

(1992)

 

 

Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 19:45

 

Épair amer

.

Bien sûr que c'est un handicap d'en savoir tellement sur les mots, la langue, le parler des langues, et le reste – bref, enviables sont les poètes d'instinct qui en ignorent tout et s'élancent à travers pensées et sentiments, vécu et rêve, à la façon des slameurs inconscients de tout ce qui pourrait entraver le dévidement indéfini de leur pelote...

.

Soleil, fleur de soleil, chardon bleu des montagnes, poussé dans les anfractuosités de l'obscur, quelle image de solitude dont nulle abeille ne saurait faire son miel, dont nul oiseau ne saurait égaler le lustre argenté dans les soirs ! Brûlez du sang des poètes morts, horizons qui freinez la fuite du jour pour un dernier psaume de lumière !

.

Le conte dit que le garçon, tout juste adolescent, franchit le seuil de l'insensé comme on passe sous un torii écarlate, puis sous un autre et sous un autre encore. Jamais pourtant les choses ne réduisaient en déraison, l'univers demeurait multidément de mille multifolles façons, au point qu'en seulement parler était éprouvant.

.

Après un nombre considérable d'années, le constat lui vint enfin, amer, qu'il n'existait pas de moyen pour la langue de draguer le lit du temps, son écoulement miroitant, suffisamment profondément pour ramener au jour de la réalité, même sous forme de gravier, de miettes, de débris. Il lui fallut admettre que même la Science était foi et fiction.









 



Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 15:26

 

Futile interrogation

.

                   Ceux qui jouent avec des chats

                  doivent s'attendre à être griffés…

                              (M. de Cervantès)

.

Tous les poètes n'ont pas la gloire d'un destin

tragique et d'avoir affronté un monde d'épouvante

ou de nier l'originelle beauté en nous des choses

pour y restituer à mots de braise éteinte l'atroce

splendeur de l'aube qui force les nuages à se muer

en tigres sous les yeux ébahis des enfants en chemin

vers l'école. Certains hommes ont beau avoir en tête

le courage du mistral, s'ils n'ont reçu comme moi

que les pins à combattre avec leurs branches qui

s'agitent comme pales de certains moulins à vent,

.

s'il n'existe d'agressif, dans leur lande pacifique,

rien excepté les lances vertes des orties, les oursins

bleus balancés par les chardons, et les lancinantes

roulades du merle familier qui s'applique à jamais

ne flûter la même formule, virgae, torculi, salici,

porrecti afin de tenir en échec cet autre merle

au loin qui rivalise en vocalises – bref, si la paix

s'offre au poète comme seule merveille à chanter,

.

ciel d'uniforme azur, logis où dort encore la famille

aimée, verger où les écureuils effrontés viennent

décortiquer cachés dans l'amandier, et rarement

dans les cas les plus éprouvant, mort d'une aïeule

âgée de presque un siècle, si la plus cuisante de nos

défaites, dans les vagues, est due à d'imprudents

ébats avec un soleil de turquoise transparent et frais

qui néanmoins vous griffe et mord de temps en temps,

excité comme un chaton qui s'énerve à son jeu,

.

devrait-il pour autant, rimeur falot, renoncer à écrire ?

 

 

 


 



Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article