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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 16:10
                    POUR L'EUROPE


Très tôt  -  quand       à l'aplomb des champs le vent fait se lever l'aurore ainsi qu'un vol de papillons de choux

Tu vas à la rencontre d'un enfant qui se souvient     et les mains tendues s'avance en rêvant      par les sillons de terre grasse où miroite parfois      la grâce d' une eau      lustrale à mi-chemin entre vivre et mourir   
 
Une eau comme une pluie encor jamais tombée       et qui hésite au bord      du rouge de l'argile      au bord

Du bleu qui tout là-haut s'appesantit sur les nuées      Tout près

D'entrepôts plein de camions jaunes éclairés      par les feux rasants du matin     Toyota en lettres carminées     au fronton d'un garage blanc

Et statue    un buste de Diane, on dirait, dans une niche ocre
      entre les croisées symétriques d'une façade vieillotte

Les arbres bleuissant dans la brume d'avril     Des tours au loin brume en treillis d'aluminium      feux du levant métallisé

Sur les panneaux publicitaire jalonnant les routes     on lit qu'il faut "voter pour l'Europe"      "Construire l'Europe"       élire "nos députés pour l'Europe"     

"Le Parlement Européen" comme ça sonne bien      Ah comme on va se bagarrer là-bas     en paroles à tour de rôle

Pendant ce temps nos potagers sont devenus radioactifs       Que nous importe        Salades fraises et tomates rouges      fruits de la verte colère de nos bons agriculteurs lésés dans leurs profits présents par un futur "intérêt collectif"     ne servent qu'à barrer les autoroutes

Quoi qu'il en soit il faut

Voter     absolument voter     pour tel ou tel dont l'unique souci    est respectivement:
     a) son indice Sofres de popularité à la télé     
     b) la marque de son costume gris-bleu    
     c) sa calvitie commençante qui le tracasse      altérant son pur profil digestif d'un soupçon intellectuel (mauvais, ça - pour les électeurs !)

Et   d) peut-être une petite amie    un peu trop remuante et par qui sous peu le scandale      pourrait bien arriver ("l'amour - ah l'amour, qu'y faire!")

Vous devez voter pour l'Europe:

Pendant ce temps     par un large trou dans l'ozone     nous arrosent des radiations mortifères     Un trou de plus en plus vaste mais     moins vaste cependant

Que les surfaces de forêt qu'on rase et qu'on brûle en Amazonie     et autres coins feuillus du monde     conformément à la devise de ce cheikh en blanc qui disait      "Les arbres voilà l'ennemi!"

Un espace moins vaste     notons-le     que l'espace à travers lequel en hélicoptère      on massacre joyeusement éléphants et rhinocéros     alléguant "qu'on prend leurs défenses pour répondre au goût - que voulez-vous ? Il faut bien vivre ! - de notre clientèle d'outremer      en mal d'aphrodisiaques"

De cette femme aussi      avec son bracelet d'ivoire     son profil grec ses cheveux noirs      assise par hasard     dans l'autobus non loin de toi !

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 16:08
                          TOI QUI MOURUS
         
            Dors en paix toi qui mourus d'une overdose
            Ou du Syndrome d'Initiation à la Déprime Inévitable
            (quand ce n'est pas au Dépit Amoureux
            qui tue lui-aussi - moins directement!)
            Ce Sidi dont la dérision nous rejoint
            même à la cime du plus
            inaccessible Hamalaya de gloire
            Ce Sida devant qui nous sommes tous égaux
            tous pourriture anticipant la mort

            Toi qui mourus d'une overdose
            d'espoir affreusement déçu et du mépris
            massif global total opaque
            de tes concitoyens - nous, les proscrits
            nous t'aimons et te comprenons.

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 10:20
                   METRO BUZENVAL


C'était de ces quais de métro     bas et suintant     avec un nom qui évoquait      des gespensters Dachau     Terezin    Treblinka     Auschwitz
 
Hâve couché de biais au bas de l'escalier      et mal rasé afin de signifier sa propre déchéance      son pantalon entrebaîllé devant
     laissant voir une larve d'araignée noire          

Un clochard de ce matin-là     qui parlait allemand couramment
   tendit sa main pour de l'argent      les yeux fuyants

Plus loin sur le mur      taché de vomissures roses et d'urine    des affiches immenses    avec l'aide des grillons essayaient d'ouvrir     quelques fenêtres improbables sur le pays Thaï :


Mer intérieure       îles aux mentons de roc surplombant l'assaut des écumes en fleur     pitons gréés de lianes     pareils à d'anciens thoniers en campagne

Et juste au-dessus du quai:         reflets sombres de barques à proue d'élégance        brusquement relevée façon col-de-cygne ou plutôt naja siffleur      prêt à vous injecter le venin du départ

L'image était si nette      On sentait presque la tiédeur du pays à mousson    et la force de constriction des haubans verts qui enserraient le plus droit des pitons de roche     au coeur de l'anse            encaissée de falaises pourpres      et soulignée d'un arc de très fins sables blancs... 


Quand on déboule       seul       à travers les tunnels blafards
    en s'efforçant de tenir tête au flux des foules anonymes et déracinées      quelle fraîcheur       ces paysages des agences de voyage

Cartes postales du hasard      tous ces jardins si beaux des Publiciterres       comme stars clichées le temps d'un éclair au sortir de leur limousine      jupe troussée et V des jambes entr'ouvert ô Toison d'Or     sur ce que le clochard ni toi

Vous n'eussiez autrement jamais eu l'occasion de voir!


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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 10:16
                     DE BRAISES ET DE SANG


A tant te pénétrer de l'horizon       il t'embarque sur son vertige       Tu en rends la musique claire       à sa liberté

Tu consens à l'indépendance des paysages du ciel        Et c'est peut-être juste       cette distance ailée       qui place côte à côte       l'étoile        et l'infusoire

Tu as voulu grandir pour aggraver        le jeu de ton amour

La mer alors livre ses gouffres le reflet        devient transparence        vallées enneigées d'avenir qui vont      se gonfler puis s'abattre     à tes pieds avec un soupir

Le visage qui s'ouvre à toi        ne résiste plus à l'attirance trouble de l'instant        Les traits gracieux et purs     les prunelles où naguère       le ciel était sans fond       se sont multipliés à force de questions       muettes

Tant de jeunesse      fascinée par ce qu'elle ignore d'elle-même:

Tu voulais grandir      D'autres voulaient, tous voulaient grandir
"Grandit l'arbre, grandit le vent".

Tu délaissas les eaux les sables        La rue est là        et la cité où bougent les automobiles miroitantes

Et la vie est une balade         dont l'homme a su faire un chemin
    de braises et de sang.


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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 10:04

                  Entre amis

 

 

C’est bon – ces moments où l’on peut entre amis

Oublier la nature véritable du vivre.

On parle de « pommes de terre à la boulangère »,

Et, de fil en aiguille, on évoque toutes sortes

De recettes de cuisine aux vertus nuancées.

La bourrasque dehors courbe les érables nus.

Sur l’auvent de l’entrée une pluie d’hiver

Tambourine, alors qu’au chaud, alentour de la table

Où le rubis du vin rougeoie dans les verres

A chaque chute étincelante d’une bûche dans l’âtre,

On discute avec animation de choses insignifiantes,

On raconte des anecdotes, au fond connues de tous.

Plaisir de la complicité fugace des mémoires !

Les hommes, d’une voix assurée sur laquelle

N’a plus prise le doute ; les femmes d’une voix

Fraîche et tranchante, avec rires de gorge qui suggèrent…

Bref ! Qu’ils sont bons ce moment où l’on peut

Entre amis, l’œil brillant, se prendre pour des dieux.

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 11:10

 

                   Le jour où…

 

Le jour où je mourrai pour avoir été homme,

N’allez pas me pleurer, ni vous en attrister…

Sur ce monde à douleur, la beauté fut mon baume.

Heureux d’avoir vécu, heureux de le quitter !

 

Tel un vieux vin qui aura vu tout son arôme

Dans la cave des ans peu à peu s’éventer,

Dans le secret ont fui mes poèmes : en somme,

C’est mieux que du repos, de ne plus exister.

 

Pour moi, j’aurai vécu sans jamais rien attendre.

Quand à mes vers : le temps dissipera leur cendre,

Comme la mienne en retournant son sablier.

 

Dans les mots que j’écris, on lira mon absence.

Et, sans moi, l’univers poursuivra son errance.

Au plus tard dans un siècle on m’aura oublié.

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 13:16

                  

 

                                        (Pour A.)

 

S’il existait un dieu, sans doute il serait femme.

Il te ressemblerait, mon étoile du nord,

Mon diamant, mon bonheur qui, même quand tu dors,

Réponds à ces baisers que mon amour réclame.                

 

Le crépuscule éteint ses oripeaux de flamme.

Chaque écho de mon cœur est un pas vers la mort,

Pourtant, au plus profond de ce silence d’or,

Je sais que dans la nuit où s’égare mon âme

 

Le petit jour distille un poème enchanté :

Comme parmi les fleurs de mon rêve une abeille,

Soudain, j’entends ta voix et je sais que s’éveille

 

Ma Muse, belle ainsi que l’est toute beauté

A cet instant magique où naît de son image

Dans un miroir dormant, son mystérieux visage…

 

 

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 13:17

 

           Amusette

 

Pour mon sonnet, j’ai ma sonnette.

Pour mon minou, j’ai ma minette.

Pour mon galet, j’ai ma galette,

Pour mon violon, j’ai ma violette.

 

Pour mon oiseau, j’ai ma noisette.

Pour m’amour, j’ai mon amourette.

Pour mon poussin, j’ai ma poussette 

Et pour horizon, ses risettes.

 

Pour mon navet, j’ai ma navette.

Pour mon fleuret, j’ai ma fleurette.

Pour dix gens bons, j’ai vingt jambettes.

 

Pour ma muse, j’ai ma musette

Avec, pour ceux que l’ego guette,

Dedans, mille vers en goguette !

 

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 13:16

 

 

           Un monde fou

 

Les plantes marchent au jardin

Où poussent chèvres et lapins.

Leurs oreilles en fleur balancent,

Leurs tiges bougent en cadence.

 

Deux choux gros comme des rentiers

Barrent le milieu du sentier

En bavardant avec des mauves

Sous l’œil torve d’un cactus chauve.

 

Dans la fontaine, tout au bout,

On voit gigoter des cailloux.

Au strip-tease des marguerites

Un clan de champignons s’excite.

 

C’est vraiment le monde à l’envers

Qui se promène dans mes vers !

Quand les vaches prennent racine,

La bourrache, elle, se débine…

 

Tout ça, sous un ciel nuageux,

S’agite, danse ou fait des jeux,

Alors qu’au lointain, l’on devine

Un vol de vagues bleu-marine.

 

 

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 09:57

Le poème résulte d’une action physique de la pensée indissociée du corps, action plus rapide que la seule pensée : un joueur de tennis, s’il réfléchit à ne pas rater son service au moment de servir, son coup de raquette finira dans le filet ! Ainsi le poème : si celui qui va parler hésite au moment du dire, le poème va trébucher. Et les ravaudages ultérieurs du texte, s’ils peuvent donner le sentiment de rattraper un dire raté, n’ôteront pas au lecteur du poème le sentiment obscur que quelque chose a été manqué. Cela suppose, avant que spontanément parle le cœur, un long entraînement ingrat, secret, jusqu’à ce moment où le corps tout entier de l’homme est dans cette totale confiance, qu’on appelle « auctoritas » en latin, qui permet de déclencher le dire comme Zeus déclenchait sa foudre. Alors la parole poétique jaillit comme une source subite, et dit, sans que le corps disant ait l’impression de contrôler ce dire : de sorte que la pensée réfléchie, relisant le poème, en apprend avec surprise des choses ignorées qu’elle ne pensait pas atteindre ni connaître un jour. Et que le plus souvent les corrections ultérieures – excepté ce qu’on peut juger, chacun selon ses critères, comme d’énormes bourdes de langage, trop nuisibles à la réception du poème – sont affaiblissantes, et détruisent la force magique de l’expression, comme quand le service réussi d’un champion a été filmé et qu’on le repasse au ralenti en critiquant la position de son coude ou de sa raquette.

Quand à savoir si le poème est réussi : on le sait quand, allant plus vite que la pensée, il en passe le filet en un éclair, frappe le cœur et y déclenche l’émotion.

 

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