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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 20:36

 

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Vanishing point

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Comme l'eau qui souterraine infuse les terres

de ses ramifications liquides – on oublie

souvent en nous la circulation du sang

qui pourtant est une pulsation d'amour originel !

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Ainsi, Beauté pour qui la vieille demeure d'un vieux

village m'a vu, sous le signe du quatre et du sept,

naître l'année du Singe, ainsi de toi s'irrigue toute chose

et je t'aime, regard vert, cascade où se joue l'aurore…

.

Si présente - tu te fonds dans la nature de ma vie,

ton ciel absolu nous accueille d'un même nuage,

les prés des mêmes fleurs, mêmes arbres, mêmes oiseaux,

au point qu'en ce nous-là ce que je suis s'efface.

 

 

 

 

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Pour être poète...

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Pour être poète au fond il faut n'avoir

jamais peur du ridicule et sauter sur nos visions

de ce qui vit comme un bison bondit sur des zombies !

Surtout ne pas croire à l'instar de certains le beau vidé

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de sa substance en traitant de « chromos » les aurores

et les couchants, et dénigrant les miracles de la neige,

la houle des plaines céréales foins vents frivolants,

ou la hiératique mer au front d'humeur changeante…

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Pour être poète il faut savoir – sans fond! -

qu'on est écume et né d'écume et dénué de tout

excepté de l'immaculé qui attend les naïves formules

de notre innocence éprise de mirages merveilleux.

 

 

 

 

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Exaltation secrète

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Il est si tard en cette vie, qu'espérer encore – je préfère

me voir en Italie campé devant un lac de brume en suspens

au-dessus d'un champ mauve qui sent les lavandes

et là-haut les ombres qui détaillent les collines

à l'heure où l'horizon du ciel est pâle du premier soleil…

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Les pentes circonflexes de rares toits émergent du brouillard

Maisons basses Rien ne bouge L'habitant dort encore

La lumière est pour moi seul Comme en un jardin au printemps

je rêve et j'existe imprégné follement du paysage environnant

à travers l'intensité circulaire d'un regard de crécerelle

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lorsque gonflé d'azur mon coeur sur-place bat des ailes.

 

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Quadrature

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Je suis né de l'oubli comme d'autres du rêve

Et j'emporte avec moi la nuit qui m'a conçu

Je circule caché tel le sang - ou la sève

D'un arbre de splendeur que le ciel a déçu.

 

 

 

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Beau merle

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C'est un bavard. Il parle de mer au soleil

le matin puis de sommeil à l'air

quand dodelinent de la tête à l'heure de la sieste

les poivriers sauvages

.

Emplumé d'encre noire et le bec doré

il rivalise en roulades et vocalises

avec la fontaine qui glousse un filet

de lumière glacée

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Tel promeneur passant par là

intrigué ramasse au sol

de mystérieux objets d'argent

en forme de paroles.

 

 

 

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Sottises absconses

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Ce soir j'ai rendez-vous avec l'étoile

capable à elle seule

de convoquer la nuit en laquelle

(sous le regard tardif

de la lune dont l'haleine se condense

là-haut dans la stratosphère froide)

j'entends me perdre

.

Une petite musique me guide

venue d'outre les monts gris-sommeil

Sarabandes séraphiques Gigues de rêves

Échos du ciel éclos comme grappes de mimosas

Noires immensités où se confondent

les soleils du dehors et du dedans

qui s'y enfoncent ainsi que galets sous la mer

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Mon étoile Où es-tu mon étoile

Mon quotidien Mon infantile solitude

Dans mon esprit tu détruis l'ordre ancien

Tu ruines le cachot qui m'emprisonnait

Un souffle neuf m'apporte des sentences

auxquelles j'avais longtemps cru que mon âme

était sourde et surpris, j'en retire un Vivre illimité !

 

 

 

 

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Les larmes du temps

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Un léger souffle ne suffit pas à dissiper la buée légère tendue, au détour du sentier, entre les troncs de cette somptueuse forêt d'automne de naguère. Voluptueusement ses chênes immenses balancent leur branches emplumées de cuivre. Clairement on comprend qu'ils sont en plein espoir d'envol.

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Brun, jaune, ocre, pourpre, rose, le sol dissimulé sous un feuilleté de couleurs émerveille les pas silencieux de l'ombre qui déambule parmi les fûts de ses années, solitaire émule d'un certain Jiji Rousseau dont elle rêvait les rêveries, images impondérables s'égaillant ainsi que passereaux…

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Une odeur d'humus glisse dans l'esprit du promeneur de clairs visages de femmes aimées qui s'en détachent tour à tour comme des feuilles mortes et vont se poser en arrière, sur le trajet de l'oubli, ainsi nuancé de la teinte sépia des très anciennes photos serrées dans les albums de nos aïeux.

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Ce cliquetis irrégulier à travers la voûte des frondaisons est peut-être l'amorce dispersée d'une averse. Par la lucarne ovale d'une éclaircie, on entrevoit là-haut un nuage bourrelé de remords que du bec harcèlent des corbeaux. Les voyous ! Sans doute leur jeu est de parvenir à ce qu'il crève !

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Hélas, ni parapluie ni houppelande ne protègent contre les larmes du temps ! Elle claquent nos crânes avec leurs froides billes transparentes, au point qu'on finit par en avoir la migraine. On ne songe plus alors qu'à sortir au plus vite de cette forêt d'or, pour gagner le zinc d'un bar de village.

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Là, parmi les simples humains que tracassent d'humbles soucis, face aux rougeaudes trognes de gens nos semblables, une bière ou un café séchera nos angoisses : transi et trempé on retrouvera la chaleur animale dont nul primate, même le plus grincheux, ne parvient jamais à tout-à-fait se passer.

 

 

 

 

 

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Pax aeterna

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Il la compare à ce sommeil enténébré

à l'extrême duquel il cherche son âme

Sommeil d'aubier tendre qui s'ignore

moite d'ambre et blanc de craie sous l'écorce

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Comme si sous la pierre pouvait demeurer

conscience éparpillée en le nuage des os

Il oscille entre un frisson d'appréhension

issu du bouillonnement d'un bref délire

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Et la sérénité qui auréole l'idée d'absence

indolore propre à une inexistence sans fin

Cette paix définitive à jamais refusée à

l'immense remuante mer – qui lui fait pitié !

 

 

 

Anticipation

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Sur la vitre j’ai soufflé de la buée

puis du doigt à travers la buée

j’ai tracé en transparence les traits

d’un visage inconnu qui m’observe

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Tant que le froid conserve intacte

la vapeur condensée, la face du hasard

demeure, à travers laquelle blême

filtre le jour gris qui provient de la rue

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Je remarque cependant qu’il me suffit

d’attendre le temps d’un café matinal

pour que de lentes larmes en ruissellent

puis qu’en limpidité s’esquive la buée

.

comme si le visage dont j’étais l’auteur

eût été d’encre sympathique citronnée

Comme si cela que par caprice et jeu futile

mon doigt avait tracé, n’eût jamais existé !



 

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Le présent des quatre lunes

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Sur cet entrebattement de vagues dont le passé assaille la falaise gravée, ma mémoire, je revendique le droit aux éclairs de soleil, iode et lavande, peu m'importe si l'écume qui s'ensuit est objet de commisération ou de raillerie !

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Ce littoral qu'en bleuissant efface la distance avec une délicatesse de pastel, festonne la limite entre l'estran et le ciel des eaux, plissé par le museau du vent rose, venu du fond du couchant boire et reboire longuement leurs verdeurs, à l'instar des dromadaires sous l'ombrage des oasis...

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J'y bâtis d'un regard sur l'espace blanc un temple immense, dont la corniche de nuées est assaillie d'oiseaux de mer qui s'essaient à divers alphabets, et le faîte porte à une extrémité l'étoile qui m'a vu naître, tandis qu'à l'autre Vesper lance des oeillades d'amoureuse.

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Pour ajouter un peu de vérité au psaume de ce paysage oxygéné, libérateur mais aussi obsédant, j'ajoute sur la colline trois pins dont les couronnes demeurent illuminées lorsque les brumes violettes déjà noient les villages, et même les clochers dont l'or s'obstinait de son mieux.

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Mon sanctuaire, j'y entre seul, à califourchon, rajeuni, sur une licorne mâle à robe crème qui répond au nom insolite de Nelian ; passé le portique, une voûte qui se confond avec le firmament s'allume de quatre lunes, l'altitude me saisit et m'élève de son poing d'ange jusqu'où nul autre n'ira jamais.

 

 

 

 

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Programme

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Ton effort – celui de l'oiseau sous l'ombrage :

d'enchanter la douleur de l'Homme…

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Nul ne situe exactement d'où chante

le chanteur, mais la forêt entière alors pressent

qu'une aurore nouvelle dans le quotidien du jour

inaugure un temps de lumière au sein de la clarté

qu'elle hante ainsi que le vent r'ouvre l'espace bleu

pour le bonheur des nuages soudain ranimés

ou comme un coeur se remet à battre après

l'instant d'apnée du désespoir qui semblait

une sorte de pesant bloc de granit installé

sur notre poitrine pour l'éternité

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Que par la mélodie orphique la pierre

descellée de son suspens mortel cède et roule

depuis la falaise pourpre jusque dans la mer !

Que ton langage devienne l'illuminante joie

d'un formidable éclaboussement de l'écume !

Qu'un remuement merveilleux d'ondes dure

et se propage au loin à travers nos vies,

changeant l'éclairage des choses inchangées !

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Que dans ce monde en lequel sont plantés

les crocs de la peine, de la haine et de l'horreur,

avec rien que quelques vocalises de cristal

nous puissions un moment faire halte

et nous reposer parmi le pur azuror de l'enfance.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Joe à l'envers se parle à lui-même...

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En parcourant les livres

enfant tu te rêvais Inca parmi les orejones

qui officiaient au Temple du Soleil…

Hélas, tu n'étais qu'un cas

parmi d'autres tantôt collégiens et tantôt

malades comme des chiens !

Convaincu de ce que ton séjour sur terre

serait abrégé, en cela tu voyais tantôt

du malheur et tantôt le bonheur d'être

soulagé du fardeau exténuant de vivre !

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Parfois aussi te prenait une sorte d'impuissante

rage d'être emprisonné dans la chambre

et tu tentais d'épuiser le venin de ce sentiment

à force de partitions de musique griffonnées

à la hâte, au flux torrentiel desquelles

tu mêlais souvenirs, images, bribes de symphonies

entendues, ou tonnerre d'un pédalier d'orgue…

Puis tu t'es dépouillé de tout comme quand on

est certain de bientôt mourir

et tu n'as plus gardé auprès de toi

que la kéna de roseau et le soleil de la langue-mer,

repliant tes pensées ainsi que des avions de papier

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que tu lançais depuis l'étage avec le sentiment du naufragé

qui jette dans les flots une bouteille enfermant

le plan de son trésor assorti d'un message écrit

avec son sang. Au reste, tu as été frappé de survie. C'était

inattendu pour toi. Désormais, vivre bien portant

devint une autre maladie dont tu ne t'es jamais remis !

 

 

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Baladin

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Qu'un génie à l'instant me transporte sur le haut-plateau

de Caussols que balaye un vent oxygéné qui vous tourne

la tête comme godet de singani ou lampée de farigoule,

voilà qui serait merveille digne d'un conte de caravanier !

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Ma flûte de roseau aurait tout l'espace pour elle

jusqu'à la mer très loin en bas qui miroite comme les écailles

d'une belle-aux-sourcils-d'or ou d'un loup spasmodique

frais pêchés sur le pont de la barque noyée de soleil...

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Près de moi les aimés, les amis, en route vers le ballon blanc

du sommet du mont, placé là pour guider à travers le saphir

insondable de l'été les avions tirant leur trajectoire floconneuse :

pourrais-je attendre de mes jours un plus vaste bonheur ?

 

 

 

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Published by Xavier Bordes - dans poésie
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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 11:17

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Allusions cosmiques

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Noix de lumière au-delà de la sphère de notre

mortelle mélancolie – nous ne vous rejoindrons pas

Trop incommensurables l'espace et le temps de cet univers

pour l'infime étincelle humaine

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Entendez-vous ces lambeaux de mélodies qui se

déchirent sur les récifs acérés de la nuit

et surnagent leur écume parmi les remous de nos mémoires

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Les mains sur les oreilles l'assassin sorti d'un tableau de Münch

hanté par le cri de son crime

ne se comprend plus et contemple avec stupeur

le sang de son amour répandu

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Grave une voix de violoncelle vers la cosse lunaire

ainsi que fumée monte et ensorcelle

Dans mes paumes j'essaie de contenir la folie de mon front

pour éviter que la fièvre ne fasse éclater

le pauvre univers étriqué en lequel tourne mon esprit

telle la panthère de Rilke.

 

 

 

 

 

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Simple ballade

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On a toujours l'air de parler «ésotérisme»

lorsqu'on évoque cette sorte de lumière noire

que certains jours intensément rythmés

l'on devine dans la lumière qui dénude jusqu'à l'os

les rampes calcaires du paysage réel

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Épars les oliviers bandent leurs vieux muscles de bois

pour résister à ce qui les hante ou les traverse

avec la facilité des millions d'étourneaux

quand après avoir déployé longtemps leurs figures au ciel

ils s'abattent le soir au creux des feuillages

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Sous nos semelles heurte ferme la terre dure du sentier

Des animaux se dérobent parmi les herbes hautes des talus

L'air humide et frais sent le fenouil et le serpolet

Certains prétendraient que nous sommes l'été

et qu'un couteau à manche rouge à l'ombre d'un roncier

nous attend au cimetière de Châteauneuf

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La rencontre d'une jeune femme en motocyclette

surprend et plus encore sa voix joyeuse et ses éclats de rire

quand à notre côté elle s'arrête et que derrière elle

on redémarre avec le vent en pleine figure

sans la connaître en l'enserrant par la taille

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Enfin dans la dernière courbe on descend du soleil

un peu moins déçu par la vie et les humains

tandis que la personne avec un signe pétaradant

de la main s'éloigne vers son ailleurs

Et que nous la regardons avec le regret fugace

de n'y pas être convié.

 

 

 

 

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Poésionaute

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On ne prévoit pas lorsqu'on entre dans la confrérie

des « Allumeurs d'étoiles précaires »

qu'on n'aura jamais le loisir de rebrousser chemin !

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L'équivalent de plonger au sein d'une mer

dont les portes bleuies par l'influence du ciel

se refermeraient derrière nous au fur et à mesure

de chacune de nos avancées...

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En lâchant au rythme de notre respiration

des flopées de bulles argentées

nous errons d'une nage lente au milieu des ruines

d'une insolite Atlantide qui fut notre monde -

étranger tellement désormais que plus aucun indice

ne nous permet de nous y reconnaître

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Ici tout geste affronte une fraîcheur silencieuse

Les rares chants qu'on y perçoit sont les cousins inhumains

des ondes qu'ALMA du fond des solitudes chiliennes

reçoit de l'immense noirceur interstellaire

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Parfois ce que l'on entend provient de la gorge

enflammée d'une comète léviathan erratique

Parfois ce n'est que le froissement de la nature

dont le cœur en battant agite les algues près de nous

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Il arrive même qu'après des années on croise

un autre poète que l'on reconnaît à ses écailles blanches

et miroitantes qu'on découvre - en les examinant une par

une de très près – illustrées de milliers de visages

dont certains des nôtres égrenés au long du temps

s'allument ainsi qu'un Cancer d'étoiles précaires.

 

 

 

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Un autre son de cloches

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Primesautiers arpèges d'une sonate de cristal

le clavier d'ivoire improvise une grappe de mots hasardés

qui s'aventurent entre les failles du silence

Entends-tu Kladi tinter le glockenspiel d'un village perdu

au sein des rougeurs éparses de l'automne

- celui que rien ne peut racheter...

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Entends-tu Kladi tinter le glockenspiel d'un village perdu

Une vieille locomotive à vapeur souffle devant la gare

pas plus grande qu'une maison de poupée

Blanche vapeur au-dessus du toit se dissout dans le soleil

comme un proverbe ou un lieu commun.

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Dans la forêt prochaine l'ombre hurle comme un loup

mais c'est juste un conte à dormir debout

pour convaincre les petits-enfants d'aller au lit

alors que la lune est déjà haute qui pèse

de ses doigts argentés sur les cils bruns des paupières

jusqu'à ce que les visages d'anges sourient au sommeil

.

Entends-tu Kladi tinter le glockenspiel d'un village perdu

Moi je l'entends, la gorge serrée d'ouïr le concert

cristallin d'une éternité que déjà je sens

me bouter insensiblement hors de ma propre vie.

 

 

 

 

 

 

 

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La revanche du merle

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Encore une journée d'arbres griffant les joues

roses de l'aube qui se penche au dessus des toits

pour nous apercevoir - homoncules au jardin -

occupés à évaluer les méfaits de février

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Trois corneilles aussi grosses et rengorgées

que des poules investissent le bouleau nord

Quatre pies les persuadent d'aller ailleurs battre l'air

de leurs larges ailes lustrées à l'encre de Chine

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Dans son coin le merle discret cherche un lombric

Il sautille sous les thuyas avec humilité

Que servirait d'affronter les croasseurs et les jacasseuses

lorsqu'on sait qu'on est petit et faible

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Mais ce soir, ah, ce soir au faîte du toit - quand les stridents seront

partis dieu sait où - qui déroulera dans la nuit intarissable

vocalises sur vocalises jusqu'à ce que pointe l'oreille

 la Lune

qui n'a jamais su résister aux flûtis des enchanteurs ?

 

 

 

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Published by Xavier Bordes - dans poésie
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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 11:08

 

Paradis recréé

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C'est un refuge bizarre que la profondeur

qu'en imagination l'on déploie en notre for

intérieur afin de retrouver un air plus respirable

que celui de l'oppressant univers tel qu'il est décrit

par tant d'affreuses nouvelles

reçue des quatre points cardinaux

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Si dehors nulle part n'existe aucun durable Paradis

au dedans l'art déploie des ors des èves et des anges

Un vaste simulacre d'arche presque immatérielle

par les hublots de laquelle on peut examiner la Terre

pour ainsi dire à la loupe voire au télescope

avec les yeux de Breughel Monet Watteau Jérôme Bosch

et les oreilles de Mozart Mahler Ravel ou Monteverdi

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Le temps s'y dilate comme en songe Mille vies

imprévues se greffent sur la nôtre et font de nous

avec les années un arbre mental ramifié à l'infini

Même le vaste chapiteau d'azur tendu

au-dessus du grand cirque du monde et de ses

monstres acharnés à projeter en tous sens leurs dents d'acier

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Même l'azur ne peut limiter notre vision

dans ces moments où notre cosmos intérieur

nous pousse à matérialiser quelque indice du paradis

toujours insuffisant mais qui inspire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Avancées

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Le silence que requiert la poésie ressemble à la souffrance des pins maritimes arqués par leur effort pour résister aux vents du large.

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Ils paient d'avoir pris racine sur l'arête rouge des calanques pour le privilège d'assister à la fantasmagorie quotidienne des eaux et des nuées.

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En ce monde, bien et mal, beauté et laideur, progrès et décadence, amour et haine, évoluent constamment comme un jeu à somme nulle.

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Il n'est que le soupir de l'écriture lorsqu'il s'inscrit sur la neige froissable, pour demeurer sans face négative et trafiquer de l'Absence.

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Un silence pareil à celui qui attire là-haut les grands migrateurs en s'efforçant de les séduire avec les métamorphoses imaginatives des nuages...

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Et qui camoufle les gencives douloureuses des montagnes sous les drapés impériaux des aurores et des soleils couchants.

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Méditation

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À rabâcher notre nostalgie en poèmes amers, nous ressemblons à ces vaches vautrées qui ruminent l'ombre des hêtres alors que le puissant Tétracorne de l'été brille au zénith.

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Mieux vaudrait encore, en habit de lumière, agiter notre joie blessée à la manière d'une muleta de sang, quitte à exciter la forme sombre, énorme et fantomatique, du destin.

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Oh ! les jeux du vent sans queue ni tête ! Il recense chacun de ses roseaux chantants qu'en un ciel liquide soutient et prolonge leur illusion, effilant parfois l'errance des cirrus !

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Pendant ce temps les ange de midi lustrent à l'essence de psaumes les cuivres dorés de l'éternité, ancrée au-dessus des montagnes ainsi que l'Arche au sommet de l'Ararat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Stratégie du vide

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Ce vide, parlons-en, Klàdi, qui ressemble au vertige

provoqué par un vin blême au goût de sang...

En place nette changeons-le, pour l'accueil serein

des beautés même cruelles de ce monde-ci !

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Déracinons-nous de ce qui nous étreint vainement

le cœur et fige le présent dans une cosse de passé.

Desserrons les mâchoires du sort que nous

maintenons serrées nous-mêmes et de ce qui s'ouvre

en nous s'échapperont non des petits pois verts

mais des diamants de rosée où l'aube s'illumine...

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Et que nous les semions derrière-nous comme

fit le Petit-Poucet – afin qu'en nous retournant

plus tard sur nos souvenirs nous n'apercevions

de nos jours passés qu'une suite de pierres blanches

dont la lumière éblouit tout ce qui fut noirceurs.

 

 

 

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Taô

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Que j'aime quitter l'ici pour entrer dans le large paysage de Huang Gongwang, « Habiter dans les monts Fu-Chun » ! La rivière du même nom serpente entre les montagnes au flanc desquelles un libre pinceau a fait saillir les veines du dragon. Sur ce rouleau tout a été peint en faisant coïncider le hasard d'un rêve de peintre avec le hasard des constructions de la nature. Chaque geste de l'artiste a posé l'encre de façon définitive, à la fois aléatoire et nécessaire. D'où ce sentiment aérien de juste harmonie qui captive le regard mental et lui ôte l'envie de quitter cet endroit fait de traits et taches sur un plat papier yuan, comme s'il était magnétisé par une inexplicable profondeur. L'ordre imprévisible de l'univers a trouvé miraculeusement, chez un vieillard, assez d'art pour lui faire écho.

 

 

 

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Aquarelle parisienne

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Sous les saules, à la pointe de l'Île St Louis, la Seine se dédouble au ras du quai. Calme fin d'après-midi. La lumière décline sur les toits, suspendue aux cris des oiseaux par les quatre points cardinaux. Lents vols déformants de migrateurs qui traversent hardiment le soleil bas.

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Je me penche sur l'eau d'une beauté panique, qui se regarde un instant dans le miroir de mon visage et, peut-être effrayée de ce qu'elle a vu dans mes yeux, s'enfuit se réfugier au sein de sa propre transparence. Surveillé par son chat, sur le pont d'un lent chaland, un homme arrose des géraniums.

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En l'observant qui s'éloigne vers l'amont, je retourne m'asseoir sur un dur banc de bois. Celui d'à côté est occupé par une dame âgée. Elle pioupioute, la bouche en cul-de-poule, pour attirer des pigeons avec les mies de pain qu'elle leur jette, ou non, pour le plaisir de les voir se précipiter.

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Certains anticipent vivement la trajectoire qu'ils déduisent du geste, avant de savoit s'il sagit d'un leurre ou si du pain atterrira comme prévu. D'autres tournent sur place en attendant d'être certains que la miette est tombée. Quelques uns, découragés d'être toujours perdants, finissent par s'envoler vers la cathédrale.

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Il est un peu facile de supposer que, d'entre la gent pigeonnante, ce soient eux les poètes. En tout cas, ils sont les seuls à roucouler sans arrêt de toutes les manières et leur plumage d'un blanc parfait, leur manque manifeste d'agressivité, leur pacifisme, leur vaudrait vraiment d'être appelés « colombes ».

 

 

 

 

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Détachement
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Il se peut qu'un sage ait dit que la souffrance nous éloigne de qui nous sommes. Que ce soit en tout cas l'effet qu'elle produit sur certains dont, en plein tourment, résistant, l'esprit est capable de rester flegmatique, intact et compact.
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Le temps d'une fulgurance, la Nature a la vertu de se refléter en nous sous forme d'une intense, éblouissante beauté, alors même qu'un drame terrible nous attaque et nous piège, et que tout notre corps se crispe comme en colère.
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Seul l'esprit humain est vraiment en mesure de se faire ainsi le miroir de ce qu'il y a en nous de plus grand, en prenant l'univers entier pour prétexte de ce dont le poème, lorsqu'une langue s'y hausse à son plus radieux, peut devenir le texte.
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La liberté - son exercice, les pensées qu'elle suscite et qui fascinent d'être pensées celui qui les pense, - tient à cette force analogue à l'amour, s'il est suffisamment pur pour, au-delà du seul Éros, s'adresser à toutes les composantes de ce qui est.
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Prison de viande indispensable, matérialité de moi, tant que tu m'enchaîneras je demeurerai libre comme l'oiseau transparent qui parmi les nuages joue à cache-cache avec le soleil, puis un jour tu me lâcheras, cendre d'étoile retournée à l'impensé.




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À jamais

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Bise sur ta joue

Tes cheveux de fraîcheur

ébouriffés

Et ton visage - mon aurore !

 

 

 

 

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Fanatiques

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Traqués par la noirceur de leur songes

aux frontières des déserts ils hurlent

à leur divinité comme des chiens à la lune

.

Faute de réponse sur l'ordre de vieux grimoires

ou de prêtres fous

ils plongent de crime en crime

et de rage en désespoir massacrent femmes et enfants

.

convaincus que leur dieu pour les remercier

de tant d'héroïsme et d'horreurs face à des innocents

va leur offrir le paradis.

 

 

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J'insiste

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J'insiste à travers des visions de mer

sur l'impossible ressac de l'Amour

C'est la pierre erratique battue des flots

écumant à une encâblure de la rive

.

C'est cette fiction d'Être que notre esprit

nous donne d'aimer – à nous-même

et qui prolonge en nous profondément

cet Autre radieux – à jamais inconnu

.

Frisson des eaux chansons des pins compliqués

D'où s'élève donc cette voix pure comme l'air

du petit-jour avec ses déploiement d'or obsédants

et l'île verte au loin parmi les vapeurs rouges ?

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Mon pas sur un souvenir de galets

laisse ses traces d'encre avec l'expérience

d'une vie en laquelle une vie seconde aux yeux

transparents d'innocence était cachée

.

Elle me survivra Elle est un incendie de racines.

 

 

 

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Éros mythologiste

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Petite forêt glorieuse qui dissimules

sous tes buissons de ronces tant d'aurore et de soleil

j'écoute murmurer embrouillé parmi les mûres

l'oiseau du Désir à la gorge empourprée

.

Les tourelles bleu-acier d'un château enfoui

parmi les cimes déroulent de blancs oriflammes

qui ne laissent en paix ni corbeaux ni tourterelles

Beauté là-bas dormant je pense à ta lumière

.

Tu as l'air d'une sainte morte dans sa châsse de cristal

Un chat noir et blanc te veille affectant des mines

de sphinx De l'autre côté patiente une licorne

La nuit infinie que recèle ton corps irradie

.

d'une clarté pareille à celle de la pleine lune quand

sa main posée sur l'étang illumine sous la nappe

le clinquant doré des carpes en leur nid de vase

jonché de fragments d'étoiles détachés de l'Éternité.

 

 

 

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Spandarmati

.

Une éclaircie après l'averse a semé le chemin

de flaques en amande

qui dans l'instant où je les enjambe

me regardent avec mes yeux

.

La même impression de trouble

que ton sourire à travers tes larmes

aux heures de vaillance

quand tu as décidé de résister à ton chagrin

.

La Terre est-elle donc vraiment comme toi

Ange d'essence féminine aux ailes de nuages

et senteurs intimes d'ocre humide

Ma belle amie - sentinelle de ma survie !

 

 

.

Vanishing point

.

Comme l'eau qui souterraine infuse les terres

de ses ramifications liquides – on oublie

souvent en nous la circulation du sang

qui pourtant est une pulsation d'amour originel !

.

Ainsi, Beauté pour qui la vieille demeure d'un vieux

village m'a vu, sous le signe du quatre et du sept,

naître l'année du Singe, ainsi de toi s'irrigue toute chose

et je t'aime, regard vert, cascade où se joue l'aurore…

.

Si présente - tu te fonds dans la nature de ma vie,

ton ciel absolu nous accueille d'un même nuage,

les prés des mêmes fleurs, mêmes arbres, mêmes oiseaux,

au point qu'en ce nous-là ce que je suis s'efface.

 

 

 

 

.

Pour être poète...

.

Pour être poète au fond il faut n'avoir

jamais peur du ridicule et sauter sur nos visions

de ce qui vit comme un bison bondit sur des zombies !

Surtout ne pas croire à l'instar de certains le beau vidé

.

de sa substance en traitant de « chromos » les aurores

et les couchants, et dénigrant les miracles de la neige,

la houle des plaines céréales foins vents frivolants,

ou la hiératique mer au front d'humeur changeante…

.

Pour être poète il faut savoir – sans fond! -

qu'on est écume et né d'écume et dénué de tout

excepté de l'immaculé qui attend les naïves formules

de notre innocence éprise de mirages merveilleux.

 

 

 

 

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 15:38

PRÉLUDES

 

 

01.

.

Lentes branches d'un hêtre

dont l'eau déformante

tente d'emporter les reflets

avec la complicité d'un nuage cyanosé

.

La barque à l'abandon dans les roseaux

berce un miroir La voix du vent

a des inflexions de petite fille

.

Mes pas au long de la berge

contournent l'étang

jusqu'à la lisière du bois là-bas

où dans son nid de thym je vais

respirer la blondeur de l'aurore

 

 

.

02

.

Des inflexions de petite fille

qui conte ses peines à l'eau discrète

du ruisseau courant au fond du parc

.

Seul sur sa branche assis museau pointu

œil vif comme un grain de poivrette

roux panache au-dessus de sa tête

l'écureuil écoute ses petites mains jointes

sur sa poitrine blanche

.

Un corbeau de loin annonce

que ruisselant de lumière

le soleil est déjà sorti de la mer

qu'entre les vaporeux lentisques de l'azur

il arrive lent et roulant comme une cistude

sa carapace d'or

.

 

 

 

 

.

03

.

De multiples voix d'elfes qui n'existent

qu'en visions songeuses d'un soir triste

chantent leurs vêpres païennes

frais et serein dialogue de douleur

.

Ce contralto flotte dans l'air comme

la barque qui s'en va vers l'île aux cyprès noirs

Un choeur de vagues en secoue l'étrave

avec une mélopée d'écumes surréelles…

.

Rien de ce qui se passera demain n'est concevable

Ce coeur tel un métronome arrêté

Lui ne chanterait plus pétrifié

par un minéral silence

 

 

.

04

.

Prisonnier du labyrinthe de la ville

le couchant ne parvient pas à s'éteindre

Il saigne sur les toits

Diffuse à travers un lait de brumes

sa liturgie empourprée

.

Odeurs d'hydrocarbures, foule

sur les trottoirs l'air hagard face ennuagée

Qui consent à s'avouer

qu'une guerre a commencé ?

.

Indifférent un chien passe

et pisse à l'angle puis s'éloigne

en trottinant avec une moue de petit vieux…

 

 

.

05

.

De toutes parts le dépaysement

affleure On l'observe d'un regard

aussi vide que celui des clématites du balcon

.

Avec un froissement irréel

certaines pages de ma mémoire se consument

et recroquevillent L'air impatient

disperse leurs cendres

.

À quelque heures de vol d'ici

sur une île dont un coeur troue le haut rocher

une brindille bouge en face de la mer

champ de bleuets frémissant dans la lumière

rasante du couchant

.

Longues ombres indigo maquis roux

Demain brume de lenteur

et réveil engourdi de se sentir aimé...

.

06

.

Parais apparais saisissant éblouissant

azur agrafé d'un feu ailé

Les mouettes agitent leurs plumes luisantes

en criant soleil soleil – soleil soleil

Cueillant de temps à autre un éclair dans l'écume

.

J'avance en hésitant sur la grève de galets ronds

Une suggestion d'infini miroite jusqu'à l'horizon

.

Les coques des catamarans sont tirées sur la plage

devant les baraquements du Club-Nautique

dont le gardien au son d'une radio grésillante

extrait divers accessoires d'accastillage

.

À dix kilomètres - d'une pâleur de myosotis

le littoral d'Italie qu'étoile immensément une fenêtre

(Droit sur l'extrême pointe de la jetée

attend un grand cormoran noir)

 

 

 

 

 

.

07

.

Tout semble facile au pays des oliviers

des pins, des cyprès, des citronniers…

La lumière intérieure et la lumière extérieure

coïncident et s'accordent sur telle ou telle phrase

Jambes nues les femmes marchent en dansant

Ombreuses les rues montent ou descendent sans tristesse

.

Parallèles sur les toits les tuiles ocres

et les vignes sur les coteaux des Maures

Il y a toujours à côté des portes voilées d'un rideau

de perles de buis ce sphinx de gouttière assis

qui se lèche la patte gauche

avec la minutie d'un mystère à midi

.

Tout ici est facile et tout inexplicable comme l'ail

.

En pleine lumière les spectres de mes parents

se promènent encore près de la fontaine

Le kiosque à musique de la place est là pour l'éternité

vide, silencieux avec une touffe de graminées

qui balance sur son toit

et me fait signe de me souvenir

 

 

 

.

08

.

Poète, ta Beauté a pour limites le réel

auquel ce que tu écris si obscur que ce soit

est pour rendre le coeur des autres transparent

.

Telle l'immaculée opacité des neiges

anticipe en fondant le ruissellement

de mille torrents au printemps

et leur limpidité s'agrémente d'un peu de ciel

.

Sur le bord poussera l'ortie blanche

Les rainettes sauteront parmi les joncs

ou joueront les magots sur des feuilles de nénuphars

.

Toi poète regarderas la Beauté t'approcher

pieds-nus avec précaution comme à travers un champ

de lavandes nocturnes

et ses regards fomenteront en toi l'oubli

de ce qui n'est pas éternel

 

 

 

 

 

 

.

09

.

Une fois encore

la lune qui t'accompagne

pour le plaisir de te voir avancer de côté

tendra sa solitude argentée

.

Une sorte de lagune sablonneuse qui conserve

hésitations et traces de ton appendice doré

.

Sensible comme une dionée malgré ta carapace

avoue que tu en pinces pour l'ornement

principal de tes nuits

ce rond miroir d'un jour disparu

.

Lorsqu'il reviendra sans toi

le cercle de tes écrits

continuera-t-il à refléter l'Autre Lumière ?

 

 

 

 

.

10

.

La parole d'argent se transcrit à la plume d'or

Transmutation de la voix - en silence

Mais ce qui importe en la chose lue

n'est pas tant le sens que l'ébranlement

.

Non une présence reconnue mais le sillon

qui embaume l'air après une passante

émouvante et sans visage

Le métronome de ses talons déjà s'efface

dans la foule des rencontres manquées

.

Or les pavés n'en sont pas plus tristes

Leur coeur de pierre ne ressent les pas

que du désir et de l'espoir

Le déchiffrage qui leur plaît – le seul -

est de la grâce claire du matin.

 

 

 

.

11

.

Le jardin en hiver pour cette fin de nuit

sent la fraîcheur Au bord du ciel Vénus radieuse

s'obstine Un chat phosphorescent soudain surgit

de nulle part et file entre les rosiers

Il a le diable à ses trousses de toute évidence

mais bien sûr il est seul à le voir

.

Sous les buis, un rouge-gorge ourdit du bec

l'aube prochaine et l'épeire débobine ses toiles

pour y stopper en plein vol de minuscules étoiles

sombres qui gigoteront longtemps

.

Petits drames inévitables de l'insensible Nature

.

Ce matin pourtant dans ses spires logarithmiques

c'est l'arc-en-ciel qui s'agite en irisant les fils

On dirait ma Muse piégée en un poème !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.

12

.

Du puits sans fond de cette encre triste je veux

remonter de quoi assouvir ma joie

Que ce soit à l'image de la mer obscure

d'où surgit soudain l'éblouissant soleil

qui parmi ses rougeurs dénonce l'Île-au-loin

.

En un rang bruyant et rieur les enfant d'une école

défilent Où vont-ils ? Vers la piscine couverte

sous les pins entre lesquels une plaque de zinc

étincelle et des volées d'oiseaux s'excitent d'y

reconnaître

.

(Airs du large odeur d'iode et fins baisers d'écume salée

sur mon visage revenu au naïf bonheur de l'enfance)

la mer

Douce chaleur le jour oxygène mes pensées

essaim de l'espace intérieur jailli vers un réel réconcilié

 

 

 

 

.

13

.

La Symphonie des Mille sous la chanson, Brocéliande

sous le bonsaï, l'Odyssée sous l'élégie… Voiler

le Grand Art sous le petit et, sous le reflet, l'abysse…

.

Limiter pour illimiter. Tendre l'indispensable rien

pour qu'au trébuchet se pose le tout

comme on le voit dans une bulle de savon

légère au vent, légère – qu'au plus tard

possible éclate l'illusion

.

Lulle ainsi répartissait en un bois de quatorze arbres

le loquace mirage du savoir qu'il s'était construit

.

Lasse la fée fatale au fond du lac tisse de rayons

les parois de son château - profusion de tourelles

assiégées des poissons volants - et prise à sa propre magie

s'assoupit un bras sous sa tête jolie.

 

 

 

 

 

 

 

 

.

14

.

Cueillir le pollen sur l'anthème du vent

pour enneiger mes rêves d'un duvet de soleil

.

Brouillard d'imminence qui se condense

comme rosée et fasse briller

tout ce que je suis capable d'imaginer

.

Instincts et humeurs animales

ma langue maternelle m'offre à connaître ce qui m'habite

Crypte où la cruauté a forme de statue d'or

Et la générosité - d'un bouquet de diamants

.

Les bourgeons du dernier arbre sont des leds scintillantes

Le crépuscule nous prépare un fameux printemps

Homme de cendre déjà l'odeur du santal me disperse

Proche est sans doute le temps où plus rien de ce que

je suis ne m'exclura de l'univers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 .FIN

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 15:34

 

Limpide quadrature

.

Une vitre, rien de plus : de plus loin que toi traversé

d'un rayon nomade qui vient éclairer le papier magique

voilà ce que tu es.

                             Que la nuit tende son tain opaque,

grâce au cercle intime de ta lampe se dévoilent

à travers ta noire transparence des visages

d'êtres par toi terriblement aimés ;

.

Seule y manque la symétrie qui te ressemblerait,

Celle qui te permettrait de rencontrer ton ombre,

De l'interroger sur la constante souffrance

 que tu as, pour survivre,

                            affublée d'un masque d'insouciance.

 

 

 

 

 

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 19:31

 

Fardeau mortel

.

Un goût de lassitude et de vieilles roses

fanées dont ma Muse tire une moue de reproche

Ah qu'un citronnier penche ses fruits acides près de ma fenêtre !

.

Peut-être une sève de soleil retarderait le jour

de ma disparition et la venue de la nuit

étoilée ainsi que la face d'un dé

.

À mi-voix assourdie un cyprès improbable

me parlerait d'un ciel mystique

avec les âmes bleues d'être attirées par sa voûte

.

On dirait ces ballons de baudruches envolés

quand les enfants par mégarde en ont lâché le fil

inattention ou découragement

.

Tous rassemblés là-haut jeunes et vieux

poètes ou non, princesses ou manantes

qui furent aimées ou amantes

.

Inutile de songer à m'étrangler

je sens à regarder le ciel que ma gorge se serre

et que ma voix s'amenuise et s'éteint.

 

 

 

 

 

 

 

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 14:11

 

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Constellation de la Tortue

.

Sur le sentier du soleil celui qui s'avance fait craquer les aiguilles sèches qui jonchent l'ombre des pins puis s'arrête devant la mer

.

Le chemin de lumière se poursuit à travers les vagues mais hélas nous manquons trop de foi pour oser marcher sur les eaux

.

La brise prend le relais et vers la limite qui coupe dans les nuages s'éloigne à toutes voiles transparentes en laissant une risée

.

Au promeneur qui fume sur le môle ce qu'on entend évoque la voix fraîche d'une fillette qui chante à cloche-pieds devant sa marelle

.

Tout serait parfait en ce monde-là si le baume des mimosas en fleur pouvait par magie guérir nos blessures mais ils sont éteints

.

Pour compenser l'absence de leurs grappes jaunes j'attendrai le soir et du regard je nouerai dans le ciel une gerbe d'étoiles.

 

 

 


 

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 14:08

 

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Quatre pas dans la création

.

Le rêve c'est, dans la nuit du désert, au-milieu du cercle des presque-frères enveloppés dans les plis indigo de leur sombre mystère, de manipuler le feu entre nos paumes, de lui faire lancer des jets d'étincelles qui aillent se ficher au firmament pour l'éternité !

.

Haute perfection des flammes fraîches, le soir, sur la plage, comme lorsqu'on brûle entre nos doigts la feuille d'un vieux poème dont le noircissement gagne l'encre pour ne laisser à la fin rien qu'une cendre si légère qu'un souffle l'emporte vers la mer à l'odeur iodée.

.

Une écriture dans la nuit abyssale pareille aux remuements obscurs des algues, allers-retours souples de main, analogues à ceux des nageoires de ces poissons qu'on appelle « voiles de Chine », - seule écriture capable d'enlacer en son lasso les rêves par leurs cornes dorées…

.

L'esprit emporté par l'élan d'un vent violacé s'embrase de guirlandes de lumière ainsi qu'un sapin de Noël environné d'aurores boréales, une senteur de verveine brûlée se répand à travers l'espace et, rétive, chaque pensée finit par cracher quelques mots avec des airs de chaton en colère.

 

 

 

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 16:37

 

Constellation de la Tortue

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Sur le sentier du soleil celui qui s'avance fait craquer les aiguilles sèches qui jonchent l'ombre des pins puis s'arrête devant la mer

.

Le chemin de lumière se poursuit à travers les vagues mais hélas nous manquons trop de foi pour oser marcher sur les eaux

.

La brise prend le relais et vers la limite qui coupe dans les nuages s'éloigne à toutes voiles transparentes en laissant une risée

.

Au promeneur qui fume sur le môle ce qu'on entend évoque la voix fraîche d'une fillette qui chante à cloche-pieds devant sa marelle

.

Tout serait parfait en ce monde-là si le baume des mimosas en fleur pouvait par magie guérir nos blessures mais ils sont éteints

.

Pour compenser l'absence de leurs grappes jaunes j'attendrai le soir et du regard je nouerai dans le ciel une gerbe d'étoiles.

 

 

 

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 14:01

 

Irréel du présent

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Lorsqu'on demande qui est ce fantôme ambulant et déambulant parmi le puzzle de phrases incertaines, geignant parmi le labyrinthe de la langue à laquelle il se heurte si maladroitement que sa douleur provoque rire et ironie, les mieux renseignés disent que ce doit être un écrivain, peut-être un « poète » si cette dénomination a gardé le moindre sens.

.

La civilisation, le cosmos au sein duquel il s'imagine vivre, n'existent plus depuis longtemps, si longtemps qu'on pourrait parier qu'ils n'ont jamais existé, en tout cas sous la forme dont ledit « poète » a gardé la nostalgie au point d'avoir le sentiment qu'une force mystérieuse l'a sans pitié dépouillé de ce qui fut un âge d'or, si vivace dans les images qu'il en conserve !

.

Vaguement hagard et titubant, il s'avance sur la neige de la page blanche, laissant un itinéraire de sombres traces dont l'encre est parfois étoilée d'une larme bleuâtre, et ces traces souvent tournent en rond, boustrophédonnent, ou ne mènent nulle part. Dans le meilleur des cas, on croisera sur cette piste le chant moqueur, à la pureté cristalline, d'un oiseau bleu qui peut-être n'est qu'une hallucination bienveillante.

 

 

 

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