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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 12:37

 

 

Hivernales 40.


 

Cette page vide où tu cherches inlassablement

l'homme – mais où est-il, où est-il passé ? -

c'est comme écrire sur du lait

 

La neige s'efface et revient

s'achever dans tes mains en illusion de source

charriant les mots ainsi que du menu gravier

 

Quelle surprise alors si l'un d'entre eux

- Tu cherches l'homme ! –

pris d'une crise de transparence argentée

fouette soudain de la queue

et va se réfugier au creux des fonds obscurs

 

Mais l'homme – où est l'homme ?

Ce 25 janvier à la radio il n'est question

que de criminels de kamikazés de récidive

de « chroniques vacances » et d'empilement

inutile des lois

 

C'est comme écrire sur du lait

Vae victimae ! L'assassin a toujours des excuses

Et l'assassiné toujours tort

puisqu'il est mort

 

Tu cherches l'homme dans l'étendue blanche

où il a depuis longtemps disparu

 

 

 


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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 11:29

 

 

Hivernales 39.

 

Songeur tu as appris à vivre dans tes rêves

Asie de lianes et de temples à quatre visages

escaladés de singes et souriants

 

Lointain Pérou avec - au cirque de neige

des Cordillères réveillées - les flûtes

obstinément pleurant aux oreilles

l'or des soleils perdus

 

S u b e    a    n a c e r    c o n m i g o...

 

Montons pour déplorer

comme le vent

au bord de la falaise qui donne

sur le verger de la mer

 

En hiver pour déplorer montons

au balcon du monde

Que nos regards nous y précèdent

au miroir du paysage

 

le coeur vertigineux comme une mouette

 

Tu te crois un être humain

parce que tu es transi

mais tu n'es qu'une sorte de chimère

comme en rêvait Cléopâtre

 

Toi

Pamukkale de coton pétrifié

et d'oubli

 

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 11:50

 

 

 

Hivernales 38.

 

 

Poème odeur de froid et de cieux embrouillés

Poème de poissons endormis sous la glace

Poème d'étendue un temps revirginisée

 

Poème en pleurs troublés d'être sans chagrin

Poème de mistral qui nous fait gaiement la bise

Poème des pâleurs et rougeurs de l'amour

 

Poème des longues marches pieds gelés

Poème d'arbres transparents et de monts bleus

Poème de flocons comme après un combat

d'oreillers entre Arès et Aphrodite

là-haut dans la stratosphère

 

Poème de dérive et de glissades sur les mots

Poème en forme de camion frigorifique

habité par un clan d'ours blancs

 

Poème en forme de rabot et de moraine

de séracs et de glaciers et de lacs verts

cernés d'échos et de corbeaux criards

 

Poème qu'on entend craquer au dégel

quand les corps aimantés brisent la glace

ensemble et plongent dans un trou d'aurore bleue...

 

 

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 12:43

 

 

 

Hivernales 37.

 

Si vent d'hiver t'épluchant les pommettes

ainsi que des oignons te fait pleurer

 

ou te pince aux oreilles

comme un ancien maître d'école

toi - cancre sourd aux leçons de janvier

 

Si tu trembles de tous tes membres

à l'idée d'imprimer tes pas

dans la substance immaculée

 

ou d'avancer sur la timide glace de l'étang

ainsi qu'un philosophe dans la vie

 

Si le ciel où végète un vieux soleil frigorifié

t'invite à planter ton piolet au flanc de la montagne

avec la même gourmandise que fourchette

dans un pâté en croûte

 

Si tu aimes que frissonne en sa fourrure

l'amante et si toi-même

tu frissonnes non de froid mais du même

désir

 

Si tu adores sur sa lèvre l'incarnat

dont s'enorgueillit la rose de Noël

et ce nuage de paroles indécises

à regrets quittant sa bouche jolie

 

Si songeant au plaisir d'autres lèvres

tu brûles dans le froid comme un glaçon

tombé dans l'âtre flamboyant

fait chantonner les bûches en fondant

 

Réjouis-toi Réjouis-toi

C'est que tu rajeunis !

 

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 10:08

 

 

Hivernales 36.

 

 

Pouvoir de la parole

et nappe de la neige

Un brin d'espoir au fond du ciel

malgré la rivière verrouillée

prend de pâles couleurs

 

C'est l'Alaska sur les collines

un présent écrasé d'uniforme blancheur

 

Mais dans la chambre tiède entre vitrages

et miroirs chantonne l'amie

pelotonnée au creux des couvertures

Un éclat de la croisée dans son regard bleu

 

De son petit nez froncé de chaton

elle interroge l'odeur du café

qui renâcle dans la cuisine

«Voilà, voilà, ça vient, ça vient ! »

 

Elle regarde chênes et bouleaux résilles

de branches fines Quelques oiseaux noirs

se mêlent aux gemmes du givre et du gui

Elle guette la passée aux étourneaux

 

Un vaisseau d'aluminium traverse le ciel

Il est en route vers les îles de palmes et de plages

survole les golfes exotiques où saignent

des aubes de corail

 

Là où le vent ne fait pas trembler

les portes d'entrée

Là où les vitres ne sont jamais

illustrées de fougères glacées

Là où règne l'innocence de l'autre rive

et où l'hiver n'existe pas

 

 

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 17:05

 

 

Hivernales 35.

 

Avec tes débris de langage

assujettis tant bien que mal

pour te protéger de l'accumulation

silencieuse des flocons de ciel

immaculés

 

tu ressembles à ce berger de l'Altaï

qui s'est confectionné au milieu d'un lac

de moutons sa cahute de bric et de broc

aluminium et titane

avec quelque débris déchiquetés de Soyouz

 

Ce qui fut le plus rapide et déchira de sa lumière

les hauteurs de l'air

chuté ruiné rendu à l'inutile

le voici désormais consacré

à la lenteur à l'immobilité à l'attente

 

toi dans l'embrasure de la saison

au coeur d'une toundra désertée

des oiseaux

 

 

 

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 16:37

 

 

Hivernales 34.


 

Que se déroule l'inconditionnelle

blancheur des temps acérés

le visage à coups de serpe

taillé par le vent

 

Que la joie survive aux rêves

selon le voeu du poète

comme neiges éternelles

aux Alpes d'été

 

Que la salamandre craque

dans son antre de pierre

grignotant flammes et braises

 

Que l'aube liseron pâle

enlace les fumées du village

au-dessus des toits endormis

 

Qu'enfin sur le seuil de l'hiver tu sois

celui qui garde l'innocence

celui que fuient les nuées

sombres à l'horizon

 

 

 

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 10:10

 

 

 

Hivernales 33.

 

 

 

 

Corps qui se rétracte

membres crispés

sang qui reflue vers ses cavités profondes

 

Ton nez renifle l'odeur

des basses températures

Tes pieds sont contaminés

par la froideur du sol

 

Que restera-t-il de toi quand la ciguë

de l'hiver aura gagné Un être humain est-il

l'émanation de ce qu'il a pensé

ou de ce qu'il a fait

 

De ce qu'il s'épuise à croire

ou à aimer tout en se sachant

irrémédiablement faible devant l'avenir qui

quoi qu'on fasse délite ce qu'on avait construit

 

si bien qu'en fin tout nous échappe

y compris notre souffle ! Etrange

 

comme certains s'acharnent à propager

qu'il faudrait aimer passionnément la vie

« jusqu'au bout » Sorte de méthode Coué

pour ne pas consentir à reconnaître

 

que cette vie reçue un jour comme une gifle

sans qu'on ait rien décidé

vaut rarement (excepté pour quelques chanceux)

la peine qu'elle nous a coûté

pour la vivre !

 

 

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 09:38

 

 

 

Hivernales 32.

 

Ce géant dans son armure blanche

c'est un pin sous la neige

solitaire

qui contemple la mer en colère

 

Pin magnifique pin

qui as survécu au Domaine

et depuis occupes le centre où vient

le promeneur s'asseoir

à l'ombre de tes pensées

 

Que connais-tu de ma quête

et de ce qui du « monde »

m'échappe ? Quels lumineux secrets

colportés par le vent

recueilles-tu dans ta couronne ?

 

Quelle indulgence - quelle sérénité ? -

circule à la faveur de l'ambre

grâce auquel tes branches organisent l'espace !

 

Les peuples s'entretuent – qu'y faire ! Qu'y faire ?

Tu ne peux que contempler la mer en colère

 

 

 


 

 


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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 12:07

 

 

 

Hivernales 31.

 

Le poème est pour toi une lente ascension

vers ce sommet immaculé que couronne

la cime du soupçon

 

lequel lance le regard à travers l'azur

de marche en marche d'air pur

vers le possible de «l'idée»

 

Tout commence en bas dans la vallée

parmi les habitations des hommes

et les tiédeurs de l'été

 

Un peu plus haut fougères et mélèzes

dégelés aux pentes du printemps

invitent à se rouler dans l'herbe

 

Plus haut encore c'est l'automne

le règne des chutes dorées

et des maturités sanglantes

 

Puis le piolet devient nécessaire

et chaque respiration nous épuise

au flanc du glacier jusqu'au pic

des neiges de l'hiver

 

Et pour finir l'on suffoque

et la parole s'étrangle

à cause du vide au-delà !

 

 


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