Jeudi 15 octobre 2009
           

                     Pathétique

Tous ces efforts dérisoires des humains
pour nier la Menace, pour assourdir, jusqu'à l'oublier
un moment, cet ébranlement rythmé de séisme en approche,
ce lourd pam... pom..., pam... pom..., des pas du Vélociraptor
qui ébranlent en nous tout ce qui tient notre argile debout !
Ces efforts dérisoires - minaudements et dénégations : "Ah ?
Vous avez (x) ans ? Franchement on ne le dirait pas ! Vous ne les
faites pas du tout !" Et l'Autre qui s'agrippe de toutes ses forces
à cette théorie d'amabilités perfide et mince comme une vire
en pleine face nord, quand on entend déjà que le matin
décroche sa caillasse et laisse débarouler sourdement là-bas
en bas, des blocs vers la vallée, alors que sous son impatient
patinement craque et recraque le glacier. Oh oui ! S'agrippe,
en pitonnant de son mieux à coup de mauvaise foi,
et glisse et se raccroche à la paroi trop lisse de la glace
de salle de bains où il scrute son visage dès potron-minet,
comptant les blancs signes de la sénescence, en regardant,
dans la fenêtre par-dessus son épaule, une limace de lumière
- le Temps dans son camouflage d'automne, qui rampe
indiscernable sur fond de blessures écarlates : "Ah ?
Ce sont des blessures ? Franchement, on ne le dirait pas :
on croirait des feuilles mortes ! " Au reste, sur les brouillons
de toutes ces années "que vous ne faites pas", le sang a
depuis longtemps séché. Les voix se sont presque toutes
taries. Quelque chose comme une blancheur arctique
s'étend devant nous. A perte de vue. L'immensité
comme un harfang à l'envergure blanche, avec
son éternel soleil de minuit pour oeil d'or, les chants
de ses anges pour compenser l'absence de blizzard,
son atmosphère d'ambre gris qui sent bon le bâton
d'encre de Chine où tremper le pinceau des sentences.
Et la Grande Ourse, cortège de divinités en gloire,
penchée au-dessus de l'endroit où, pleins de désarroi,
se serrent quelques rares pingoins noirs, quasi frigorifiés,
qui sont les autres explorateurs, pleurant notre disparition.




Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 15 octobre 2009
                   Une cyclope

Debout tous deux, dans le wagon bondé...

Cajolée par son amant aux yeux hybrides
(probablement mi-asiatique, mi-occidental)
qui le front lui couvrait de baisers et la tempe,
et la bouche, elle semblait joyeuse et sûre
d'elle, de ses cheveux noués de dix ou douze
petites pinces, et de son visage serein, fort joli
au demeurant. Elle étreignit son compagnon,
petite, contre lui - large torse dans un pull
bleu-turquoise - se blottit, le menton posé
au creux de son épaule. On n'apercevait plus
   que son oeil gauche. Et l'expression
   de cet oeil solitaire, net, bien dessiné -
   façon "Femmes de Chio" de Delacroix -
   cet oeil agrandi, à la prunelle verte,
   aux longs cils noirs, qui faisait penser
   à celui d'une vache qui fuit le feu
   dans la prairie, cet unique oeil était
                 plein d'effroi.
Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Île des Poètes Immortelles
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 15 octobre 2009
         

           L'intenable          


Lointain passé     forêt d'étoiles
et poème déchiqueté

Les vitres de la chambre     zébrées de pluie
découvrent la vitesse

Aujourd'hui    toujours et jamais
le parfum de tes longs cheveux

La porte entr'ouverte.
Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Île des Poètes Immortelles
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 15 octobre 2009
                    Affaire de charme

On disait naguère "une beauté céleste" ; de nos jours
on parle d'un "charme d'enfer". Avec bonheur, avec
délices, nous sombrons dans les ténèbres et l'horreur,
convaincus que ce qui reste du dieu tiendrait dans un
simple calice ! Que dire alors des chansons vieilles
où des reines pleuraient leur roi lorsqu'il revint
"ses tripes dans sa main" ? Le charme des vieux temps,

ce charme nous étonne : ces temps cruels pourtant
valaient leurs lendemains ! Et, plus ancien encore,
le dur temps des sirènes, avec Nausicaa sur le bord
du chemin et le Naufragé nu qui la prie à deux mains :
"Je n'ai plus rien, princesse aux linges blancs, ma dernière
carène a sombré ; mes amis, disparu dans les flots...
Moi-même je t'approche et supplie en tremblant !

Mon Ithaque est perdue. Un destin accablant
me harcèle. Ma reine à moi est d'une humeur
sombre et mélancolique. Mes songes me la montrent
- on dirait des hublots ! - ses longs cheveux et son diadème
entourés d'un halo de tristesse invincible, alors qu'une
foule interlope de mecs qui me prétendent mort
draguent ma Pénélope ! Ah, reverrai-je un jour, penché

sur la trame élastique, son doux profil perdu, lorsque sa
tête oblique et petite balance en fredonnant quelque chanson
de toile ? Ô vous, Nausicaa, soyez ma bonne étoile !
Donnez-moi des bateaux, des trirèmes antiques : je m'en
irai, le faudrait-il, jusques aux Amériques, comme Pizarre
avec son plumet rouge et son casque de fer au pays des
oiseaux bizarres - à moins que Jupiter, qu'on nomme Zeus

chez nous, d'un éclair fantastique, un jour prochain
ne mette fin à tout ce cirque ?" Ainsi parlait Ulysse.
Ah, quelle panade est-ce, que d'être menacé sans cesse
de l'Hadès ! Il demeure que cet enfer souterrain ignorait
nos terreurs. Les défunts sous-terrés, translucides, tranquilles,
sans autre émoi que le regret d'avoir perdu leurs os,
ne venaient pas, la nuit, perturber le calme des villes

et restaient confinés dans leur ombreux enclos...
Or le globe à présent s'échauffe, abaissant le niveau
de civilisation, si bien qu'en surface on peut voir
les banlieues submergées par le flux du Tartare,
les fumées du haschich et les rixes barbares !  Fuyons ! 
Retirons-nous dans une thébaïde - un vieux mas où,
devant la mer qui résonne sous les arcades

on se fera griller la saupe et la dorade,
loin des relents d'essence et de punais mazout :
ça sentira le basilic et la soupe au pistou,
le râble de lapin, et la bourride et l'anchoïade.
Pour les enfants il y aura des limonades ;
pour les amis un bon pastis qui fait oublier tout
et qu'ils boiront cul-sec entre deux galéjades !

Les femmes en mangeant lanceront des oeillades.
La tonnelle envignée tintera de leurs rires doux...
Nous danserons ensuite, en blaguant à la cantonade,
troublés par le rosé (ou les nuques aux frisons fous). 
                   
Et le charme du ciel reviendra parmi nous.



Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : vos poèmes
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 14 octobre 2009



                Olympos à Cabriès

C'est de la solitude du ciel qu'il s'inspire
lorsque dans la maisonnette du platane
sifflent les vipères invisibles du mistral :
assis en tailleur, la flûte entre les doigts,
comme il voyait enturbannés sur des images se tenir
les représentants de peuples étranges, il médite
sur le chuintement des feuillées qui toutes à la fois
froissent, les racontant, d'incompréhensibles secrets
peut-être périmés : trois mots happés au vol
et revoici l'Enfant rouge dans le vaste cerisier
fleuri d'un éternel printemps, vergues et huniers
hautement surplombés de blanche luminosité
triangulaire. Revoici les nuages en dérive dans l'azur,
la chapelle au loin sur la montagne violette,
l'hallucination d'un temps où certain dieu équilatéral
régnait encore, avec le cantique des rossignols, le soir,
dans l'or et le silence vaste de la brise un moment apaisée
avant la nuit qui faisait peur. Revoici l'ours du sang
dont les pas montent sans arrêt l'escalier de bois
et dans le noir, le regard qui scrute, terrifié de n'apercevoir
que quelques annelets brillants et phosphènes inexpliqués,
damiers d'ivoire et de vermeil, lampes hallucinées,
fantômes flamboyants d'objets éteints qu'on ne
reconnaît plus. Puis l'effraction, dans ce palais de glace
du souvenir, du mistral sifflant ainsi qu'un millier
de vipères fuyant un incendie ; et lui, assis dans la cabane
du platane, avec sa flûte entre les doigts et la solitude
du ciel qui cligne au-dessus de la foule de mains
vertes feuillolant vers l'incandescent pollen du soleil...          




Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 14 octobre 2009
                Site en fleur                                   

Longtemps je me suis demandé pourquoi,
quand nous nous promenions dans les collines,
je ne pouvais me retenir de cueillir quelque fleur,
quelque branche, brin de thym ou coquelicot.
J'étais pourtant bien convaincu que le meilleur
endroit pour les fleurs, les herbes odorantes, et
les plantes en général, était précisément celui,
air libre et lumière, où elles ont poussé ! C'est dire
que le brin ou la fleur que je ramenais avec moi,
en main ou odorante dans ma poche de chemise,
était accompagné d'une ombre de remords. Parfois,
surtout aux journées où la joie, avec l'envol brusque
des cailles, semblait surgir d'entre les foins soyeux,
ébouriffés, pareils à des cheveux où fourragerait
à plaisir la main radieuse du soleil, cette pulsion
forte et bizarre, pour peu que je consente à lui
céder, m'eût sans doute amené à cueillir tout le pré ! 
Afin d'y résister, je me remémorais tout bas l'adage
favori de ma jeune soeur : "Il faut en laisser pou'
la g'aine !" Et sa voix sentencieuse de petite fille,
qui n'avait pas encore appris à prononcer les "Rrr"
d'Eros si naturels aux tourterelles, me semblait
la voix même de ma conscience... Finalement,
assez tard dans ma vie, j'ai fini par comprendre,
un jour, que mon désir n'allait pas réellement aux
fleurs : ce que j'aurais voulu, c'était cueillir le lieu.
Car le lieu seul importe. Et du lieu dépend la formule.
Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poèmes d'aujourd'hui
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 13 octobre 2009
         Chanson gnostique

Souvent tu rêvais de ce bleu plus clair
au revers des montagnes mauves ;
du murmure des brises dans les
roseaux enfouis sous l'horizon...

Laisse, disait le vent, tes soucis
de l'autre côté de la mer...

Un grand lac poinçonné de soleil,
au revers des montagnes mauves,
un genre de Titicaca dont l'autre rive
resterait à jamais hors d'atteinte...

Nous sommes de là-bas, pays
des passerines et du lavandin de mer...

Un moment paisible et heureux:,
une soirée en barque sur la Méditerranée
parmi les voiliers multicolores ou gris
appareillant vers l'extrême lointain...

Laisse, disait le vent, tes soucis
de l'autre côté de la mer...

A travers la brume, des rangées de pins
superposées somnolent au-dessus
de calanques pourpres où virevoltent
sans effort les mouettes roses...
                                           
Nous sommes de là-bas, pays
des passerines et du lavandin de mer...

"Un sommeil doux comme la mort", a dit
le poète : un sommeil où, tel un feu d'artifice
photographié, brillent figés les astres qui
nous firent naître sous le signe de l'Echec.

Laisse, disait le vent, tes soucis
de l'autre côté de la mer...

Le poète meurt en devenant iconostase
pour avoir trop aimé la Lumière, comme
la feuille, en devenant l'automne, pour avoir
trop aimé l'aurore où elle s'est perdue.

Nous sommes de là-bas, pays
des passerines et du lavandin de mer...
Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 13 octobre 2009
                   Jours perdus                                            

Chimères, chimères, étangs froids où tremblent
comme des feuilles de lumière les éclats, purs,
de mes jours perdus ! Ma mémoire les survole
à la manière d'un avion les sommets qui déroulent
une mosaïque où d'étranges lamantins de brumes
broutent la neige des vallées. Quand, demain,
mon corps m'aura quitté, peut-être le vestige astral
qui me résumera pourra-t-il survoler, telle une
hélice à remonter le fleuve des années, ma vie
jusqu'à sa source et rejoindre cette Camargue                    
miroitante d'étangs froids où scintillent mes jours
perdus. Jetant alors son vertige sur un grand
hêtre, que j'imagine planté à gauche de l'aurore,
mon âme pareille à la foudre embouquera sa cime
et d'un seul coup envahira jusqu'aux racines le
puissant et flexible corps végétal ; mes pensées
ralentiront à la vitesse de la sève et sûrement
s'élèveront vers le ciel et vers le soleil. Une paix
transparente apportée par la brise baignera
mes frondaisons pleines d'oiseaux chanteurs,
de nids où de petits becs jaunes piaillent tous
à la fois, et même d'écureuils clarifiant ma vision
ainsi que de mignons essuie-glaces de velours
fauve. Et je me bercerai, revêtu de mes jours
perdus comme d'un livre de poèmes, dans un ciel
à l'atmosphère tantôt claire et tantôt sombre,
en contemplant indéfiniment le reflet feuillolant
                     de mes origines.




Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 12 octobre 2009
                 Supernovanité                                                   

Ce crâne contenait une langue, jadis.
Lui-aussi a chanté. Lui-aussi
a ri, et posé son front contre le front
désordonné aux délicieuses boucles blondes
d'un crâne ami. Lui-aussi a rêvé
qu'il trouverait un sens aux arbres,
une parenté de racines avec ses "tripes".
Un sens aux pierres qui nous suivent d'un long
regard aveugle lorsque nous arpentons les chemins.
Un sens à la boue, rouge d'avoir bu peut-être
le sang mêlé de pluie des anciennes batailles.

Mais un sens à l'amour aussi - un sens neuf, et non
le simple sens d'un genre d'entonnoir
où verser la liqueur propre à perpétuer
absurdement l'Espèce ! (Espèce au demeurant
nocive pour tout ce qui déjà, sans elle
et sans souci du sens, fonctionnait...)

Lui aussi a pleuré. Ce crâne. Il contenait
une langue, jadis. Et des pensées et des douleurs
qui lui semblaient amères, et même parfois
si lourdes à porter qu'il méditait d'en finir :
se rêvant coquille vide où le ressac des siècles
résonnerait d'un silence ordinaire
jusqu'à réduction en poussière et conversion
des mondes en lumière.
Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 12 octobre 2009
                   La paix finale

Et si le tropisme occulte des humains était
de s'entredétruire jusqu'à la totale
évanescence de l'espèce ? Nous resterait-il,
aux tréfonds du génome, indétecté, un vieux
programme enfoui dans notre cerveau reptilien
comme un crabe sous sa pierre, et dont la pince
d'homme de Cro-Magnon, après destruction de tous
ses cousins - Néanderthal ou autres -, par réflexe
viserait à prendre au col n'importe quel congénère
qui passerait à portée ? Homo homini lupus,
disaient les Anciens. Instinct cannibale enraciné
dans les premiers pas des hominidés ! Enfants
contre parents. Tribu contre tribu, peuple
contre peuple, continent contre continent. Bientôt .
ce sera le paradis final, quand plus personne
ne sera là pour accoler au mot "Terre" l'adjectif
"humaine" et que, par le vent tournées puis arrachées,
puis emportées, puis détrempées par les intempéries
au milieu des gravats de bibliothèques écroulées,                                                        
pâliront,
              jauniront,
                              et finiront à jamais
par se dissoudre dans la boue - avec tout le reste -
les pages de poèmes devenus proprement insensés.
Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés