Naja rose
Mets tes lunettes, Naja rose pour ne pas te tromper de cible ! Le vent coulis qui siffle sous les tuiles et danse dans les herbes me rappelle à tout instant ta présence invisible et terrible Et pourtant la journée affiche la lumière nette de l'été Une mouette cherche sa route entre les vagues de la mer une autre plane au soleil du matin encore vert qui miroite entre les blancs triangles des voiliers
Il me semble aujourd'hui que l'horizon a reculé au point qu'on devine au loin le profil d'une île couleur de fumée qui dérive au bord du monde sans se déplacer comme si le paradis en nous accompagnant consentait parfois à se laisser entrevoir mais toujours hors de portée
Une odeur d'iode et de citron mêlée au parfum pur des lavandes et de la menthe lorsque les pins frissonnent entre par la fenêtre et caresse le nid de mèches blondes où repose le profil de ma Belle Endormie Elle fronce le bout du nez me fixe de ce beau regard étrange dont les songes de la nuit commencent à s'effacer tandis que ses premiers mots sont pour dire qu'elle a faim et voudrait son petit-déjeuner !
Le lumière alors se double d'une joie irrésistible enfantine alors que le sifflement clair de la machine à café couvre celui du Naja rose qui s'esquive vers le coin le plus obscur de mes pensées...