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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 10:34

 

Un autre jour

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La nuit en écoutant les pas dans la neige de sa vieille respiration, il errait à travers les ténèbres, à la recherche de son âme un peu comme on cherche un feu-follet bleuté dans un cimetière.

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Il ne rencontrait que l'absence ambiguë d'une divinité soucieuse de rester voilée par le noir aussi bien que par le bleu et la lumière du jour revenu, dont les rayons s'empêtraient dans la buée des vitres ainsi que des insectes aux fils perlés de rosée d'une toile d'araignée.

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Aux cas les plus extrêmes, la réalité pirouettait, ce qui distrayait le regard, tandis qu'on changeait le décor, suivant le procédé familier aux cirques lorsque les nains envahissent l'arène avant l'entrée en fanfare des magnifiques chevaux dès qu'on a relevé les toiles pourpre et or...

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En fait de chevaux, c'est une horde ronflante d'automobiles qui se rue, sitôt le feu passé au vert, le long de l'avenue. Le volet métallique du boulanger se relève sur une vitrine éclairée derrière laquelle une personne en tablier blanc dispose des croissants et autres viennoiseries.

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La croix verte du pharmacien, qui ne s'éteint jamais, indique 16° ce matin ; on croise un père avec une poussette, qui emmène son enfant endormi à la crèche du quartier. Un pakistanais dépose des papiers publicitaires dans toutes les boîtes aux lettres. Demain est arrivé, et c'est encore la vie.

 



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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 10:12

 

 

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Hélix pomatia

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À force de monologuer en compagnie de cette tête de salade et du gros escargot qui en interroge silencieusement la verdeur, la pierre sur laquelle tu t’es assis te supporte de plus en plus mal et te le fait durement savoir…

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Le jardin entier t’en semble ankylosé, et submergé d’une nappe d’invisibles fourmis qui n’est peut-être qu’un lambeau de brume attardé. Sur sa feuille large comme deux mains, notre « gros-blanc » salive, sans pour autant piper mot !

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Il paraît qu’il est à la fois mâle et femelle, et que son nom de famille est hélix pomatia, un mélange de grec et de latin. Des qualités qui, si l’on y ajoute la lenteur et la vision bicorne divergente, en font un exemple pour les écrivains.

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À l’approche de l’hiver, il est comme moi, il se cale au fond de son trou dès que les aiguilles cristallines de la première gelée blanche lui font mal au pied, et il se renclôt dans sa coquille jusqu’à ce que les racines l’avertissent du printemps.

 



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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 10:05

 



L’immarcessible

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Les larmes salées, bues sur le petit visage de l’enfance, sur nos lèvres se changent en poèmes et brillent d’une clarté originelle.

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C’est qu’il n’existe personne qui soit plus proche de ce que l’Homme a d’humain que l’enfant, lorsque faible et pur encore, il commence.

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Rares cependant les individus chez qui l’enfant, au long des années, demeure inaltérable en dépit des enrichissements et des apprentissages.

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Celui que préoccupe la poésie aura pourtant su le conserver intact, tel un beau cristal en sa géode usée, à l’aspect banal de bloc roulé par un torrent.

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Ainsi demeure-t-il au secret du cœur, comme une icône du Sauveur en sa pourpre, dans l’espace doré d’un silence intérieur tout festonné de rêves.

 

 

 

 

 

 

 

 

http://xavierbordes.wordpress.com/  

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 17:18

 

Deux novembre 2014

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Soleil et pluie brassés par l'automne en ton coeur d'enfant

Le vent jette les feuilles à poignées contre les vitrages

des fenêtres hantées d'anciens visages de nos bien-aimées

qui se dissolvent parmi les lents reflets mouvants des nuées

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Journée de berceuses mélancoliques et de marches tristes

à travers le cimetière où les stèles s'assombrissent

tandis que crissent les graviers Un groupe de femmes

vient renouveler ici ou là des bouquets de chrysanthèmes

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Muets des oiseaux tout en noir alignés sur les fils guettent

le moment d'une Résurrection qui ne viendra jamais

Ils ignorent que les tombes ne s'ouvrent que dans un sens

Celui qui emporte les saisons vers le crépuscule des choses

 

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 09:42

 

Ezra et la réalité

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Quand il regarde le ciel et les pins japonais

c'est avec des yeux pleins d'avenir

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Il sait déjà rêver longuement sur l'étrangeté

des choses qui ne montrent que leur face obtuse

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Il touche le miroir pour vérifier que le reflet

se joue de lui et ma joue pour vérifier mon visage

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Puis il me sourit d'un air entendu comme s'il avait

à quatre mois et demi trouvé la clé du mystère

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Il voudrait me la communiquer avant que l'âge

ne lui ait enseigné à ne plus s'étonner

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Il s'essaie à quelques gestes et quelque syllabes

qui manquent d'ordre, s'agace et renonce Moi

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Je feins d'avoir compris Il n'a pas besoin si tôt

de connaître ce qu'est l'impuissance humaine...

 

 

 

 

 

 

 

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 09:35

 

Haute solitude

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Les grenouilles font des bulles de musique avec le savon de la lune

comme disait Léon-Paul Fargue un prince des poètes

aujourd'hui presque oublié Et le temps des grenouilles

acharnées à des choeurs nocturnes dans les étangs du château

de Maugny où Proust à vingt ans se plaignait d'avoir peine à dormir

est bel et bien perdu depuis l'époque de ma naissance

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Pourquoi me reviennent ces relations bizarres

Il y a comme un vent d'automne sur le lac gris

La petite morte aux tresses blondes n'a pas vieilli

dont le corps par la houle est porté sur la rive déserte

Les grands arbres s'enferment dans leurs pensées

Ils ruminent qu'ici naguère exista un été

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Comme est profond ce mur que dissolvent mes rêves

Un puits creusé durant soixante dix ans

Je me vois minuscule comme le reflet d'une étoile

au fond de ce for intérieur qui est moi-même

parmi les longs échos des voix étouffées telles

qu'on les entend derrière les haies de buis des cimetières

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Cet automne sent le grenier et la vieille valise

Et les amours fossilisées Mais pas la moindre grenouille

Sur le pavé luisant de fine pluie

Hélas Juste la vie « qui fait souffrir

pour un rien Pour le plaisir... »

 

 

 

 

 

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 09:33

 

Ezra rêve

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À quoi pense-t-il – observé par ce mélancolique automne

qui tend ses feuilles jaunissantes vers les vitres

et les agite comme pour un adieu -

à quoi pense-t-il couché sur le dos, remuant bras et jambes

ainsi qu'une petite tortue sur une plage vide,

cet enfant aux regards tournés vers la lumière ?

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Je lui raconte des choses Il sourit Répond des monosyllables

ensalivées Fait de gros efforts pour ne pas s'endormir

Il sait qu'ici, ce n'est pas sa chambre ni son lit...

Que les bouleaux et les bambous qu'on voit dehors

ne sont pas chez lui Et par moment il est pris d'un long rêve

qui transfigure d'un calme digne de Çakyamouni

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son visage aimé Un rêve dont je ne saurai rien

Un rêve extra-humain Qui interroge

Un rêve que moi – son aïeul –

soudain moi-même pensif

je m'efforce d'imaginer

quoique à jamais incapable d'y parvenir !

 

 

 

 

 

 

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 19:50

La Maison-Dieu

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Quel est-il celui-là ? - Moi ! Moi, poète subalterne...

L'ostracisé du clan sans appartenance ni race.

Au visage net d'autres scarifications que celles

des années, des rires, des deuils et des douleurs !

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À l'image de ces pièces que traversent les courants d'air

quand en moi s'ouvre une porte, une autre se referme

violemment ! Parfois il arrive que ce soit une baie vitrée

dont la transparence tombe en miettes et laisse ainsi

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entrer la nuit, la nuit glaciale avec son inouï cortège

de monstres et d'étoiles qui dansent la sarabande

autour de mon âme recroquevillée qui, pour passer

inaperçue, de son mieux joue les feuilles mortes...

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Dehors parmi les subterfuges de la lune rousse

on entend au loin résonner le lithophone de l'automne.

Les trompettes de la mort grandissent au pied des troncs.

Quand à moi, je sens que je me dissous comme brume.

 

 

 

 

 

 

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Encore et toujours
C'est encore et toujours novembre plus vieux 
d'un jour pluvieux Quelque part un chien hurle 
après sa liberté perdue comme s'il en avait le souvenir 
Aux marges des songes les plus tendres une ombre 
rôde, ses doigts tournant et retournant un ancien 
soleil ouvragé comme un plateau de cuivre  
Honteuse elle rampe parmi les feuilles écrasées 
Une odeur de café plane autour du bistrot du coin 
Au dehors des flaques miroitent sur les tables de fer 
Un petit enfant de quelques mois agite un collier 
que sa grand'mère lui a donné pour le distraire 
Il gazouille d'une voix aiguë qu'un écho pâle emporte 
Et voici qu'au ciel le son s'ouvre en aile d'oiseau  
puis s'enfuit par-dessus les toits vite, si vite 

        qu'il ne sera bientôt plus qu'un souvenir de jeunesse...

 

 

 

 

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 10:03

 

Événements inexpliqués

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Existe-t-il vraiment ce murmure de racines

qui échangent leur sang sous les pierres

Existe-t-elle cette vision au travers du marbre

silhouette d'ombre d'un ancien amour

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De subterfuges la mort travaille nos corps

compense les déficits parsemés de fictions

comble avec des songes les blessures jamais

refermées pareilles à des clichés sépia moisis

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Ouvrons par défi l'éventail du Pays Inconnu

De la nuit tirons un lucide océan de diamant

La rive avec les pins les colombes les écureuils

Ses galets bleus discutant d'un futur envol

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Les chimères du vent ont gobé nos étoiles

et s'éveillant femmes de rosée en manque

de frissons nues se roulent dans les champs

pour l'intime plaisir des vagabonds poètes.

 

 

 

 

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 10:01

 

De chanvre lumineux

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De chanvre lumineux la chevelure dans son dos

balançait tandis que je la suivais au long des vitrines

(Elle marche toujours d'un pas plus vif que moi !)

rêvant d'enclore en un seul vers mon amour pour elle

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Il n'y avait plus de ciel Il n'y avait plus de jour

J'avançais à sa suite en foulant un sol de vertige

pareil à ces avancées transparentes au sommet des tours

telles qu'entre nos pieds grouillent les fourmis des avenues

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Au travers du trottoir Au travers de la masse planétaire

ce sont des myriades d'étoiles que je voyais tournoyer

au gré d'un vent qui m'inspirait autant de pensées folles

Un éther optimiste et violent où pêle-mêle les paroles

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se bousculaient comme aux lèvres d'un bègue ému

par le chanvre lumineux d'une chevelure dans le dos

d'une jeune beauté dont il suit au long des vitrines

les hanches qui dansent au rythme d'un rêve amoureux.

 

 

 

 

 

 

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