Au sein du pommier
Larges gestes incurvés de ce pommier dont les branches croulent sous les grappes de fleurs
Il irradie de lui-même comme si le soleil pour lui n'était qu'un accessoire et en son coeur illuminé règne une fraicheur sans ombre
Enfant je montais m'asseoir dans sa fourche principale et je restais dans la lumière à écouter les abeilles qui bourdonnent
Elles s'affairaient comme toujours à recueillir cet or destiné au futur poème (strophes de cire hexagonales et miel subtil)
Plus haut criaient des vols fulgurants d'hirondelles dont l'une ou l'autre quelquefois rasait le faîte du toit dans le style kamikasé
Mais remontait en chandelle et basculait en trois coups d'ailes vers d'autres nuées
Mes songes comme elles planaient au sein du grand pommier fleuri et l'expression « être sur son petit nuage » reflétait pour moi exactement la clarté de ma joie
Depuis j'ai passé l'âge de monter dans les pommiers et d'y rester des heures à écouter les murmures de la nature
Pourtant les fleurs et les montagnes blanches m'émeuvent toujours à la manière des chansons où vibre l'âme nostalgique d'époques passées
Et lorsqu'arrive le printemps sous forme de Celle-que-j'aime avec ses cheveux blonds, son visage pur et son air de sortir d'un tableau de Botticelli
J'échange un instant mon âge contre un zénithal sentiment d'éternité !