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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 10:13

‭             Une vie plus haute


‎Derrière les rideaux coupés d’un éclat de ciel
‎Une main pâle, un visage à la vitre, austère et nu.
‎Il est tôt. Le samedi les rues sont vides. Une croix
‎Verte clignote au-dessus de la pharmacie grillagée.

‎Cette nuit des hurlements nous ont réveillés, la police
‎Est passée - deux voitures - puis le silence est retombé.
‎«Thomas, Thomas !...» Avait-on crié à plusieurs reprises
‎Et dans les étages s’allumèrent les fenêtres, certaines
‎Ouvertes sur des bougonnements de voix mécontentes.

‎Quel est le sens de vivre, lorsque se déroule près de nous
‎Ce genre de quotidiennetés, sous les regards impassibles
‎Des astres qui jonchent l’avenue obscure du ciel ?
‎Mais en me levant, sous la veilleuse j’ai vu le visage
‎Endormi d’Aïlenn, dans son nid de cheveux blonds.

‎Sur ses lèvres errait une esquisse de sérieux sourire, pareil
‎À la sérénité du Bouddha géant, lorsque sa tête s’illumine
‎Des premiers rayons du soleil levant et qu’il contemple
‎L’infini marin depuis la terrasse des collines, à Kamakura...

‎Le mystère d’une vie plus haute m’est subitement revenu.

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 11:17

 

 

 

 

Jour pétrifié

 

 

Foule immobilisée aux pentes à peine

Délivrées des neiges Épicéas mélèzes sapins noirs

Entre lesquels circulent des bouffées de brume

Ainsi que de persistants moments

De rancune

Les fjords de Finlande ont sans doute les mêmes forêts

Pour protéger les reflets des glaciers

Au fond de leurs eaux frissonnantes

Comme des champs d'iris bleus

 

De si loin me revient une complainte

Que je suis seul à entendre

On pourrait croire à la voix de ma mère venant

De la pièce à côté

Si j'habitais toujours dans la vieille maison

 

Lorsqu'on fut chassé de soi-même il en reste

Forcément quelque ressentiment

On attend longtemps avant que les choses

Retrouvent leur coeur

Difficile d'expliquer l'Insaisissable

C'est comme lorsqu'on a anticipé les sensations

Qui précèdent la seconde où l'on va mourir

Soudain tout ce qui était en marche s'arrête

Les horloges Les voitures Les régiments de mélèzes

De sapins noirs d'épicéas se figent sur un pied

Souviens-toi d'un deux trois soleil !

La petite voisine avec sa robe rose à volants

Ses socquettes blanches et ses petits souliers noirs vernis

À bride et bouts arrondis

 

Elle avait besoin de bouger et ne tenait pas longtemps

Figée dans son élan

Elle court toujours dans ta mémoire en chantonnant

Et fait tournoyer par-dessus sa tête

Sa corde à sauter au-milieu de tes chagrins immuables.

 

 

 

 

 

 

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 10:25

           Jour de douteS

 

 

Nuages de juin

Que les peuples sont volages


Le parfum des lys rouges

Contamine ton sommeil

Depuis l’énorme bouquet du salon

Le parfum se répand partout


Allons pourtant ! - invités par le cri

Du bruant jaune et celui insistant

De la caille qui répète «Paie-tes-dettes !

Paie-tes-dettes !» sous les ondes du seigle

Où le sentier se perd comme un sillage

Dans les vagues de notre mer


Car dehors il existe ce monde Ce ciel

Où des anges souriants vont et viennent

Derrière d’invisibles nuages


Derrière la haie des «chauves» elle existe

La villa L’Uppiane où ma famille vit - C’est sûr -

De la vie que j’imagine en usant de mes souvenirs


Il va falloir dégager ce nid de frelons dans la cheminée

Nous demanderons à Jeannot de bien vouloir s’en occuper

Il s’y connaît dans ces choses-là


Sous les ondes du seigle encore vert

Mais déjà barbu les cailles circulent

Cachées - «Paie-tes-dettes, paie-tes-dettes !»


On dirait la voix un peu narquoise de la nature

Tandis que le peuple volage des nuages

Transhume vers des horizons plus touristiques


Et moi je reste-là, les mains pleines

De rêves inutiles.

 

 

 

 

 

 

 


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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 12:56

                        Un point

 


Ce point qui marche là-bas sur une ligne d’écriture,

Qui est son unique horizon, c’est toi : un moucheron

Sur la page du monde qui, autour de toi, seconde

Par seconde s’est échafaudé. Microscopique vie !

D’abord, il y eut les dieux, puis le dieu, puis plus rien.

Enfant pour toi tous les objets étaient divins puisqu’ils

T’avaient précédé «ici-bas», et comme la maison,

Avaient duré davantage que tes aïeux, que leurs 

Descendants dont tu es : fort «descendu» d’ailleurs

Si tu te comparais à eux ! Divin le pin géant déployé

En corolle au-dessus de la cour. Divins les ustensiles

Patinés à la cuisine, les casseroles de cuivre brillantes,

Les assiettes, les sauciers, tout droits venus d’un autre

Siècle ! En celles-ci, des images des premiers temps

De l’aviation, de l’automobile, du vélocipède : «Ben, 

Mon colon !» disait un pioupiou en uniforme 1900 

À son collègue, en regardant passer une belle à jupons

Froufroutants sur son grand-bi : «Que dirais-tu d’une

Recrue comme celle-là dans la compagnie cycliste ?»

Que de temps j’ai cherché ce que signifiait cette phrase !

Elle me tenait à distance ainsi que tout, autour de moi.

Eloignement qui m’est resté depuis, de telle sorte que

C’est comme une chiure de mouche que je me vois

Sur la paroi transparente qui me tient irrémédiablement

À l’écart de l’espace où vivent mes contemporains,

Tel un coquillage rampant sur la vitre d’un aquarium !

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 16:22

                Imaginons...

 

 


Imaginons un arbre au feuillage de larmes

Qui scintille dans une lumière de neige.

Imaginons un oiseau emplumé de pétales

De lis dont le parfum entre par la fenêtre.

Imaginons que passe dans sa désarmante

Nudité, Vénus à contre-jour devant le soleil.

Imaginons qu’elle ressemble à ce que mon

Imagination imagine, et que de surcroît

Son corps soit fait de massepain saupoudré

De sucre-glace. Imaginons que sa bouche

En amande me confonde avec une sucette.

Imaginons qu’il n’y ait rien là d’érotique

Mais seulement une maladresse du rêve

Dans son impatience à me ménager quelques

Surprises délicieuses pendant mon sommeil.

Imaginons que je couche, comme on dit,

Tout cela par écrit, quoique ça n’ait ni queue

Ni tête, que je donne à lire cet écrit aux gens

Profitant d’un instant où ils sont désoeuvrés :

Peut-être passerais-je enfin pour un «poète» ?

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 18:04

                     L’innombrable échec


Tel qu’un océan qui lance et relance sa transparence

Instable à l’assaut des hauteurs immuables du littoral,

Et l’obsession du ressac ne parvient pas à surmonter

L’obstacle du sable luisant comme une peau d’orange,


Ainsi le poème, à grands bouillons d’une écume fugace

Aux limites, s’efforce, recommence, se cabre et s’écrase

Platement sur le vélin à jamais trop vaste pour lui.

Une île-au-loin, bien entendu, parmi le bleu dérive,


Touffue de palmes, d’oliviers, d’amandiers, de dattiers,

De rochers verdissants par le miracle d’un printemps

Éternel. Mais les eaux ne peuvent que la cerner, la refléter.

Jamais en pénétrer le coeur ni ses brumes de rêve.


Et celui que l’on dit poète et qui n’a droit qu’à l’inassouvi

Désir de recenser les choses, lancé sur sa maigre pirogue

De roseaux mal liés, balancé par la houle de l’approche,

Finit, ridicule, en mots déchiquetés, sur la barrière de corail,


Environné des poissons polychromes de ses souvenirs.

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 13:36

                           Samsâra

 


Parle-moi de ta vie, des tourbillons qui assombrissent

Ton âme ainsi qu’une mer d’argent que le temps a terni.

Même si sont impuissants les mots et vaines les paroles

Pour consoler, avec leurs airs de bouquets d’oeillets roses,

Ce que le temps a désuni. Rien n’entame l’obscurité


De ce qui est, même un de ces couteaux de cuisine acérés

De céramique blanche n’a pas assez de réalité pour

Décharner l’illusion jusqu’à l’os. Et si par accident l’on y

Parvient, rien n’apparaît hors un crâne montrant les dents

Comme on voit au le pavillon noir des Frères de la Côte !


Parle-moi de ta vie : lorsqu’on est né, c’est tout, ma belle,

C’est tout ce qu’il nous reste de ces anciens cieux ultra-

Marins, des arches tarabiscotées de grappes de sculptures

D’or, à profusion, des rares odeurs d’ambre et d’encens

Qui traversaient le vent jusqu’aux îles les plus lointaines,

Et du roulis dont nous berçait la fantasmagorie exquise

Des nuées, corps blancs, hanches de femmes dénudées,

Incursions brusques de l’amour, émotion des baisers...

Tout ce qui, depuis le premier jour dont le feu a blessé

Nos yeux parmi rides et cris, nous a désormais été refusé.

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 15:55

 

          Contre la montre

Alors que le bracelet en cuir du temps

Me serre le poignet, alors que des rivières

Se changent en orchidées noires à pistils de soleil,

Alors que tout ce qui est loin pour moi est comme

Ce qui est près, et que l’avenir dans ma mémoire

Se déverse au-milieu de mes souvenirs, je m’efforce

D’écrire encore, non parce que ce serait ma raison

De vivre, mais seulement parce que ce goutte-à-goutte

D’encre et de mots me maintient en survie

Malgré moi, ainsi qu’un fracassé sur un lit d’hôpital

Entouré d’engins électroniques, et le corps hérissé

De tubes transparents, l’un pour inhaler, l’autre

Pour boire ou recevoir du glucose directement

Dans les veines - ou même un tuyau pour pisser !

Pourtant, c’était bien, la vie, jadis, à de certains

Moments, assez brefs je dois dire : la prime

Jeunesse, avec le sourire de Soeur Marguerite Albert,

Et la statue de la Vierge-Marie, un pied sur le serpent,

Environnée d’un grand buisson de roses, quand le matin

Tu tricotais de tes petites jambes dans l’ombre bleue

Du pensionnat. Et les graves discussions avec des filles

De quinze ou seize ans aux yeux noirs ou clairs,

Pour toi pareilles à de vraies femmes aux voix douces...

Le temps du Ponant aussi, que tu couchais presque

Sur l’eau dans la baie de St Aygulf, pour faire enrager

Le vent, debout sur le bord penché de la coque et l’air

Filait au long des voiles avec un frémissement soyeux

Qui était la chanson même du bonheur... Quelques amours

Multiples et variées, mais passons : celles-là ne durent

Jamais. Enfin la foudre aux cheveux d’or pur, qui dure,

Comme la vie, avec ses joies difficiles et solitaires

À deux, environnées de rêves, de chagrins, de détresses,

Et parfois de remords comme les humains en ont tous,

Alors que le bracelet en cuir du temps nous serre le poignet.

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 18:36

               Secret de fabrication

 

     

Sur le trottoir, je flânais, d’un pas en ce cas

Lent, et comme assez souvent je regardais par terre.

J’ai l’habitude ainsi de recompter mes pieds !

C’est alors que j’ai failli marcher sur un bout

De simplicité perdue, qu’un passant avait dû laisser

Tomber. Les gens sont souvent négligents

Et préfèrent de loin offrir pour nid à leur pensée

Un embrouillamini où la plume se mêle

À l’inextricable : leurs erreurs ainsi ne sont -

Comme on dit - «ni vues ni connues»...

Il s’agissait d’un morceau de simplicité pure,

Du genre originel, probablement un fragment

D’un mystère bien plus vaste et si clair et net,

Comme la vie, que fort présomptueux aurait été

Celui qui aurait eut l’insigne effronterie

D’entreprendre de l’expliquer... Pour ma part,

Je ne m’y suis pas risqué en dépit des tentations :

Depuis lors, je me contente de ramasser tous

Ceux que je trouve et d’en distiller la transparence

Dans le vernis de mes poèmes, à l’instar de

Stradivarius l’ambre à froid dont il enduisait

Ses violons merveilleux, parfaits, - inimitables.

 

 

 

 

http://xavierbordes.wordpress.com/

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 10:50

         Langue maternelle

 


Langue, ma mère, c’est donc toi

Qui appris à parler au singe que j’étais...

Soeur de l’abeille grecque appelant chaque fleur

Par son nom, toi-aussi tu me désignais

Les choses. Et le vent sur elles dispersait

Du sens tel un pollen révélateur

De ce que j’étais encore incapable de voir

Alors. C’était comme cette farine d’or

Qui se dépose sur la machinerie compliquée

Des moulins ou la poussière nacrée,

Sur le bric-à-brac occupant l’espace obscur

D’un grenier. Et de luisants reflets font soudain

Deviner des formes évanescentes mi-promesses,

Mi souvenirs, sitôt qu’un rayon lunaire ou une aube timide

Par la lucarne minuscule entre les tuiles

Se risque. Insensiblement aux yeux habitués

Apparaît alors la charpente aux belles poutres

Auxquelles dans leurs petits sacs de peau

Sont supendus, oreilles velues, nez froncés

Les vespertilions tête à l’envers qui détestent

Être tirés par un enfant curieux de leurs rêves diurnes !


Langue, ma mère, c’est donc toi

Qui par tes inflexions prenais soin d’orienter

Ma pensée et me guidas jusqu’au recoin où la pénombre

Trahissait la basse porte de bois argenté

Qui donne entre les toits. Qu’on la pousse : elle grince

Un peu - le gonflement dû à l’humidité sans doute -

Puis cède brusquement : nous voici face

Au ciel immense et neuf ainsi qu’un chapiteau d’azur

Tendu sur les quatre horizons du paysage...

Il n’a pas vraiment commencé. Les arbres transparents,

Les monts de cristal gris, les concrétions rougeâtres

Des villages frileux où circulent des fourmis

Qui sont les humains. En un instant ce qui

N’était que saison décharnée et vide verdit en un

Printemps, le premier printemps de ma langue,

Dans les sentiers duquel par sa main à l’index doré

Elle m’a entraîné... Et malgré leurs épines

J’aimais voir les mots fleurir en buissons flamboyants

De tous côtés, tel un cordon bickford qui déclenche

Une avalanche d’explosions jusqu’à soulever en bas,

Entre les rochers, des blancheurs rejaillissantes et soudain

C’est la Mer ! La Nôtre, la turquoise incommensurable

Avec ses départs gréés de liens multiples et de mâts,

Étraves et sillons toujours à retracer, et ses retours

Alourdis de carènes en gésine qui vont déverser

Sur les débarcadères, ainsi que des enfants en rang

Au cours d’une sortie scolaire, les jarres d’huile,

Les amphores aux belles hanches, pleines de vin sombre,

Les vaisseaux de céramique décorés de caractères

Mystérieux et de fables que se racontent des peuples

Si lointains qu’ils habitent l’autre bord de l’univers...


Langue, ma mère, c’est donc toi

Qui appris à écrire au gamin idiot que j’étais.

Si difficiles mais si belles les lettres sur le papier

Balbutiant, la tête de taureau du A, les seins gonflés

Du B, la couronne du C qui se brise, la poterne

Du H, le point sur le I comme lune sur un clocher,

Le hameçon du J, les montagnes jumelles du M,

La margelle du O sans fond, le Q assis sur sa queue,

Le S du serpent, la potence du T, l’envol du V,

La trajectoire du bourdon d’où naissait le Z...

En ce temps-là, je ne consentais à manger

Que des pâtes minuscules aux formes de l’alphabet !

Enfin il s’en engendra une sorte d’ordre étrange

Que les gens autour de moi nommaient «monde»,

Et je me suis mis, sans le savoir, à écrire des poèmes.

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