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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 09:43


41.     Le jour du Retour


Or Elle était légère et l’âme en ce jour-là
Ensoleillée ; octobre proche avait des reflets roux
Surtout dans sa chevelure dorée
Cet athanor de mes désirs

Dans ma pensée elle évoquait la petite
Aphrodite des Cyclades
Qui attends les bras croisés sur sa poitrine
Les regards adorateurs
Sous le cône clair de la lampe

Moi c’est à la clarté des mots que j’en appelle
Cherchant à faire avec des ruines
Une sorte de vaste laurier transparent
Ou peut-être un olivier d’ambre

L’ayant sous les yeux chaque jour
Je crois encore à la beauté
A ce séïsme qui - dans les sentines
Ténébreuses de notre for intérieur -                               
Va dénicher pour nous l’offrir
Ce que nous avons de meilleur...


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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 09:57


40.    Vers l’Autre Rive                   

Nuage parmi les nuages le vent est ton destin.

Liqueur de verdure l’air ce soir
A un goût de menthe poivrée

Lorgnant le papier si blanc au crépuscule
Tu as le regard trouble de l’escargot
Pour une belle feuille de laitue

Verde, que te quiero, verde !”

Lorsqu’on écarte les frondaisons du printemps
Le coeur au fond ressemble à une petite aube
Pâle et crispée sur sa propre fraîcheur
   
A la télévision comme d’habitude les acteurs
Cherchent l’auteur d’un crime abominable
Ils finiront par le trouver
Ce n’est pas comme dans la vie

Vers, que je t’aime, vers !
Fiévreusement ma main griffonne sous la lampe
Signes d’or à l’encre noire
Qui diffusent sur la page ainsi que l’opaque nuage
Du poulpe qui veut éviter la mort

Vision de sables d’urnes et de cendres
Que dispersent le Vent de Sept Jours

Dehors par la fenêtre ouverte on entend un petit-duc
Réglé comme le balancier du temps
Jeter son “Thû-Thû” mélancolique
Qui résonne au-milieu des arbres silencieux

Tu t’étires bras multiples et tendus vers une Chose Invisible
La dernière lueur s’éteint sur les montagnes
Après le vers final et la première étoile
Tu sens qu’il est temps de nager vers l’autre rive du sommeil

L’atteindre est ton espérance quotidienne !

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 10:50


39.        “Lumen in caelo”

L’aube tarde - il est déjà cinq heures
Autour de l’Uppiane endormie
Quelle vive impression m’auront faite
Tous ces matins d’août solitaires où je creuse
Avec mes rêves la distance
Qui me sépare de ma vie

Ce sont images qui me viennent de si loin
Comme si d’indistinctes voix dont on ne saisit plus
Que l’inflexion m’arrivaient d’outre-nuit
Comme visions qui parleraient avec les mains :

De l’huile transparente ruisselle au sortir du pressoir
Odeur violente de l’olive et sueur des hommes bruyants
Qui chargent des fûts noirs sur des charrettes
Claquent les mots en un parler dont sonnent
Les intonations familières de chanson perdue

Aujourd’hui le Moulin là-bas n’a plus de moulin que le nom
Sa roue grisée au soleil depuis longtemps figée
Se disloque lentement auprès du ruisseau inutile
Les vignes bien rangées
Ont fait place aux lotissements dits “de style provençal”

Je raconte au jeune pin flexible et luttant pour sa survie
A deux pas du carré aux orties
Cette transparence glacée qui à force d’éclatements
Amenuise ma mémoire
Et me réduit ainsi que le gel dépèce une roche
Hiver après hiver

Tandis qu’à force de poèmes je ravaude incessamment
Au fil d’amour un éternel printemps...

 

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 11:06


38.           Dans l’atelier


L’atelier en désordre, effet d’un déménagement,
Réclamait de justes places pour les choses :
J’aime la main de l’homme au mur cueillant
Le bon prolongement ! J’ai rangé les outils
Dessinant leurs contours pour qu’on puisse
Aisément les remettre à l’emplacement adéquat

Quand dehors c’est la canicule
Il fait bon frais ici tandis que l’on frotte au pétrole
Les sécateurs rouillés et qu’on range les vis et les clous luisants
Dans leurs boîtes transparentes

Les lames des scies méritaient le papier silex
Pour perdre leur limaille rouge
Puis le chiffon graissé pour garder l’éclat de l’acier
Retrouvé

La main qui frotte vaut bien la main qui écrit

De temps en temps on jette un coup d’oeil par la fenêtre grillagée
A contre-jour l’extérieur resplendit
Les pins dans l’encadrement sont tout éblouis de soleil
Sur l’établi la fine sciure moire comme de la soie

Paisiblement passent les heures
De loin en loin bourdonne le congélateur
Cube de pôle nord plein de victuailles figées
Dans le froid de l’éternité

Mon neveu entre, la frimousse passionnée,
Lui aussi veut scier ! Je déniche un bout de planche
Je la coince dans l’étau et lui tends la petite scie
Il persévère et pousse un soupir de satisfaction
Lorsqu’à midi un carré de bois chute enfin

Menus travaux qui, semble-t-il, n’ont rien à voir avec la poésie
Accaparés qu’on est à façonner l’étrangeté de la matière
Et pourtant...

 

 

 

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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 17:21

   

37.          La queue de l’écureuil


"Que ton poème soit simple et gai
Comme la fraise des bois"
Me glisse à l’oreille un elfe en voyage
Je me retourne mais
Personne

Juste un tourbillon sur la terrasse
Qui fait valser un peu de poussière et trois feuilles recroquevillées,
Sans déranger les fourmis

Simple et gai - Facile à dire !
Dans tout ce que j’écris il me semble que les fleurs
De rhétorique me tirent la langue
Je me réfugie à l’ombre de ce coin de tôle
Où sont empilées des bûches pour l’hiver
Une senteur de résine me rassure

L’écureuil se coule au long d’un tronc : il ne m’a
Pas vu
Je me retiens de respirer - il est tout près
Ses pattes de devant se relaient pour gratter la terre
Puis en quelques bonds il regagne les branches hautes
Sans que j’aie compris
Ce qu’il venait chercher

La fourrure rousse de sa queue le suit partout
Bêtement à cette pensée
Me prend l’envie de rire
J’imagine sa texture aussi légère que de la barbe-à-papa

Et fondant sur la langue ainsi que de la poésie
Me vient alors la vision saugrenue
Du poète qui traîne après soi
Son énorme touffe de poèmes !

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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 10:32


36.    Un dimanche


De dos, en m’éveillant,
Je te revois debout dans cette simple robe gris-souris
Chez nous, à la fenêtre, et la chevelure incendiée
Par le soleil du matin...

Les bambous fascinés s’inclinent
Vers toi, plus bas - toujours plus bas -
Ta silhouette lumineuse les aimante

Il est tôt. J’ouvre le vitrage coulissant
J’écarte le rideau japonais qui bruit
Et je mets un pied au jardin :
Ce matin est silencieux et solitaire
Encore ébouriffé
Avant toute autre chose
Je griffonne au crayon quelques lignes
Que les jours d’optimisme pour moi-même, j’ose
Appeler “des vers”

L’air est d’une sérénité tout à fait respirable
Frais et limpide comme devaient l’être
Les rêveries de La Fontaine
En un éclair
Je m’éloigne de moi
Pour diluer mes songes dans l’essence
De cette lumière au parfum de lavande
Et quitter l’état d’esprit lunaire
Qui me voile la Réalité

En sentant à mon cou battre la carotide
Je descends dans la combe aux orties

Le petit aster est toujours là
Comme au ciel s’obstine une dernière étoile
Que désignent avec ardeur les mille aiguilles des pins

Un instant je me sens heureux
Comme si cette étoile était la mienne
Comme si Aïlenn était auprès de moi.

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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 09:38


35.    Les orties

Il ne suffit pas pour découvrir son île
Et pour l’atteindre
De s’embarquer comme Colomb ou Magellan
En croyant voir au ciel des “étoiles nouvelles”

Il faut aussi apprivoiser la colère
Et l’amour
Résister au désintéressement mélancolique

Tourner son coeur vers les objets aux regards vides
Les laisser entrer au jardin
A la façon de cette statue incongrue
Et songeuse
Les yeux penchés vers le sol

Ersatz d’Eve en plâtre
Avec drapé à l’endroit du sexe
Et coiffure aux nattes compliqués
L’épaule encore assombrie par un relent de pluie

Qui sait pourquoi le récent orage
Me fait songer à de certaines gens - Peter
Weibel, Olafur Eliasson - En poésie
Les objets n’entrent pas

Seuls les mots tendent sur le jardin
Leur toile d’araignée ineffable

Je n’espère pas  - je n’espère plus ! -
Que quelqu’un suive ma pensée
                   
Au fond du parc observant sous la cathédrale
Baroque des chênes la progression des orties
Et parmi elle
Ce petit aster qui survit malgré tout
Je me dis que cette vie n’est pas la mienne,
Que je ne l’ai pas méritée.

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 11:20


34.            L’impasse

Aujourd’hui je veux explorer jusqu’au bout
Le Chemin, au-delà de l’endroit où j’avais rencontré
Cet homme qui cherchait parmi les aiguilles de pin
Et sous les feuilles mortes du talus
La bague perdue par sa femme

Celle de leurs “trente ans de mariage, monsieur !
C’est important... “Avait-il précisé. J’ai cherché avec lui

Nous n’avons rien retrouvé
(Peut-être a-t-il divorcé depuis !)

Je dépasse l’endroit Un chien aboie
Contre la barrière d’une villa rose
Deux personnes y font les phoques
Dans la piscine

(Peut-être le chien veut-il me dire
Qu’il a flairé où est la bague ?)

Entre les futaies je poursuis d’un bon pas
Pour me trouver face au portail infranchissable
D’une vaste propriété que dérobe aux regards
La haute haie d'un boulingrin savamment taillée

Désappointé je tourne les talons
Toute impasse est frustrante
Comme quand tout a été dit et que s’impose
La fin du poème.
 

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 10:37


33.           Les guêpes


Ces trois petits oliviers récemment plantés
Grandissent avec élégance
Ils ont déjà donné quatre ou cinq olives

Moins élégant est en revanche
Ce piège transparent qui balance au fil de nylon
Accroché à la sablière qui soutient la toiture de la terrasse
Le quincailler avait recommandé de le remplir
D’un peu de miel délayé dans du vinaigre
Pour attirer les guêpes indésirables
Malgré leurs tailles fines et leurs corselets rayés

L’été dernier sous les tuiles romaines
Elles avaient à profusion installé leurs nids de papier mâché


Impossible sous l’auvent d’ouvrir un pot de confiture
Sans être harcelé de menaces piquantes

Dès qu’en un éclair la première cette année
S’est  - bzzzzzz, zzzzzzzzzzz ! - manifestée
Nous avons donc décidé de suspendre ces bulles de plastique
Garanties écologiques
           
Curieux de leur efficacité
Tous les matins nous allions les relever
Ainsi que des trappeurs

Aucune jamais ne s’y est prise.
On n’attrape pas les guêpes avec du vinaigre !

 

 

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 09:33


32.   Monologue de l’Arbre


Arbre marqué du forestier aux mains épaisses
Je vis de peu
Et mon domaine est sans espoir
En son orient, le pied chaussé de fougères
Je m’efforce de goûter aux heures des poussières d’or
Le rien de fraîcheur qui me reste

De ma cime je balaye les nuées difformes
Qui sont les mauvais rêves de l’aurore
Dans mes branches touffues je préserve
Les graines sombres du soir

Ne me tentent pas les sentiers environnants
Que fréquente la sauvagine
Au mieux aimerais-je m’enfuir
Vers ce monde inversé qui brille dans les flaques

Prisonnier de moi je demeure
Fasciné par l’Ailleurs

Cet Ailleurs que même le vent ne peut
Toucher sans que ne s’en trouble l’image
(Et l’on n’y voit plus que du bleu
Ce bleu des vitres de cristal sablé
Aux vagues reflets dépolis !)

J’écoute dans les fleurs les craquements d’une mer qui brûle
Au coeur de cette nuit qui est enterrée dans la nuit
Ne me parlez pas d’aimer - depuis longtemps
Je ne crois plus qu’aux longs roucoulements des tourterelles
Le brame du cerf me laisse insensible

Je suis un arbre marqué

De ma cime je balaye les nuées difformes
Je vis de peu de choses : désormais
Tout ce qui est humain m’est étranger.

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