Vendredi 12 juin 2009

 

                        Eternel féminin

 

A tire-d'aile, en compagnie des mouettes,

S'en vont les jours, parfois plus lentement,

Souvent plus vite qu'on ne le souhaite.

A présent, nous faisons partie, tous deux

                                                                                     [ des vieux amants...

 

La plupart de notre avenir, depuis belle lurette,

A basculé au fond de nous, en transmutant

Sans cesse le présent en souvenirs, dans notre tête :

Il n'en devient pas toujours de l'or pour autant !

 

Lorsque tout a brûlé, qu'il ne reste de nos vingt ans

Que quelques rares escarboucles de diamant,

Heureux celui qui découvre, en scrutant ces gemmes,

 

Pareil à une étoile qui a traversé le temps

Et que refléteraient les facettes de mille instants,

Le visage inchangé de la femme qu'il aime.

 

 

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Vendredi 12 juin 2009

 

                   

                 Sept milliards

 

Temps de déluge ! Il pleut dehors :

A la fois l'eau du ciel et les nouvelles du monde.

Il pleut des humains à chaque seconde.

Il pleut des objets, encore et encore !

 

Nous vivons dans le « trop » quand partout

L'indispensable a tendance à se raréfier.

Mers rétrécies, terres usées, animaux disparus.

En s'emplissant d'humanité notre Terre se vide !

 

 

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Mardi 9 juin 2009

 

 

                                Versatile

 

 

Froides pensées rêves désordonnés

Ton esprit lui-aussi a ses saisons

Soit Pamukkale de glaces transparentes

Soit Salto del Angel avec ses arcs-en-ciels !

 

Un petit enfant et sa mère :

Ton coeur bondit d'espérance.

Nouvelles télévisées du monde :

Tu sombres dans le désespoir.

 

Oh ! Le regard, oh, le radieux sourire

Du bambin à sa mère, oh, la tête

De crapule du barbu terroriste

Assassin ou du chasseur invétéré !

 

Parfois, je me dis que le simple fait

D'être « humain » implique la folie

Et que nous n'en sommes aucunement

Conscients, ne connaissant pas d'autre éther !

 

A moins que cet aveuglement

Ne nous soit révélé dans une apocalypse

Eblouie, comme après l'absorption

De psilocybine : mais le bolet satan

 

Géant qui montera sur l'horizon

Ne sera ni une hallucination

Ni un champignon hallucinogène.

Froides pensées, rêves désabusés.

 

 


 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Mercredi 3 juin 2009

 

                                         Jour de juin

 

Comment digérer le monde « moderne »,

le digérer avec l'esprit, s'entend,

l'apprivoiser, lorsqu'on voit, dans le moindre

port de Chine, à quel point les hommes sont

des fourmis au-milieu de leurs créations :

fourmis gesticulantes au-milieu de containers

qui traversent les airs, suspendus à d'énormes câbles...

architectures titanesques, métal verre et béton,

grues géantes barbouillées de jaune et de rouge,

odeurs d'huile et de kérosène, vacarme assourdissant,

étraves de navires imposants comme ces hauts

immeubles des cités « nouvelles », images

projetées du haut en bas de tours écrasantes ?

(Très loin de là dans des vallées perdues,

hâves et en haillons des paysans s'efforcent

de sarcler quelques légumes aux abords

de leurs masures rouges en terre séchée !)

 

Premier mercredi du mois.

Ici à Paris, il fait beau comme en juin;

(D'ailleurs nous sommes justement en juin !)

Le camion de la voirie municipale arrose la rue,

s'efforçant de tout asperger hormis les sacro-

saintes automobiles, les sombres automobiles

de toutes les couleurs qui sont là, luisantes, tapies

sur leurs roues, telles de grosses bêtes menaçantes

pleines de voyages

latents et d'accidents à venir qui vont broyer

des os et des corps, dans un vacarme d'enfer,

peut-être demain, ou plus tard, ou pour certaines

jamais ! Des centaines d'automobiles qui patientent

alignées le long des trottoirs. Elles ne respirent

même pas. Elles s'en moquent. Depuis toujours

elles sont en retrait de la vie ainsi que toutes les machines.

Ainsi que tous ces objets techniques que nous croyons

utiliser et qui nous dictent leur loi dès que nous avons

                                                                    mis le doigt

sur leurs volants, leurs boutons, leurs engrenages.

 

Il fait beau comme un jour de juin et moi je suis malade.

Je regarde par la fenêtre un soleil qui répand

mon malaise sur tout ce que je vois et aussi

sur tout ce que je ne vois pas d'ici, allongé sur mon canapé :

sur tout ce que je ne verrai jamais, qui pourtant

n'est pas invisible pour autant. Comment digérer

le monde « moderne » ? Ses écrans qui feignent de nous

faire voir des choses situées quelque part ailleurs,

des gens qui marchent aux antipodes, des personnes

que nous ne rencontrerons pas, ou que nous ne saurions

pas reconnaître si nous devions les rencontrer

au hasard de l'une ou l'autre de ces journées ensoleillées

ou grises, quand on éprouve le sentiment que tout

existe, que tout est « moderne » parce que notre âme

s'en est retirée avec l'enfant que nous avons été :

et le présent, ce présent malade, inconscient de lui-même,

 

continue d'avancer dans la somnolence de ce jour de juin,

à la façon d'un avion à réaction quittant constamment

sa colonne de flammes horizontale, continue

d'avancer au bout de la colonne lumineuse de tous les     

                                                                         anciens

jours de juin, et d'autres mois, et d'autres années

qui furent « moi » en train de s'efforcer de digérer

ce monde « moderne », si différent de moi,

et qu'invinciblement j'éprouve comme une exténuante

                                                                       maladie.

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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Mercredi 3 juin 2009

 

 

 

                                    Quatrain

 

Or donc, face à la mort réduit

à la défaillance de toute force,

tu cherches, grâce à la faiblesse

de la poésie, le bouclier de ton esprit.

 

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Mercredi 3 juin 2009

 

 

                           Visite

 


 

Un ami d'autrefois ressurgi :


 

Nous avons parlé du passé


 

Feignant de le faire revivre

 


 

 

Mais le passé est le passé


 

Au mieux il en reste des livres


 

Il le savait Et moi-aussi.

 

 

 

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poèmes d'aujourd'hui
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Mardi 2 juin 2009


           Entre les lignes


Le front contre le tronc rêche

du tilleul planté au milieu de la cour

dans la vieille maison de tes aïeux,

tu cuves ton chagrin comme appuyé

à l'épaule d'un ami...

                                                                Depuis longtemps

l'arbre a pourtant disparu. Il n'en reste

que l'ombre en filigrane de mes vers,

et la lente envie du poème qui monte

transparente et dorée ainsi que sève délicieuse

sous l'écorce. Cigale ! Rappelle-moi de l'oublier

lorsque mes vers eux-mêmes seront l'ombre de mon corps

profilée à travers l'éternité. Ce sera quand

nous nous serons jetés dans le dernier assaut.


Voici que mon vieux corps lui-même est resté

en arrière : il est la silhouette grotesque

du soldat secoué par le vent,

qu'une fusée éclairante laisse entrevoir

au coeur brillant de la nuit, spectre

entortillé dans les barbelés du destin !


Voici que mon vieux corps est resté en arrière :

tout ce que de moi la mort aura pu retenir dans ses griffes

de ce côté-ci des choses où il fait encore grand jour !


 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Dimanche 31 mai 2009



                              Une rue à Salta


                                                                    au peintre Manolo Tarazona


 

Il y a cette rue écrasée de soleil              dans un quartier oublié d'une petite ville d'Argentine              Les ombres contre les façades basses                d'arbres aux fleurs minuscules qui se mêlent à l'azur par-dessus les toits de tôle ondulée               avec le même effet qu'un gros bouquet de gypsophiles             posé sur la table de la terrasse devant la Méditerranée semée de bateaux blancs


Un peu comme un souvenir de voyage            mais alourdi par une sorte de lumineuse           nostalgie            Une impression qui creuse au fond du coeur ce poignant sentiment d'irrémédiable               qui seul donnerait à l'écrin presque illimité de notre vie             son véritable sens


Plainte déchirante du bandonéon         par la porte entr'ouverte d'un rez de chaussée           accompagnée d'une odeur d'huile frite et d'épices


A l'heure de la sieste         le son s'égare dans le labyrinthe vide des trottoirs          et réveille le mystère évident de la lumière         là où rien n'est caché          où la réalité est nue comme la main          où balcons grillagés et fenêtres brûlantes           donnent directement sur l'évidence                  cette rue

 


Ecrasée de soleil           et sans doute est-ce là le pire          que l'invisible n'existe pas davantage qu'une haute goélette transparente             au-milieu d'une histoire de pirates inventée de toutes pièces pour distraire les enfants...

 

 

 



 

 

 

Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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Vendredi 29 mai 2009

           La douleur



Allons donc dans l'aube lointaine,

En laissant chantonner les mots.

J'aimerais que l'Eté revienne,

Et ramène les grands oiseaux.


Sur la mer, là-bas, là-bas, passe

Un vaste voilier transparent

qui grandit, vire, puis s'efface...

Lui et moi nous sommes parents !


Il sait comme l'illusion verte

qui vous attire en haute mer

N'est en rien une porte ouverte,

Quoique parfois elle en ait l'air.


Où que l'on aille nous accable

De la quille au grand cacatois,

Cette douleur inexplicable

Qu'on traîne partout avec soi...

 

 

 

 

 

 


Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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Jeudi 28 mai 2009

 

                               Cristal qui songe

 

                                                 à Th. Sturgeon, et S. M. lecteur assidu !

 

A ceux qui reviennent vous parler

avec mansuétude, aux heures du sommeil,

et vous consolent des cauchemars de la vie,

il faut témoigner, au réveil, d'un peu

de reconnaissance et, pour ces bons

fantômes, articuler à voix-basse

quelque chose comme une action de grâces.

 

Il se peut qu'ils soient, comme Athéna

dans les rêves d'Achille, une simple

image de lumière et que leurs conseils

et leurs phrases de réconfort soient issues

des tréfonds de notre inconscient. Il se peut

que la sourde nostalgie qui nous hante

depuis le jour où des êtres aimés

ont disparu dans la nuit de notre passé ;

 

il se peut que ce soit elle qui suscite

ces nocturnes apparitions et l'émotion

de leurs bienveillantes présences,

par delà l'invisible mur que nous

ne savons franchir qu'en un seul sens :


en somme, il se peut bien qu'ils n'aient

plus d'existence hormis dans nos pensées

et dans ce manque d'Eux qui couve

au fond de nous, comme une brillante

chaleur sous un voile de cendre grise,

dont le moindre souffle rallume

instantanément le bleu de paradis

d'une éphémère flamme, dans le noir

           cristal de nos songeries...


Qu'importe ! A ceux qui reviennent nous parler

avec mansuétude, aux heures du sommeil,

et nous consolent des cauchemars de la vie,

il faut témoigner d'un peu de reconnaissance.

 

 

 

 

 

 

 


Par Xavier Bordes - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie contemporaine
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