Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 11:06

 

 

         39. Nocturne de la parole



Nuit claire

Nuit de rosée qu'imprègne l'injuste et tendre parti-pris des Mères

Nuit pleine de la transparence du vent solitaire

Seigneur de la terre ardente et des moissons

Des herbes hautes pains d'oiseaux et graminées

Qui rendent invisible

Archange de la paix dont les lèvres bruiront jusqu'à ce qu'au matin

Émerge de la mer le cercle chauve du soleil



À la gauche du vieil olivier et des lauriers de la lumière

Le livre des vagues feuilleté par l'obscurité

Ressemble à celui du destin

Qu'on en ignore tout n'empêche en rien que ses sentences

Nous tombent sur la tête à la façon d'un aérolithe engravé

De dates et de noms  C a l m e   b l o c   i c i-b a s   c h u   d 'u n

D é s a s t r e   o b s c u r



Nuit de Pierre Nuit claire

Nuit qu'imprègne l'injuste et tendre parti-pris des Mères

Nuit des mains qu'on mouille en les plongeant dans les fougères

Pour rendre à nos faces la fraîche innocence des jours

Nuit de la marche dans la nuit à la recherche de l'étoile



Mais comment retrouver la nôtre parmi les animaux mystérieux

Du zodiaque et la garde montante des constellations

Avec la Ruche et les Deux ânes – du Nord et du Sud -

Et le souvenir du dieu accompagné de Silène

En train de façonner dans un roseau quelque nouvelle flûte



Qu'importe ! C'est en fils d'Hermès qu'au long du haut sentier désert

Nous reviendrons vers la cité sous une vaste lune d'août

Qui ruisselante monte du fond de l'étang assoupi au creux du vallon

À la rencontre d'elle-même

Ainsi que la nuit de nos cœurs à la rencontre du Destin.





































Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 16:33



38. Nocturne du feu


 

Du feu dont le bois pétillant spithe quelques étoiles

Au plafond noir du ciel,

J'aime les sautes d'humeur, les soudains silences

Cette sorte de tiédeur entre amis une fois la parole achevée

Quand les regards pensifs pour l'hypnotiser

Fixent la lueur de la flamme jusqu'au moment où son reflet

Accepte de venir poser comme sur les photos

Une pastille de phosphore rouge au centre de chaque prunelle

Pour rappeler sans doute à tous qu'homo homini lupus est



Avec un bruissement d'averse une brise flatte l'échine des arbres

Mangés d'ombre évoquant un troupeau de stégosaures



Tous ces millions d'années avant l'invention du feu

Petites silhouettes d'enfants nus à contre-jour de la caverne

Toute la tribu rongeant des os alentour du foyer

Les hommes prêts à bondir sur leurs épieux au moindre

Grognement des profondeurs nocturnes



La nuit des temps telle une allée de sphinx multipliés

Par où nous arrive en sa gloire d'aurore

Sur son charroi escorté de mille phénix comme un bateau survolé par des mouettes

L'Éternité serrant l'infini vagissant dans ses bras.





Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 10:12

 

37. Nocturne des oubliés

 

                                                                                                      à Bertrand Jacob

Nous avions oublié combien les humains

Ont de peine à vivre

C'est si loin la Somalie ou l'Érythrée Tous ces pays qu'on connaît à peine

Sinon par de merveilleuses photos sur les brochures des agences de voyage

Architectures de ruines splendides Lumière exotique

Femmes en linges colorés, émouvants petits enfants

Souriants, sur fond de palmiers et déserts qu'au loin limite la mer



Avant la Crise insidieusement nous avions été gagnés

Par la disparition de l'imagination

Et par l'involontaire insensibilité des riches



La Lune était devenue espace conquis

Site de prospections futures

Avec les photos du clair-de-Terre

Fini le fragment de rêve argenté qui venait chaque nuit

Décliner dans le ciel une courbe nouvelle

Pour agrémenter notre besoin d'Inaccessible

Telle une pomme mordorée en haut de l'arbre

Offre à l'enfant une occasion d'imaginer dans quel délice

Il croquerait s'il était assez grand pour la

Décrocher Mais


Qu'elle tombe par hasard pour inspirer Newton

Ou qu'un jardinier à l'échelle accepte de monter pour la cueillir

Et c'est la déception : la voici difforme ou moisie

Exactement comme un amour qui aurait mal tourné



Des Années Merveilleuses que nous reste-t-il alors hormis

Notre gorge nouée à la perspective de la séparation

Notre cœur à quelques souvenirs qui étiquettent les objets

Qu'on voit chez ceux qu'a frappés le veuvage

Ce cadre avec un beau garçon près d'une jeune et jolie fille :

Seul reste l'un des deux dont le visage

Ressemble à notre pomme en haut de l'arbre

Réduite et ridée à l'instar d'une tête Jivaro

Tavelée ici ou là par les stigmates de dures années de vie

 

Ô visages blessés par tous les accidents de l'existence

Au cours desquels l'Inaccessible un moment s'est fondu dans l'Irrémédiable

Le futur dans le passé - gardiens démoniaques du Temps qui rendent

Les ans féroces aux humains au point qu'ils s'efforcent d' o u b l i e r

En s'enivrant de richesse de pouvoir et d'inhumanité

Hideuse

L a  M o r t  harpiste au-dessus de toutes les têtes

Tramant en grimaçant absurdement d'occultes passes magnétiques

Dont l'une ou l'autre chaque fois rompt le fil d'une vie.



Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 13:38


36. Nocturne du buveur



Boire ce soir - boire pour boire

                         et comme dit la publicité "jusqu'au bout de la nuit !"

Que le ciel au-dessus du monde tourne à la façon d'un ventilateur

De café ou plutôt des pales d'un hélicoptère

Qui sur place me soulèverait pour m'emporter vers le septième ciel

Ou le huitième pourquoi pas

S'il existe



D'autres autour de toi qui ont commencé bien plus tôt

Jettent de temps en temps un regard avili, hébété

D'un côté ou de l'autre en cherchant dans ce qui les entoure quelque chose

Qui aurait surnagé Un objet témoignant de l'ancienne stabilité

Du monde : âge d'or où une femme vous aimait

Au point de vous attendre et de vous reprocher votre haleine avinée

Tandis que dans l'ombre des chambres brillaient les yeux soudain réveillés

Des enfants dont l'innocence vous faisait rougir

« Pauvre papa qui ne tient plus debout lorsqu'il rentre

À deux heures du matin ! » Aurait, paraît-il, confié la benjamine

À sa maîtresse d'école



Dans le verre pourpre où balancent les lumières des lustres

S'alignent visages d'enfants d'hier et d'aujourd'hui tous confondus

Les tiens photographiés par le miroir de ta mémoire

Ceux des copains avec lesquels visant par le Y de bois des frondes

Tu allais en forêt «déguiller les oiseaux »


Dans le verre pourpre trente six chandelles

Tu bois le sang de ton désespoir : il fait lever un grand vent

Soudain dans ta cervelle



Ainsi qu'un coup de poing inattendu qui t'envoie entre les étoiles





Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 12:59



35. Nocturne des voyous



Les rideaux de fer sont tous fermés Quelques tubes fluorescents brillent

Parfois clignotent s'éteignent puis se rétablissent

Claudicant de leur lumière ainsi que dans le ciel

Un astre qui serait blessé d'une aile



Sous les porches dans les coins noirs les voyous

Affûtent leurs couteaux leurs tournevis ou leurs lames de scie


Malheur à la femme esseulée qui va passer ici si tard

Croyant que le pays est paisible comme aux temps bénis de ma jeunesse

Compagnons de la Marjolaine

Lorsqu'au printemps nous dormions sous les quais de Notre-Dame

Parmi les saules Au matin le vent frais nous apportait le chant profond

Des énormes cloches de bronze bougeant dans les tours

D'où l'on voyait s'envoler un tourbillon de tourterelles

Dans le soleil levant Bien sûr c'était avant qu'on ait réduit

Au silence tous les clochers et que les cimeterres


En forme de croissant de lune aient envahi nos cités de banlieue

Brûlant les jours anciens comme files d'automobiles



Il faut savoir qu'on ne discute plus dans mon pays on frappe

Un éclair luisant, le sang et souvent

La mort

Sont la seule récompense pour celui qui parlemente avec son drapeau blanc



Désormais si j'erre la nuit dans les rues, solitaire et sans étoile

Habillé comme un clochard ou presque et l'esprit tout à fait serein

C'est comme à l'étranger, ce mot qui rime avec danger,

Lorsqu'on sait que le seul qui n'a pas à se tenir constamment sur ses gardes

Est le poète pauvre aux poches vides

Dont chacun devine qu'il n'a sur lui pas un kopeck à voler

Et qu'il ne tient pas même vraiment à la vie.









Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 09:48



34. Nocturne de la Gloire



De cette triste nuit nulle clarté ne vient

Le seul éclairage

Est celui de la rue Il tombe d'un lampadaire

Au teint malade et blême d'asiatique frappé de jaunisse

Sur les trottoirs mouillés ses reflets vacants glissent



Aucun écho de pas dans la cité désertée

Tous les gens du quartier se sont absentés

Dans le sommeil Au ciel noir ne restent que leurs étoiles

Qui palpitent au rythme des éthers pour dire « je suis là, je suis là,

Nous sommes toutes là ! » Toutes en effet

Sont là excepté la bonne, la mienne, celle

Sous laquelle aux Arcs je suis né...



L'odeur me revient de la vieille maison de famille, puis

S'efface et le jasmin du jardin de ma sœur la remplace

Odeur d'août et de rires d'enfant où la verdeur des pins

Charge la nuit d'une résine résolument invisible

Dont l'ambre transparent répand partout ses effluves dorés

Rappelant la cire, l'atelier d'artiste et la térébenthine de Venise

Associés au grondement merveilleux là-haut de l'orage argenté

Du Cavaillé-Coll de la cathédrale à la tribune où tu grimpais

Et descendais les marches d'ivoire des cinq claviers

Dans les volutes de l'encens avec l'élan de la jeunesse



Et derrière toi –   i l l u m i n a n t

L'ombre où sur le banc de bois dur tu t'efforçais le cœur battant

De dompter une toccata de Liszt, de Vierne ou peut-être de Tournemire

Que la fougue orageuse de l'orgue semblait monnayer en longs échos

         sous les ogives de la nef

Tel un déploiement irisé d'aurores boréales

Faisant vibrer les corps de la foule assise au pied des tentures violettes

Suspendues aux faisceaux de nervures vertigineuses des piliers

(Et frappée d'extase l'Amoureuse auprès de toi en oubliait

Son sacré devoir de te tourner les pages) --

V e i l l a i t   s u r  t o u s  e t  s u r  v o u s  d e u x

La  R o s a c e  i m m e n s e  qui donnait à voir

Dans ses feux d'arc-en-ciel la G l o i r e   f i c t i v e   d e   D i e u !





Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 12:59


33. Nocturne de Jésus



Minuit propice aux visions

C'est l'heure où l'odeur de santal qui brûle

Ouvre au fond du tunnel de l'imagination

Cette porte par où entrent en robes de laine

Péruvienne et sortent constamment

Avec des carrés de lin brodé et des calices d'or

Entre les mains, des Anges colorés



Chatoyants dans l'immense clarté d'un cierge de Pâques



Un océan de lumière se devine

Qui donne aux meubles de mon sommeil un air

Si vrai, à leur éclat ciré une évidence

Si troublante qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour que je croie

A la réalité de l'Autre-Monde... Au réconfortant

Au-Delà qu'on a déployé pour mon âme d'enfant

Comme on tend un filet sous l'apprenti-trapéziste



Ce Paradis dont un nommé Jésus imagina de nous faire cadeau

Pour donner de l'espoir aux hommes

A tout prix, fût-ce en y laissant la vie !



Lui aura connu la solitude mortelle des poètes

Ce désert auquel on entreprend de mettre fin en attestant

Qu'existent l'Invisible et l'Inouï

Sachant que les humains sont davantage terrifiés par tout ce qui

N'existe pas

Que par les menaces quotidiennes de leur monde

Il a voulu changer en Amour le Néant

Pour métamorphoser l'absurde horreur de nos vies

En merveilleux Jardin Futur où, sous les palmes, souriants,

Nous accueilleraient nos aïeux.







Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 10:42



32. Nocturne du précurseur sombre



Au ciel assombri ce soir je cherche vainement

Mon Étoile

(Y en eut-il jamais une ? Aucun astronome

En tout cas n'a pu me la montrer ! J'ai su où était

La Porte des Hommes, et le Lynx, et l'Hydre, et le Lion,

Les Gémeaux, Al Tarf et Acubens, le Petit Chien,

Mais pour moi, rien d'autre qu'un océan de vide obscur !)



Seule la Lune avec sa face de chinoise

Énigmatique et attristée

Incline vers la terre son regard compatissant

Et comme Patachou dans l'histoire de mon enfance

Je fais semblant de croire

Que ce regard est pour moi et que l'astre argenté a le souci

De m'accompagner partout



Ce qui déclenche par moments dans les feuillages proches

De murmurants frissons de sollicitude

On dirait quelque berceuse aux paroles oubliées

(On se sent moins abandonné, dans l'amitié des arbres!)



Ce soir au ciel assombri

Vainement je cherche mon Étoile

Une étincelle... Un clignement infime au bord de l'infini

Froides comme après la ciguë mes jambes tremblent

A cause de ma quête une angoisse monte de la terre et m'envahit :

Un genre de « précurseur sombre » analogue à celui qui se prépare à rencontrer

La foudre étincelante

Après laquelle toute nuit s'avère encore plus dense

Plus effrayante et – je le sais ! - plus absolue.







Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 10:08


31. Nocturne du soleil disparu



Il se fait tard

La tasse est encore à-demi pleine

L'ami n'a pas bu son café

Il est parti depuis longtemps à ses affaires

Fatigué de mon âme compliquée



Nous avons parlé des temps anciens

C'est un homme plein de force et capable d'être joyeux

Moi non

Comment être léger et gai lorsqu'on a passé la journée

À évoquer l'aura d'ombre qu'a projetée

Sur nos vies un grand soleil disparu



Un moucheron qui se débat dans ce café

Noir comme du goudron

Voilà ce que tu es ! Voilà

Ce à quoi tu ressembles tapi au fond de ta nuit

À tourner et retourner rouge et sans issue

Tel un astre crépusculaire l'oeuf de ta mémoire

Qui n'éclora jamais plus



Faiblement luisent les meubles et plus loin

Le bras de bronze à la main ouverte

De l'Astragalizonte



Elle vient de jeter les osselets

Qui sont là, quelque part, invisibles dans la pénombre

A la manière de la mort



Tu scrutes l'espace opaque de la chambre

Rongé par d'impalpables fourmis noires

Tout ce qui semblait dans le jour avoir de rassurantes limites

Les perd aux frontières du sommeil

Où le Temps prêt à tout engloutir bâille en ouvrant

Une gueule de poisson mort

Rejeté par la vague sur le littoral

D'un pays dont l'on t'a pour toujours exilé.







Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article
19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 20:38




30. Nocturne de la pluie sans fin



L'Astragalizonte dorée en chlamyde de bronze

A la fois souriante et sérieuse et triste comme ma joie

Va disparaître sitôt que j'aurai cliqué la poire

De la veilleuse

Le joueur de flûte noir et l'ocarina chinois aussi

Je resterai dans le lit crispé obscur et froid comme une statue

Tombée de son socle expérimente une existence de gisant

Quelque chose d'analogue à une crampe qui saisit le corps entier

Et le rend aussi dur qu'une pierre inerte



De la nuit, j'en entends pleuvoir dans la nuit

Elle flagelle la pierre en faisant ce bruit d'impatience

Ou de cavalcade de doigts sur le bord de la table au moment

Où le prochain vers encor trouble tarde à s'élucider

J'imagine là-bas les gouttes qui s'écrasent sur la dalle où sont

Gravés les noms de mes parents avec la stèle aux fleurs de pavot



Quelques gouttes transparentes - les grains de blé dans la poussière

Du caveau gardé par le grand chien d'or au museau noir

Quelques gouttes transparentes – la nuit sans commencement

Ni fin dont le silence vibre jusqu'au fond de l'univers



Où rôdent les milliers d'années lumière dont ma vie n'aura été

Que l'équivalent de quelques photons

Et celle de l'humanité le flash d'un appareil photographique

Sur un globe de glaise aveugle et sourd.



Repost 0
Published by Xavier Bordes - dans poésie
commenter cet article